Von der Leyen à la hussarde pour signer le traité UE-Mercosur ? "Inacceptable. Cela n'engage que la Commission", selon l'Élysée
La présidente de la Commission européenne s'est rendue en Uruguay pour la finalisation des négociations de l'accord UE-Mercosur, malgré les réticences de plusieurs pays européens.

- Publié le 06-12-2024 à 19h18
- Mis à jour le 06-12-2024 à 20h12

En douceur mais à la hussarde ? En prononçant son discours plein de diplomatie devant les présidents sud-américains à Montevideo (Uruguay), la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a fait fi, en quelque sorte, de certaines réticences européennes, France, Pologne et Italie en tête des opposants. La Belgique, quant à elle, a rappelé ses critiques liées à la protection des agriculteurs mais ne se prononce pas clairement. Nuançons néanmoins car d'autres pays, comme l'Allemagne, l'Espagne ou le Portugal sont plus positifs.
"Équité et bénéfices communs". "Nous avons écouté les préoccupations de nos agriculteurs et avons agi en conséquence". "Préserver l'Amazonie est une responsabilité partagée par l'humanité", la présidente se voulait rassurante, alors qu'elle se tenait aux côtés du président de l'Uruguay, Luis Alberto Pou, à qui elle a succédé au perchoir pour confirmer l'aboutissement des discussions, mais aussi de l'Argentin Javier Milei, du Paraguayen Santiago Peña et du Brésilien Lula, dont le pays fait figure des poids lourds du Mercosur.
Un des points notables d'évolution par rapport aux discussions passées est le fait que si l'un des pays abandonne l'accord de Paris, l'UE pourra suspendre l'accord de manière partielle ou totale.
"Aujourd'hui n'est clairement pas la fin de l'histoire. Ce qu'il se passe à Montevideo n'est pas une signature de l'accord."
4 milliards de droits de douanes vaporisés ?
"Cet accord est une victoire pour l'Europe : 60 000 entreprises exportent aujourd'hui vers le Mercosur, dont 30 000 petites et moyennes entreprises. Elles bénéficient de droits de douane réduits, de procédures douanières simplifiées et d'un accès préférentiel à certaines matières premières essentielles. Cela créera d'énormes opportunités commerciales", a-t-elle réinsisté, précisant que l'accord protège 350 indications géographiques européennes, garantit les normes européennes en matière de santé et d'alimentation et permettrait aux entreprises européennes d'esquiver pour près de 4 milliards d'euros de frais de douanes. La bonne affaire.
Rappelons par exemple que parmi les produits alimentaires européens exportés vers le Mercosur, les droits de douane montent à 20 % pour le chocolat – produit d'excellence belge –, 10 % pour l'huile d'olive même jusqu'à 35 % pour tout ce qui est vins et bières. Un énorme manque à gagner et frein pour la compétitivité des entreprises européennes en Amérique du Sud, si l'on se fie à la position de la Commission.

Et alors que le protectionnisme menace aux États-Unis et en Chine, l'Union européenne (UE) tente donc de se positionner sur ce marché sud-américain, très investi également par Pékin. Par exemple, au Brésil, la Chine représentait 5 % des importations en 2000… contre désormais près de 25 %. L'Europe pourrait donc avoir une carte à jouer et trouver sa place, à en croire la présidente. Mais si Olaf Scholz, le chancelier allemand, a salué l'accord – qui pourrait potentiellement donner un peu d'air à l'industrie automobile allemande en pleine souffrance –, la France, elle, ne le voit pas du même œil.
"L'accord reste inacceptable en l'état", a déclaré l'Élysée vendredi en fin d'après-midi lors de discussions avec des journalistes.
"La Commission a achevé son travail de négociation avec le Mercosur, c'est sa responsabilité, mais l'accord n'est ni signé, ni ratifié. Ce n'est donc pas la fin de l'histoire. Il n'y a aucune entrée en vigueur de l'accord avec le Mercosur", a-t-elle précisé, alors que la France de Macron traverse en parallèle une crise inédite avec la chute du gouvernement Barnier.
L'UE exporte déjà pour 84 milliards d'euros dans les pays du Mercosur
La question sous-estimée des matériaux critiques
Notons aussi que l'UE exporte déjà pour 84 milliards d'euros dans les pays du Mercosur, dont 55,7 milliards en biens et le reste en services. La balance commerciale est en faveur de l'Union (qui exporte plus qu'elle n'importe donc) et le Mercosur exporte majoritairement des biens vers l'UE (dont des produits agricoles), pour environ 53,8 milliards d'euros. Les chiffres concernant les services sont par ailleurs plus difficilement trouvables en ce qui concerne les services.
Enfin, parmi les éléments les plus rarement cités, il y a les métaux et matériaux critiques. La présidente de la Commission européenne espère avancer vers cet accord afin de contribuer aux efforts de l'UE pour établir une autonomie stratégique dans le secteur. Actuellement, l'UE s'approvisionne à hauteur de 12 % de son aluminium depuis le Brésil et 9 % pour son silicium (utile pour les semi-conducteurs, les panneaux photovoltaïques, les composants électroniques) et 6 % de son lithium en Argentine (indispensable pour les batteries). Une diversification, après des embargos sur les matières premières russes et des tensions sur les approvisionnements chinois, peut sembler indispensable pour l'UE. Mais cela à condition de convaincre, in fine, l'ensemble des pays de l'Union. Et ce n'est pas une mince affaire.