Sigrid de Vries, représentante des constructeurs automobiles (Acea): "On regrette cette escalade entre les USA et l'Europe"
La directrice de la fédération des constructeurs automobiles salue le nouveau plan européen pour aider l'industrie automobile à atteindre ses objectifs, mais émet quelques réserves et craintes.

- Publié le 05-03-2025 à 18h26
- Mis à jour le 06-03-2025 à 10h32

L'industrie automobile européenne grince des dents. Concurrence chinoise, guerre commerciale avec les États-Unis, électrification à marche forcée en Europe… Les professionnels tirent la langue.
Face à la crise, qui voit des champions comme Volkswagen – dont Audi Brussels – procéder à des licenciements, la Commission européenne a décidé d'agir pour soutenir la transition vers une mobilité propre.
"On peut faire des choses sans devoir l'imposer dans tous les pays européens en même temps"
1,8 milliard d'euros seront ainsi dédiés au développement d'une chaîne d'approvisionnement sécurisée et compétitive en matières premières pour les batteries, réduisant ainsi la dépendance de l'Europe vis-à-vis de pays tiers. Un milliard d'euros supplémentaire sera investi dans les véhicules connectés et autonomes, une priorité pour maintenir l'Europe dans la course technologique mondiale.
La Commission propose également un assouplissement temporaire des normes CO2 afin de permettre aux constructeurs d'atteindre leurs objectifs d'émissions de manière plus progressive entre 2025 et 2027. Un "bol d'air", en quelque sorte.
Qu'en pensent les professionnels du secteur ?
L'Association des constructeurs européens d'automobiles (ACEA) a réagi à cette annonce en mettant en avant plusieurs points d'inquiétude.
Sigrid de Vries, directrice de l'Acea, salue le soutien financier, reconnaissant qu'ils sont toujours les bienvenus. "Mais les infrastructures ou les mesures incitatives restent globalement insuffisantes pour le marché. Ça freine la transition. Les constructeurs ne pourront pas atteindre les objectifs de transition seuls", lance-t-elle. Il faut davantage partager "le fardeau", en augmentant fortement les investissements en infrastructures de recharge dans les différents pays de l'UE, et en laissant plus de flexibilité aux constructeurs dans leurs offres de véhicules (électriques, mais aussi plug-in hybride, hydrogène, etc.). L'Acea regrette également le manque de visibilité en ce qui concerne les véhicules lourds, comme les camions.
"Nous avons besoin d'un cadre réglementaire plus stable et plus prévisible pour planifier nos investissements", déclare-t-elle.

Quid de la guerre commerciale qui se dessine ?
Alors que l'Europe s'apprête également à plonger dans une guerre commerciale avec les États-Unis, que le président américain Donald Trump multiplie les droits de douane pour tenter de relocaliser la production sur son territoire, comment l'Acea anticipe cette question ? Rappelons que le secteur européen de l'automobile représente 13,2 millions d'emplois (plus de 10 % du secteur industriel) et qu'il rapporte pas moins de 384 milliards d'euros de recettes fiscales aux différents États.
"Mettre des taxes douanières sur les produits fait partie des armes à disponibilité de l'Europe. Il y en a peut-être d'autres, il faut voir ce que cela va donner. En soi, c'est un nouveau coup dur pour l'industrie automobile, on regrette cette escalade, on préférerait que ça n'arrive pas. Mais on comprend que les partenaires commerciaux veuillent montrer leur force, des deux côtés", avance-t-elle. "Mais les impacts seront importants", prévient-elle.
Pour conclure, elle nous glisse que la "flexibilité est la clé. On peut faire des choses sans devoir l'imposer dans tous les pays européens en même temps", lance-t-elle, en référence aux lenteurs administratives européennes liées au besoin de mettre tout le monde, ou presque, d'accord.
