La suppression de la première année différenciée suscite des craintes : "C'est comme faire jouer un footballeur amateur à la Champions League"
La suppression de la première année différenciée, qui accueillait les élèves ayant raté leur CEB, a été actée ce mardi.

- Publié le 28-05-2026 à 19h02

Ce mardi 26 mai, après huit heures de débats, le parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles a validé la réforme de la première secondaire dans le cadre du tronc commun. Le décret a été approuvé par les députés de la majorité MR-Engagés, tandis que l'ensemble de l'opposition a voté contre.
Outre une nouvelle organisation des périodes de cours pour renforcer les apprentissages de base, le texte entend aussi soutenir les élèves présentant des difficultés d'apprentissage. 220 équivalents temps plein (ETP) en primaire et 140 ETP en première secondaire seront ainsi mobilisés.
Pas un but d'économie
La suppression de la première année différenciée – l'année qui accueillait les élèves ayant raté leur CEB – a aussi été actée, mais l'intégralité des budgets (24,5 millions d'euros ou 10 000 périodes professeurs) sera récupérée pour assurer un encadrement renforcé, promet la ministre Glatigny. "Le but de la réforme n'est donc pas de faire des économies mais de réallouer les moyens au bénéfice des élèves les plus en difficultés", ajoute-t-elle. Chaque élève pourra aussi bénéficier de deux périodes d'accompagnement de "transition entre le primaire et le secondaire".
Pour Patrick Dekelver, président de deux Pouvoirs Organisateurs (PO), à Bruxelles et dans le Brabant wallon, la suppression de la première année différenciée a tout d'une mauvaise idée. "Mettre dans une même classe un élève qui a fait 80 ou 90 % au CEB et un élève qui a fait 30 ou 35 %, c'est un leurre, c'est inefficace", assure-t-il. Jusqu'alors, les élèves qui arrivaient en première différenciée après avoir obtenu un score insuffisant au CEB en ressortaient avec de très bons résultats, souligne Patrick Dekelver. "Ces élèves vont être complètement noyés par rapport à ce qu'on va leur demander. C'est comme faire jouer un footballeur amateur à la Champions League."
De nombreuses craintes
L'ancien directeur et président de PO craint notamment que ce changement provoque le décrochage scolaire d'élèves qui bénéficiaient jusqu'ici d'un encadrement dans un petit groupe, avec des professeurs adaptés à leur profil. "Ces élèves-là vont essayer de s'accrocher puis, à un certain moment, ils vont décrocher. Certains élèves en décrochage commenceront alors à perturber le cours et il y aura des problèmes de gestion de groupe", déplore Patrick Dekelver. "Et ce ne sont pas les deux petites heures de remédiation qui vont changer quelque chose", ajoute-t-il. "Ces élèves-là ont bien besoin de plus que deux périodes. Certains ne savent pas lire et comprendre un texte basique. D'autres viennent de l'étranger et ne savent pas performer au CEB à cause d'un manque de connaissance du français alors qu'ils ont les compétences nécessaires."
Patrick Dekelver redoute également que la suppression de la première différenciée engendre une perte de confiance chez les élèves n'ayant pas leur CEB. "S'il est dans une classe où tous les apprentissages sont bien au-dessus de ses possibilités, l'élève va abandonner et il risquera d'être discriminé", prédit-il.
Un timing serré
Outre ces aspects, les motivations derrière cette suppression – conforme à la voie tracée par le Pacte d'excellence – posent aussi question, souligne Patrick Dekelver. "Au départ, on avait dit que c'était pour des mesures budgétaires. Évidemment, mettre une dizaine d'élèves au maximum dans une classe avec une pédagogie bien adaptée, ça coûte cher. Mais finalement, ce n'est pas une mesure d'économie puisque les moyens qui étaient liés au différencié seront réinjectés dans le tronc commun", relève-t-il.
Quoi qu'il en soit, les directions auront-elles le temps de tout organiser d'ici à la rentrée, fin août ? "Quand j'étais directeur, je peux vous dire qu'au mois de mai, pratiquement toutes les classes étaient décidées et qu'on pouvait déjà donner un projet au professeur pour l'année suivante. Ici, ce n'est pas le cas", affirme Patrick Dekelver.
Autre texte important, le décret-programme doit quant à lui encore être voté au parlement de la FWB. Initialement prévu ce mercredi, il a finalement été reporté à début juin.
