"Sans cette mesquinerie, je n'aurais jamais construit mes voitures": Lamborghini, le constructeur de tracteurs qui défia Ferrari
Le célèbre constructeur de voitures sportives Lamborghini puise ses origines dans la campagne italienne. Et est désormais détenu par un groupe qui n'a rien à voir avec l'Italie. Mais il n'a pas perdu de son charme pour autant. Retour sur l'histoire incroyable de ce constructeur de tracteur devenu concurrent de Ferrari.

- Publié le 09-04-2024 à 08h06
- Mis à jour le 10-04-2024 à 14h14

EcoStory | Une gifle. En pleine figure. Lorsque Ferrucio Lamborghini quitte Enzo Ferrari après une discussion qui aura visiblement tourné court, le constructeur de tracteurs Lamborghini repart vexé.
"Tu sais conduire des tracteurs mais pas une Ferrari", lui aurait asséné le fondateur de Ferrari, alors que Lamborghini voulait lui faire part d'améliorations possibles sur la 250 GT, dont il était lui-même propriétaire.
"Tu sais conduire des tracteurs mais pas une Ferrari."
C'est cela, la gifle, le crachat condescendant qui aura vexé Ferrucio Lamborghini. Nous sommes dans les années 1950. Et c'est à partir de là que commence la folle histoire d'une des plus célèbres marques de voitures sportives. Une histoire qui commence par une pique dans l'ego d'un homme.
"Si Enzo Ferrari ne m'avait pas asséné cette mesquinerie un jour où je me plaignais d'insolubles problèmes sur ma propre Ferrari, je n'aurais peut-être jamais construit mes voitures", déclarera d'ailleurs plus tard Lamborghini. Des propos repris par le magazine spécialisé Classic Cars en 1991 ainsi que par de nombreux blogs de passionnés, mais dont l'origine exacte reste relativement incertaine. Et Ferrucio, décédé d'une crise cardiaque en 1993, ne pourra plus nous confirmer cela.

Les racines d'après-guerre
Avant tout, rappelons que Lamborghini puise ses racines dans l'Italie d'après-guerre. Alors que Mussolini est mort depuis quelques années, le pays, essoufflé par l'effort de guerre et la défaite, connaît une croissance démographique. Il faut nourrir la population. Et donc cultiver.
Dans ce contexte, Lamborghini fonde en 1949 la société de tracteurs Lamborghini Trattori, à quelques dizaines de kilomètres de Modène, dans le nord de l'Italie.
Les affaires roulent pour l'Italien. C'est le succès. Les ventes de machines agricoles s'envolent. Et en bon amateur de mécanique et jeune fortuné, Ferrucio Lamborghini flambe son argent dans le luxe… et l'achat de plusieurs Ferrari 250 GT, modèle mythique de la déjà célèbre marque au cheval cabré. La suite, on la connaît, il rencontre Enzo Ferrari pour lui faire part de son avis. Et Enzo le renverra à ses tracteurs, bien loin de l'image luxueuse de la marque de nos jours.
La première supercar presque "mortelle"
Après avoir créé son entreprise Automobili Ferrucio Lamborghini en mars 1963, l'homme sort son premier modèle dès octobre de la même année. La 350 GTV (pour Gran Turismo Veloce). Il réussit ce tour de force en s'adressant, entre autres, à Giotto Bizzarrini, un célèbre ingénieur italien spécialisé dans l'élaboration de moteurs, qui a également travaillé pour Alfa Romeo… et Ferrari. Il proposera d'ailleurs un moteur V12 en s'inspirant de celui conçu pour Ferrari.
Mais la 350 GTV n'est pas encore le carton plein pour Lamborghini et il n'en écoulera qu'une grosse centaine dans sa version commerciale, la Lamborghini 350 GT. Dans la foulée, Lamborghini planche sur une autre idée, qui fera germer le modèle que de nombreux observateurs qualifient de premier supercar de l'histoire de l'automobile : la Lamborghini Miura. Spécificité ? Le moteur est en position centrale arrière, contrairement à la majorité des voitures qui ont, à l'époque, leur moteur à l'avant. Dont les Ferrari.

Une position qui permet une répartition du poids plus intéressante pour les performances sur circuit. Néanmoins, en déplaçant le poids vers l'arrière et en faisant de la voiture un modèle à "propulsion", la conduite est plus dangereuse. Plus sensationnelle, mais plus apte à déraper et moins ancrée au sol à l'avant du bolide. Néanmoins, l'idée fera son chemin et les constructeurs de voitures sportives l'adopteront en grande partie.
La Miura s'écoulera à 764 exemplaires. L'un des plus célèbres premiers acquéreurs hors d'Italie est d'ailleurs Johnny Hallyday. Mais le chanteur réussira à encastrer sa Miura autour d'un arbre, un acacia, une nuit d'août 1967. Il a failli y laisser la vie. "Je ne comprends pas. Je ne roulais pourtant pas vite, environ 180 ou 190 km/h… pas plus !", aurait-il déclaré, selon des propos d'époque republiés par Le Parisien. À peine au-dessus de la limite donc… Il n'aurait pas apprécié les zones 30…
S'ensuivent quelques expériences, comme l'originale et déroutante Lamborghini Marzal, qui ne sera produite qu'à un seul exemplaire.
Mais il faudra attendre 1971 pour voir la naissance d'un des modèles les plus célèbres et appréciés des amateurs de Lamborghini : la Countach, vendue à plus de 2000 exemplaires entre 1974 et 1990. C'est ce modèle que conduit Leonardo Di Caprio lorsqu'il incarne le trader Jordan Belfort, dans Le Loup de Wall Street. Un trader sous psychotropes qui explose complètement son véhicule en tentant de rentrer chez lui, malgré la "défonce". La Lambo finit en lambeaux... Pauvre bolide.

"Et à la fin, c'est l'Allemagne qui l'emporte…"
La suite de l'histoire, c'est la succession de modèles assez connus du grand public : la Lamborghini Diablo en 1990, la Murciélago en 2001, la Gallardo deux ans plus tard, l'Aventador (un carton commercial pour Lamborghini qui en écoulera plus de 11 000 exemplaires) en 2011, la Huracàn ou encore l'Urus.
L'Urus, premier modèle SUV, sera par ailleurs critiqué par certains puristes, qui ne comprennent pas pourquoi Lamborghini tente sa chance sur le segment des "gros SUV". Mais rappelons que Lamborghini a d'abord été un constructeur de tracteurs…

Plus récemment, Lamborghini est passé à l'hybride, avec la Lamborghini Sián (2021) et la Lamborghini Revuelto (2023) et a présenté son premier concept car 100 % électrique également en 2023, la Lamborghini Lanzador, qui devrait être commercialisé dans les prochaines années.

Enfin, si Lamborghini est un symbole des voitures sportives à l'italienne, la marque a été successivement rachetée par les Américains de chez Chrysler puis les Allemands de chez Audi. Donc même pour ce symbole de l'Italie et pour utiliser une expression humoristique footballistique: "À la fin, c'est l'Allemagne qui l'emporte". Lamborghini fait donc désormais partie des nombreuses marques du géant allemand Volkswagen. C'est Enzo Ferrari, le "pur Italien", qui doit en rire.
