Les cours de religion et de morale voués à disparaître dans l'enseignement officiel? "C'est la porte ouverte à tous les intégrismes"
La ministre Glatigny ambitionnerait de généraliser les deux heures de philosophie et citoyenneté dans l'enseignement officiel. De quoi soulever des questions autour de la survie des cours de religion et de morale.

- Publié le 06-05-2026 à 06h35

Depuis septembre 2016, les élèves de primaire de l'enseignement officiel suivent le cours de philosophie et citoyenneté (CPC). Dès 2017, il s'étend aux secondaires, remplaçant alors l'une des deux heures du cours de morale ou de religion, qui devient facultative.
Aujourd'hui, la ministre de l'Enseignement Valérie Glatigny (MR), envisagerait de faire passer le cours de CPC à deux heures pour tous ces élèves, selon des informations de nos confrères du Soir. Par conséquent, les élèves n'auraient plus le choix d'opter pour une heure de religion ou morale dans leur grille horaire. Ces cours seraient rendus optionnels dans les écoles appartenant à aux réseaux de l'enseignement officiel et libre non confessionnel.
Rien ne change par contre pour les élèves du libre confessionnel, qui conservent deux heures de religion par semaine et à qui les compétences de philosophie et citoyenneté sont transmises transversalement dans les autres cours.
| Période | Répartition des cours de religion ou morale et de CPC dans l'enseignement officiel |
|---|---|
| Avant septembre 2016 | 2h de religion ou morale pour tous |
| Depuis septembre 2016 | 2h de philosophie et citoyenneté ou 1h de religion ou morale et 1h de philosophie et citoyenneté |
| Potentielle future réforme | 2h de philosophie et citoyenneté pour tous 1 h facultative de religion ou morale (hors grille horaire) |
Vers une disparition des cours de religion ?
Jean-Marc Drieskens est le président du Conseil consultatif supérieur des cours philosophiques et délégué épiscopal en matière de cours de religion catholique pour le diocèse de Liège. Il a aussi été professeur et directeur dans un collège liégeois. Face au projet de la Ministre, il craint la disparition des cours de religion dans l'enseignement officiel, au profit des cours de CPC. Pour lui, si les heures de religion ou de morale devaient se dérouler sur base volontaire, en dehors des heures de cours, "elles disparaîtront à terme de l'univers scolaire de l'enseignement officiel". "Vous n'allez pas dire à un élève qui finit les cours à 15h d'attendre 16h30 pour avoir le cours de religion islamique, de morale, ou de religion catholique", illustre-t-il.
Un tel changement se heurterait par ailleurs à plusieurs obstacles, argumente Jean-Marc Drieskens. "Dans la région de Liège, par exemple, la pénurie d'enseignants de CPC est plus importante que celles des professeurs de religion catholique", illustre-t-il. "Je ne vois pas comment, en doublant le nombre d'heures, on parviendrait à ce que ces cours soient donnés en bonne et due forme. Je ne suis pas non plus convaincu qu'un professeur de religion islamique ou catholique accepte de devoir donner le cours de CPC", développe-t-il encore. D'un point de vue financier, Jean-Marc Drieskens assure qu'une projection des frais liés à une telle réforme concluait qu'elle allait engendrer des coûts importants. "Or, on est dans une période de restrictions", rappelle-t-il.
Plus de lieu critique de réflexion
Jean-Marc Drieskens estime par ailleurs qu'une disparition des cours de religion pourrait avoir un impact sociétal. "Dans un cours de philosophie et citoyenneté, on ne traite pas les questions religieuses comme on peut les traiter dans nos cours de religion. C'est la porte ouverte à tous les intégrismes, et Dieu sait s'ils sont déjà assez présents aujourd'hui ! Il n'y aura plus de lieu critique de réflexion à ce niveau-là", met-il en garde. En l'absence d'un espace d'échange organisé, les jeunes pourraient en effet tenter de trouver des réponses à leurs questions religieuses notamment sur les réseaux sociaux, où il y a peu ou pas de modération.
Une réforme pas si simple à mener
Cela étant, ce projet – qui est par ailleurs une copie conforme de l'idée lancée, puis abandonnée en 2023 par Caroline Désir (PS), alors ministre de l'Enseignement – ne devrait pas aboutir sous l'actuelle législature, se rassure Jean-Marc Drieskens. Et pour cause, contrairement au programme électoral du MR, le passage du cours de CPC à 2h n'est mentionné nulle part dans la Déclaration de politique communautaire (DPC) corédigée par Les Engagés, historiquement attachés aux cours confessionnels.
Le projet se heurte aussi en apparence à l'article 24 de la Constitution, qui stipule que l'on doit "offrir le choix" d'un cours de religion ou de morale. Or, en proposant ce cours – même en dehors de la grille horaire – Valérie Glatigny joue sur cette nuance et respecte donc l'esprit de l'article 24.
