Mais que se passe-t-il chez Volkswagen ?
Le groupe traverse une période très compliquée. Ses mésaventures en Chine inquiètent particulièrement. Une cession a permis de faire rentrer du cash, mais ça ne suffit pas. Mais tout n'est pas noir.

- Publié le 29-06-2026 à 15h50
- Mis à jour le 29-06-2026 à 18h31

Une joie de courte durée. Quelques jours après avoir cédé la majorité de sa division de moteurs marins Everllence, valorisée autour de 10 milliards d'euros en tout, le constructeur allemand replonge en Bourse. Vendredi déjà, l'action perdait environ 5 %. Ce lundi, elle reculait encore de près de 3,90% pour atteindre 71,36 euros, dans un marché qui ne voit plus dans les annonces de restructuration un signal positif "évident" dans la gestion des coûts (et donc souvent suivi d'une remontée en Bourse), mais le symptôme d'une crise plus profonde.
La note publiée ce lundi par Jefferies résume ce malaise. Le cabinet d'analyse maintient bien sa recommandation d'achat sur Volkswagen, mais abaisse son objectif de cours de 130 à 120 euros.
Le potentiel boursier existe encore, puisque Jefferies recommande toujours d'acheter le titre VW, qui a par ailleurs perdu la moitié de sa valeur depuis l'arrivée du nouveau CEO Oliver Blume en 2022. Mais la transformation plus complexe que prévu force à revoir les objectifs de cours.
La débâcle chinoise ?
Rappelons qu'en Chine, son marché le plus stratégique, Volkswagen a perdu la place dominante qu'il occupait depuis des années. Un énorme coup dur pour la marque allemande.
Volkswagen a été détrôné par BYD en 2024, puis dépassé par Geely également en 2025, comme le signalait Reuters en mars dernier. Même si Volkswagen a ponctuellement repris la tête des ventes chinoises au début de 2026, la tendance de fond reste défavorable : les marques chinoises imposent leur rythme. Volkswagen, qui doit faire évoluer ses infrastructures du thermique à l'électrique, est sans cesse mis en danger.
Un choc social
Si Volkswagen avait déjà annoncé la fermeture d'usines en Allemagne au début de l'année, les rumeurs concernent désormais quatre sites différents (Hanovre, Zwickau, Emden et Neckarsulm), selon le média allemand Manager Magazin. Et le nombre évoqué par le passé de 50 000 postes supprimés en Allemagne pourrait passer à 100 000 en tout, à travers le monde mais principalement chez nos voisins. Et ce sur près de 650 000 postes que compte le groupe. Soit 1 poste sur 6 menacé.
Un poste sur six pourrait être supprimé.
Le groupe n'a pas confirmé ces chiffres, mais a reconnu que son modèle actuel n'était plus viable pour toutes ses marques. Si ce plan devait être validé, il dépasserait les grandes restructurations historiques de General Motors et ferait de Volkswagen le symbole le plus spectaculaire du réveil brutal de l'industrie automobile européenne. Tout cela à peine dix ans après une crise sans précédent pour le groupe, celle du Dieselgate, avec la triche sur les niveaux de pollution, que le groupe paie toujours actuellement, bien que les amendes en milliards de dollars aient majoritairement été soldées.
Une vente "bol d'air" insuffisante ?
La vente d'Everllence devait donc offrir un peu d'oxygène. Selon le Financial Times, Volkswagen a tiré 7,4 milliards d'euros de la vente d'une participation majoritaire à Bain Capital.
Mais selon UBS, les charges des restructurations du groupe devraient apparaître au deuxième trimestre dans les bilans de Volkswagen, et se chiffrer en milliards d'euros.
Autrement dit, le produit de la cession pourrait surtout servir à payer les charges, et non à investir dans la croissance ou à rémunérer les actionnaires. Ce qui explique la performance boursière sous pression.
Selon le média britannique, le groupe est même poussé dans le dos pour vendre ses joyaux, comme la marque de moto Ducati ou encore Lamborghini, pour faire rentrer du cash.

Le groupe a par ailleurs déjà engagé plusieurs plans de réduction des coûts, notamment dans la marque Volkswagen, chez Audi (comme à Bruxelles), chez Porsche et dans Cariad, sa jeune filiale logicielle qui accusait pourtant des retards sur la concurrence. Mais les résultats restent insuffisants.
La pression vient aussi de Porsche, longtemps vache à lait du groupe et désormais source d'inquiétude. La marque haut de gamme souffre également d'une chute des ventes en Chine et se voit fortement "challengée" sur le marché de l'électrique.
Tout n'est pas noir…
La note de Jefferies conserve une tonalité "constructive" parce que la valorisation est particulièrement basse et que le groupe dispose encore d'actifs solides. Volkswagen reste l'un des plus grands constructeurs mondiaux, avec des marques puissantes, une base technologique importante et une capacité d'investissement considérable. Mais le marché exige désormais des preuves de cette capacité à se transformer.
Le paradoxe est cruel : Volkswagen doit investir massivement pour rester dans la course électrique, tout en réduisant brutalement ses coûts pour financer cette même transition.