Le "cycliste des Fagnes" échappe à toute peine
Le tribunal a ramené à de justes proportions cet incident qui avait été fortement médiatisé.

- Publié le 03-03-2021 à 20h25
- Mis à jour le 05-03-2021 à 21h29

Le sociologue Gérald Bronner le relevait dans Apocalypse cognitive (PUF, 2021) : la première émotion partagée sur les réseaux sociaux, c'est la colère et l'indignation. Il citait une étude menée sur 70 millions de messages Weibo (le Twitter chinois).
L'étude montrait que la colère se propage plus vite sur les réseaux sociaux que les autres émotions et qu'elle est contagieuse car elle incite ceux qui sont confrontés à des messages colériques à en envoyer aussi.
L'homme de 61 ans, désigné comme le "cycliste des Fagnes", peut en témoigner tant la mésaventure qu'il avait vécue avait été commentée.
C'était le 25 décembre. Un père filme son enfant et sa femme sur un sentier enneigé. Un cycliste surgit. En tentant d'éviter la fillette, il la touche du genou. Elle tombe mais n'est pas blessée. Le lendemain, la vidéo du père est diffusée sur les réseaux sociaux. Les commentaires, dont certains haineux, pleuvent.
Le parquet réagit "au quart de tour"
Le dimanche soir, le parquet de Verviers lance un avis de recherche national télévisé. Le cycliste se rend à la police. Il passe la nuit en cellule à la demande du parquet.
Celui-ci s'était justifié, citant l'emballement sur les réseaux sociaux qui aurait pu déboucher sur une vindicte populaire et l'impossibilité matérielle de rédiger une citation directe en pleine nuit, après l'audition.
D'aucuns s'étaient émus de la réaction, jugée disproportionnée du parquet.
Le 3 février, devant le tribunal correctionnel, le cycliste avait expliqué qu'"à hauteur de la petite fille, j'ai senti que ma roue arrière glissait. Pour éviter la chute je me suis rééquilibré en faisant un mouvement du genou. J'ai senti que j'avais effleuré la petite fille mais je ne me suis pas rendu compte immédiatement qu'elle était tombée".
Son avocat avait plaidé l'acquittement.
Mais le parquet maintenait les coups et blessures volontaires, soulignant "qu'agacé par le fait d'avoir dû éviter plusieurs obstacles tout au long de son parcours le cycliste, excédé, a décidé de porter un coup de genou à l'enfant pour dégager le énième obstacle qui se trouvait sur son passage".
Le caractère involontaire retenu
Mercredi, le tribunal a retenu les coups et blessures involontaires par défaut de prévoyance ou de précaution. Il a relevé que le cycliste aurait ainsi dû tenir compte des conditions climatiques et de la présence de nombreuses personnes pour adapter sa vitesse.
Il n'a pas prononcé de peine. Il a accordé au cycliste la suspension du prononcé, ce qui garantit qu'il gardera un casier judiciaire vierge. Le juge a dit tenir compte de la gravité très relative des faits, de l'insertion du prévenu, de l'emballement sur les réseaux ainsi que de la privation de liberté infligée.
Le cycliste, absent lors du prononcé tout comme la famille de la fillette, devra verser l'euro réclamé par le père, partie civile.
