Croquis de justice : "Vos enfants sont victimes de votre égoïsme forcené"
Madame accuse Monsieur de viol. À tort, juge le parquet. Le couple devrait se séparer.

- Publié le 21-03-2021 à 13h02
- Mis à jour le 21-03-2021 à 13h03

Le prévenu le dit lui-même : son couple est devenu une mascarade. "Il y a deux célibataires avec trois enfants au milieu." C'est d'ailleurs pour eux qu'il reste avec Madame, sage-femme indépendante, qui travaille beaucoup et n'a pas le temps de s'en occuper. Alors le simulacre de couple continue, cahin-caha, avec des hauts et des bas.
Il est pourtant difficile de comprendre comment la cohabitation a pu se poursuivre après les accusations de coups, de violences physiques, de harcèlement et de viol, portées par Madame à l'encontre de Monsieur fin 2018. Deux ans plus tard, l'homme doit s'en expliquer devant le tribunal.
Il conteste les faits. Madame mène sa vie de son côté et rentre à l'heure qui lui plaît sans s'inquiéter des questions domestiques, ce qui a le don de l'exaspérer, reconnaît-il. "Mais on ne commence pas à boxer sa femme à 40 ans, après 20 ans de mariage", dit-il. Mais Madame a un caractère plutôt explosif - ce que ne conteste pas la partie civile - et les scènes sont fréquentes.
Et les graves faits de mœurs ? "Ce sont des accusations graves mais personne n'a rien entendu ! En 2018, on faisait chambre à part. Sa maman était chez nous à l'époque. Je dormais quand la police est venue me chercher à 5 heures du matin."
Dans sa plainte, l'épouse explique qu'en rentrant tard du travail, son mari l'attendait avec une arme. Il lui a pris son téléphone portable, l'a jetée sur le lit et l'a violée. Elle dit encore qu'il est violent, que les coups sont quotidiens. Elle affirme aussi qu'il la suit quand elle se déplace.
Les policiers proposent une visite domiciliaire, qui permettrait de retrouver l'arme. Madame refuse : elle a un rendez-vous urgent à honorer.
Des embrouilles
Le dossier est mis à l'instruction. Après une deuxième plainte pour violences conjugales, le magistrat fait procéder à l'audition de Kevin (prénom d'emprunt), 14 ans, l'aîné de la fratrie. L'adolescent évoque le climat pourri entre les parents. "Ma mère fait ça pour avoir le divorce, dit-il. Elle fait des embrouilles. Elle m'a dit : 'Je vais envoyer ton père en prison. Et toi aussi'. Ils se crient dessus. Ma maman fait de la comédie avec ses copines." Il raconte ça sur un ton égal. "Je n'ai pas d'émotions parce que je m'en fous."
Au moment de requérir, la substitute du parquet souligne "la situation dramatique des enfants de ce couple". Elle ne cache pas sa perplexité face à la démarche de la maman qui s'est présentée à 3 heures du matin dans un refuge de femmes battues pour se plaindre de rapports sexuels non consentis auxquels la contraindrait son mari. Pourquoi ne s'y est-elle pas rendue en journée alors qu'elle gère son agenda très librement ? Aucune lésion des organes génitaux n'a été constatée. Le parquet relève aussi que Madame ne fait état d'aucune souffrance personnelle par rapport au viol présumé.
L'étrange mécanique
Il y a d'autres éléments curieux dans le dossier qui sont relevés par le parquet. La plaignante attend six jours avant de se rendre au commissariat. "Elle dit qu'elle a très peur mais elle prend le risque de vivre une semaine avec un homme armé qui la menace et refuse ensuite que les policiers entrent dans la maison pour rechercher l'arme".
Pour éclairer l'étrange mécanique de ce couple, une analyse systémique a été ordonnée. Il en ressort que le couple est parti en vrille à partir de 2014, quand Madame a pris un statut d'indépendante pour exercer son métier de sage-femme. Elle s'est alors désintéressée de l'organisation familiale. Pour le mari, employé, l'investissement professionnel de son épouse prenait trop de place par rapport à la famille. La femme, elle, marque un mépris face au travail de son mari réparateur d'ascenseurs.
La représentante du parquet bouillonne. "Ce couple a besoin d'un arbitre mais ce n'est pas au tribunal correctionnel qu'ils doivent s'adresser ! Ils devraient se retrouver devant le tribunal de la famille ou devant un notaire. Et le plus vite possible ! L'intérêt des enfants, qui pâtissent gravement de cette histoire, doit être pris en compte."
Pour le parquet, il n'existe pas d'éléments suffisants pour établir le viol. Pour le quadragénaire, au casier impeccable, la substitute réclame la suspension du prononcé, dans un esprit d'apaisement, dit-elle : "Cessez cette mascarade, comme vous dites, et préoccupez-vous du bien-être de vos enfants à qui vous avez causé des dégâts terribles. Réparez ce que vous avez abîmé. Ils sont victimes de l'égoïsme forcené de deux adultes qui ne s'entendent plus et qui laissent pourrir la situation."
