"Chaque année, 10 000 jeunes quittent l'enseignement sans diplôme. C'est énorme"
Depuis le mois de janvier, Daniel Verougstraete a repris le flambeau de la présidence de la Fondation pour l'enseignement (FPE). L'une de ses priorités est de faire en sorte que chaque élève trouve sa voie et sa plus-value dans la société.

- Publié le 20-05-2026 à 15h59

"La Fondation pour l'enseignement, c'est le seul lieu où les mondes de l'école et de l'entreprise se parlent", explique d'emblée Daniel Verougstraete, son nouveau président. Les pouvoirs organisateurs de l'enseignement obligatoire (entre autres comme le Segec pour le réseau libre, WBE (Wallonie-Bruxelles Enseignement) ou encore le CECP (Conseil de l'Enseignement des Communes et des Provinces)), par exemple, peuvent dialoguer avec les employeurs intersectoriels du marchand et du non-marchand, comme AKT for Wallonia, Beci (Brussels Enterprises Commerce & Industry) ou encore l'UCM (Union des Classes Moyennes). "Cela permet de trouver des points d'entente sur toute une série de dossiers au profit des élèves", résume Daniel Verougstraete.
"Qui dit qualifiant, dit double mission"
Un dialogue école-entreprise qui est aujourd'hui devenu indispensable, à en croire les données chiffrées. "Chaque année, 10 000 jeunes quittent l'enseignement sans diplôme. C'est énorme. Et 80 % de ces jeunes proviennent du qualifiant. Pas nécessairement parce que le qualifiant fait les choses de travers, mais plutôt parce que l'on est dans un système éducatif qui travaille sous base de relégations successives. Quand on rate, on passe du général vers le technique, du technique vers le professionnel, ou du professionnel vers l'alternance. On est convaincus que cette idée est complètement dépassée et qu'il est vraiment important de permettre à chaque jeune de trouver sa voie", assure le président de la FPE.
Le second postulat sur lequel se base la Fondation pour l'enseignement concerne le fait qu'une grande partie des élèves qui sortent des humanités sont issus du qualifiant. "Et qui dit qualifiant, dit double mission", poursuit Daniel Verougstraete, "Développer des compétences transversales générales pour être un citoyen ; mais aussi développer des compétences qualificatives qui permettent de se diriger vers un métier spécifique." Or, devenir maçon, puéricultrice, coiffeur, ou encore logisticien n'est pas réaliste ou envisageable sans avoir un lien avec le monde du travail. "L'école et l'entreprise doivent obligatoirement se parler si l'on veut offrir aux jeunes les meilleures perspectives d'épanouissement dans la suite de leur parcours. À la fois pour choisir la bonne voie et, plus spécifiquement pour ceux qui choisissent le qualifiant, pour avoir une expérience formative totalement aboutie par rapport à ce que le métier exige."
Des représentations positives des filières
Pour réussir à trouver leur voie, les élèves doivent en premier lieu pouvoir accéder à des représentations positives de l'ensemble des filières afin de se projeter dans ces métiers. Comme l'explique Daniel Verougstraete, il est donc important que des entreprises viennent témoigner vers l'école. C'est d'autant plus le cas pour des métiers auxquels les jeunes pensent ne pas avoir accès, comme ceux orientés vers les technologies ou les sciences. "Cela peut aussi permettre de contrer certains stéréotypes de genre, pour éviter la réplication de filières trop genrées", ajoute-t-il.
Le deuxième grand chantier de la Fondation, appelé la "relation école-entreprise", concerne l'enseignement qualifiant. "Là, on travaille avec les pouvoirs organisateurs pour repenser la manière dont l'école construit des partenariats avec les entreprises et la façon dont elle accompagne les jeunes vers leurs expériences de stage. Il faut que cette plus-value les prépare à entrer dans le monde professionnel", explique Daniel Verougstraete. "Il arrive souvent que l'on nous dise qu'un jeune qui avait des problèmes de comportement à l'école est revenu transformé après son stage. Tout d'un coup, il a trouvé du sens alors qu'avant, il s'ennuyait et était en cours juste parce qu'il était obligé d'attendre ses 18 ans."
La troisième dimension consiste à faire en sorte que les enseignants soient amenés à retourner suffisamment souvent dans les lieux vers lesquels leurs élèves se dirigeront à la sortie de leur parcours. Le but est de garder le contact avec le terrain afin d'enrichir leur pédagogie avec des expériences concrètes et être sûrs qu'il y ait le moins de décalage possible entre ce qui est appris à l'école et ce qui est après attendu au niveau de l'entreprise. "Cela donne aussi l'impression au jeune qu'il est à l'école pour une bonne raison, que ça en vaut la peine et que ça a du sens", espère le président de la FPE.
En construisant des expériences positives de mise en relation de l'école et de l'entreprise, la FPE a l'ambition de modifier la culture ambiante, qui considère encore trop souvent la filière qualifiante comme une relégation. "Ce n'est pas juste une question de mise à l'emploi des élèves à l'issue de leur parcours, mais aussi la capacité des uns et des autres à s'identifier comme des acteurs clés dans notre société", résume Daniel Verougstraete.
Des recommandations politiques
De ce dialogue ressortiront un certain nombre de recommandations dont le monde politique pourra se saisir pour tester toute une série de dispositifs sur le terrain.
S'ils préfèrent ne pas commenter les modalités des dernières réformes de l'enseignement, Daniel Verougstraete et l'Administrateur délégué de la FPE Olivier Remels estiment que le principe d'un tronc commun jusqu'à la fin de la troisième secondaire a "beaucoup de sens". "Cela n'aurait pas de sens de mettre un jeune en stage en entreprise à 12, 13 ans ou 14 ans. Il y a un minimum de maturité à avoir. Donc, c'est important que l'on puisse investir suffisamment longtemps dans le développement des compétences générales de l'élève et avoir des modalités adaptées pour découvrir les métiers", développent-ils.
Des stages qui doivent aussi être adaptés à la spécificité des métiers, soulignent-ils. "On ne peut par exemple pas mettre un jeune de 15 ans en face d'une machine de robotique industrielle qui coûte 3 millions d'euros et lui demander de la programmer. Il faut générer une dose de souplesse et de modularité à partir du cadre fixé par l'autorité publique, que nous ne discutons pas, évidemment."
L'IA rebat les cartes
Aujourd'hui, le monde de l'emploi est chamboulé par l'arrivée de l'intelligence artificielle. De quoi rebattre les cartes autour de la place des métiers pratiques et concrets, selon Daniel Verougstraete. "Tandis que l'IA affecte beaucoup de métiers auxquels mènent plus souvent l'enseignement général, les écoles qualifiantes méritent vraiment qu'on les investisse parce que si chaque jeune en sort avec les bonnes compétences, on sera plus forts pour faire face à ces chamboulements", soutient-il enfin.
