Croquis de justice : "On s'est trompé sur mon compte, je suis consommateur"
Hamza dealait pour financer sa consommation. Il est formel : tout cela est du passé.

- Publié le 28-03-2021 à 14h29

La salle d'audience, en ce milieu de matinée, est plongée dans un quasi-silence. Les premiers rayons de soleil obliques éclaircissent les cheveux de la juge qui griffonne quelques mots sur une page tout en consultant un dossier. La procureure chipote dans les cartons contenant ces dossiers qu'elle a installés à ses pieds. Le greffier tapote sur son ordinateur portable.
Sur les bancs réservés au public, une jeune femme somnole gentiment. Un jeune homme sourit devant l'écran de son téléphone. Un avocat tient à voix basse des propos badins avec l'interprète.
La porte installée non loin du siège du procureur s'ouvre. Un homme en tenue grise de détenu, escorté par deux policiers, entre. Ses menottes retirées, il se masse les poignets. L'interprète vient s'installer à côté de lui sous l'œil des deux policiers.
Au cours de cette audience, les dossiers se répètent. Dix-neuf affaires sont inscrites au rôle mais la juge a déjà signalé à la plupart des prévenus ou à leurs conseils qu'ils peuvent se retirer. Il y a beaucoup de détenus. Ils sont prioritaires et les autres affaires seront reportées.
Le prévenu, prénommé Hamza, jette un regard circulaire sur la salle. La juge lui expose les préventions qui lui valent d'être jugé : détention et vente de stupéfiants en association, séjour illégal.
Il a été condamné par défaut. Une peine ferme a donc été prononcée. Il a été intercepté il y a un mois et, depuis la prison, il a fait opposition au jugement.
Des réponses laconiques
"Depuis quand êtes-vous en Belgique ?" lui demande-t-elle. "2017", répond Hamza. Il expose qu'il est divorcé, sans enfant. Avant la Belgique, il était "en France". Et avant cela, "en Italie". Il est tout aussi laconique sur ses activités et le lieu où il vivait en Belgique. C'est à Evere, "avec ma petite amie" et il était peintre.
À deux reprises, à l'automne 2018, il a été surpris par la police en pleine transaction. La première fois, c'était rue de Ribaucourt, à Molenbeek, il remettait alors un sachet à une personne qui, en échange, lui glissait un billet dans la main. Deux pacsons d'héroïne seront retrouvés. Deux mois plus tard, rebelote. On découvre alors quatre pacsons d'héroïne qu'il a dissimulés dans sa bouche. Les messages sur son GSM sont explicites.
"J'ai commis une erreur", explique Hamza. Et de poursuivre : "On s'est trompé sur mon compte. Je suis consommateur. Quand j'ai arrêté, j'ai compris. Cela fait un an et huit mois que je me suis éloigné de cela. J'ai trimé. Je suis resté enfermé à la maison pendant trois mois. Je me suis éloigné de cet entourage. Grâce à Dieu, ma vie a changé. J'ai travaillé."
"Au noir ?" l'interrompt la juge. Hamza confirme et ne peut que confirmer qu'il n'a pas plus de titre de séjour. La juge se demande si cela pourrait changer : "Je vais voir avec ma petite amie. Elle accepte que l'on soit ensemble, mais pas sa famille."
Une consommation fort onéreuse
C'est au tour de la défense, comme le prévoit la procédure sur opposition. L'avocat minimise. Hamza, dit-il, a pris conscience qu'il était sur la pente glissante. Consommateur, il s'est mis à dealer pour financer sa consommation, qui est fort onéreuse. Le travail au noir ne lui permet pas de payer. Il s'est donc associé avec quelqu'un pour "gagner sa dose". Vu l'ancienneté des faits, il plaide une suspension du prononcé.
La procureure relève que pour les petits dossiers de stupéfiants, elle n'est pas opposée à une telle suspension du prononcé vu les aveux et l'absence de condamnation. Mais, ajoute-t-elle, on a ici affaire à de l'héroïne et à deux faits. Elle ne s'opposerait pas au sursis.
Jugement en avril.
