Grèves dans l'enseignement : quel impact sur les examens de fin d'année ?
Pour continuer le combat qu'elles mènent dans la rue, certaines écoles ont adapté les modalités de leurs examens de fin d'année.


- Publié le 03-06-2026 à 06h36
- Mis à jour le 03-06-2026 à 17h07
La mobilisation des enseignants contre les réformes menées par le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles ne faiblit pas. Après l'adoption du décret-programme contenant une série de mesures d'économies, en commission du Budget du Parlement, dans la nuit de lundi à mardi, la mobilisation risque même de s'amplifier, à en croire les responsables syndicaux. "La majorité MR-Engagés se cabre. Elle ne nous écoute pas", dénonce Roland Lahaye (CSC). "Les enseignants ont l'impression qu'on se moque d'eux", appuie Luc Toussaint (CGSP).
Pour rappel, le préavis de grève dans l'enseignement a été prolongé jusqu'au 10 juillet. À l'heure actuelle, selon Roland Lahaye, toutes les régions et tous les réseaux sont touchés par les actions, avec une intensité et des modalités toutefois variables (fin des cours et examens supprimés ou simples arrêts de travail). "Dans les régions de Liège et Verviers, pratiquement l'ensemble des écoles sont impactées. À Bruxelles, près de 80 écoles sont touchées par le même mouvement. Dans les autres provinces, ce sont surtout les centres urbains qui sont concernés."
Les écoles secondaires sont davantage touchées que les écoles fondamentales, précise Luc Toussaint. D'une part car il faut prendre en charge les enfants pendant la grève, d'autre part à cause des deux heures de cours par semaine supplémentaires pour les profs du secondaire supérieur.
Alain Koene, président de la Fédération des associations de direction de l'enseignement secondaire catholique (Feadi), lui-même directeur à Dinant, témoigne d'une "tension terriblement palpable dans énormément d'écoles", avec une "incertitude sur la suite des événements et des assemblées générales" qui se tiennent un peu partout. Dans ce contexte, certains établissements ont adapté les modalités des examens.
Que dit le décret ?
Outre les épreuves externes certificatives (CEB, CE1D et CESS) dont l'organisation est obligatoire, les écoles sont libres de mettre en place des évaluations puisque celles-ci relèvent uniquement de la liberté pédagogique des établissements scolaires. La tenue des examens se fera donc de façon inégale dans les établissements de la FWB.
Des examens maintenus pour tout le monde…
Malgré sa participation au mouvement de grève, l'Institut des Filles de Marie de Saint-Gilles a opté pour le maintien des examens. "Nous sommes une école à milieu socio-économique défavorisé, on essaie donc toujours de garder une structure pour les élèves", explique son directeur Johann Dizant. "Là, on parle d'aujourd'hui, mais l'année prochaine ou dans deux, trois ans, qu'est-ce qui va nous rester réellement de notre enseignement ?", s'interroge-t-il. "Nous ne sommes pas contre les réformes. L'enseignement en a besoin", nuance-t-il. "Mais on ne sort pas des textes de loi un jour pour les mettre en application le lendemain sans aucune préparation. Ça se digère, ça se travaille."
…ou seuls les élèves en échec
Au Collège Saint-Michel d'Etterbeek, il a plutôt été décidé que seuls les élèves en échec passeront des examens. "Les examens officiels du type CE1D et CESS sont maintenus pour tout le monde, mais pour les autres matières et les autres années, la direction nous a demandé de calculer les moyennes finales de l'année sur base des résultats des 4 bulletins précédents", explique une professeure. Les élèves qui ont moins de 50 % sur la moyenne annuelle n'échapperont pas aux examens. Un élève en échec en mathématiques, par exemple, devra donc présenter l'épreuve de cette matière.
Depuis plusieurs semaines, grèves, actions symboliques et arrêts de travail se multiplient dans l'établissement bruxellois. Aujourd'hui, l'école ne fonctionne plus en horaire normal. Les cours ont été remplacés par des ateliers de remédiation pour les élèves devant passer les examens et ceux voulant faire du dépassement.
"D'habitude, je suis très pro-examens. Je considère que tout le monde devrait avoir des examens au moins une fois par an. Mais là, la situation est tellement catastrophique qu'il faut que les élèves et leurs parents comprennent qu'on ne sait pas faire autrement que de marquer notre désaccord avec le gouvernement par cette voie-là", confie la professeure. "Je veux juste qu'on sauve l'année des élèves, qui n'ont rien demandé et que ça se passe dans les meilleures conditions possibles. Mais ici, on est vraiment dans une situation de crise." Pour garder un semblant de normalité dans ce contexte chamboulé, l'école a décidé de maintenir le bal rhéto et la proclamation.
Dans d'autres établissements bruxellois, les cours sont suspendus et l'on parle même d'annuler les épreuves externes, pourtant obligatoires.
