Croquis de justice : "Les vols ont eu lieu alors que la police écoutait ?"
Au total, onze prévenus sont cités dans ce dossier qui concerne une série de vols commis sur des aires d'autoroutes entre août et novembre 2017 sur des parkings situés un peu partout en Belgique.

- Publié le 22-03-2021 à 20h26

Il est 9 h 15, l'audience commence avec un peu de retard. Les prévenus s'excusent, il y avait "une file monstre" à l'entrée du palais de justice de Bruxelles. "Comme d'habitude", susurre quelqu'un dans l'assemblée. Difficile de savoir qui s'exprime, la salle est pleine, on ne distingue d'ailleurs pas les prévenus des curieux venus assister à l'audience. "Ça aussi, c'est habituel", explique un avocat.
Au total, onze prévenus sont cités dans ce dossier qui concerne une série de vols commis sur des aires d'autoroutes entre août et novembre 2017 sur des parkings situés un peu partout en Belgique.
La cible des malfrats ? Les colis stockés dans des camions en transit chez nous. Les voleurs ne recherchaient pas de lots précis, mais des choses à subtiliser et à revendre ensuite à bon prix. La longue liste d'objets volés et énumérés par le ministère public en atteste : vêtements de marque de luxe, bouteilles de vin et de champagne, cosmétiques, smartphones, tabac et même des ustensiles de cuisine. Il y avait de tout, tant que les objets volés pouvaient rapporter gros.
Deux prévenus au même prénom
Le coût estimé n'est pas établi pour la plupart des objets volés. Mais, vu la quantité et la qualité des produits (souvent du haut de gamme), on frôle la centaine de milliers d'euros.
"C'est une histoire compliquée", concède un des avocats. "On peut le dire, c'est carrément la merde, ce dossier, je sens qu'on va bien s'amuser", rétorque un autre avocat, tout en posant une interminable pile de dossiers sur son pupitre.
Pour cette deuxième audience, trois jeunes hommes sont entendus.
Le premier, Ali*, ne semble pas comprendre ce qui lui est reproché. "Il se retrouve ici, dans cette affaire, après avoir été pioché presque par hasard, à cause de son passif, une vieille histoire de vol de vélos. Mais mon client est un repenti. Il a fait sa peine, il a réussi à se reconstruire, trouver un emploi, fonder une famille, il n'a jamais nié ce qu'il a fait, mais il a payé sa dette. Cette expérience pénale l'a touché. Ne cassez pas cette reconstruction", plaide son avocate.
Le deuxième prévenu se prénomme Ali* également. Les deux hommes ne se connaissent pas mais ils vivent dans le même quartier et se sont donc déjà croisés. Leur homonymie ne facilitera pas le travail des enquêteurs, d'après leurs avocats, on s'est même "un peu emmêlé les pinceaux". Sauf qu'"Ali bis", en plus d'avoir "le mauvais prénom", a vu son frère être également embarqué dans cette affaire, avant d'être relâché et blanchi après deux mois de détention tout de même. La défense se dit excédée. "Je crois que le ministère public s'est trompé sur pas mal de choses, surtout à propos de mon client. Et la chambre du conseil a validé aveuglément l'avis du juge d'instruction. Mais bon, c'est devenu une habitude, c'est un peu devenu la chambre des enregistrements d'avis du parquet", ironise l'avocat qui plaide l'acquittement pour son client.
Témoignages à nuancer
Le troisième prévenu, Reda*, est le seul à être en aveux. Mais son avocat s'inquiète malgré tout des charges retenues contre son client. "Le modus operandi doit être pris en considération. On parle de vols avec violence, sauf que l'intérêt de ces méfaits est calculé en fonction de l'opportunité. La violence n'a donc aucun intérêt, elle est même contre-productive."
L'avocat de Reda estime également que les témoignages des victimes doivent être nuancés. "Deux éléments ne collent pas à la réalité. Le premier, c'est que ces faits se sont déroulés alors que des écoutes téléphoniques étaient en cours. Ces vols auraient donc été commis avec violence alors que des enquêteurs étaient au bout de fil, tranquillement installés quelque part ? Les vols ont eu lieu alors que la police écoutait ? Si c'est le cas, c'est inquiétant. L'autre point à ne pas négliger, c'est que ces victimes ne pourront jamais témoigner aisément qu'au moment des faits elles étaient probablement en train de se reposer après de longues heures de route. Il est plus facile pour eux d'expliquer à leurs patrons qu'ils ont été volés après une agression plutôt que d'avouer que le tout a eu lieu pendant une pause, certes, méritée, mais qui risque de leur coûter cher."
Le président de la chambre prend acte, retient que Reda est en aveux pour les vols, mais qu'il nie tout acte de violence. Les discussions reprendront lors de la prochaine audience, le 11 mars à 14 heures.
*Prénom d'emprunt.
