Le F-16 "Fighting Falcon", remplaçant mythique du "faiseur de veuves": retour sur le contrat du siècle pour la Belgique (et l'échec des Français)
Le célèbre F-16 fête ses cinquante ans. Le "Fighting Falcon" a été une aubaine indéniable pour les entreprises belges. Des retombées qui risquent d'être moins nombreuses pour son remplaçant, le F-35.

- Publié le 13-02-2024 à 08h53
- Mis à jour le 20-03-2024 à 13h14

Entre 7 000 et 20 000 dollars de l'heure. Ce n'est pas un salaire mais bien ce que coûte environ, par heure de vol, un F-16, le mythique avion de chasse qui fête ce mois-ci ses cinquante ans. Un demi-siècle depuis son premier vol en février 1974 et presque pas une ride.
Si le chiffre peut varier selon plusieurs facteurs – et peut sembler élevé -, cela reste loin des près de 30 000 dollars par heure de vol estimés pour le F-35, le modèle à 150 millions de dollars qui va remplacer le F-16 (prix actuel : 20 millions de dollars) pour l'armée belge.
Retour sur cette "success story" qui avait profité aux entreprises belges, au point de l'appeler "le contrat du siècle", lorsque la Belgique s'est procuré ses premiers F-16, à peine deux ans après le lancement officiel du "Fighting Falcon". Nous sommes alors en 1976.

Les Français se font (déjà) doubler par les Américains…
Une erreur prémonitoire : en 1973, Marcel Dassault, le fondateur du groupe Dassault, spécialisé dans les avions de combat, est confiant. La Belgique souhaite remplacer ses relativement vieux F-104 Starfighter. Des avions estampillés Lockheed Martin tout droit issus des imaginaires des années 1950, sorte de fusées à ailes courtes révolutionnaires pour l'époque. Mais le F-104 avait un petit surnom lourd à porter : "le faiseur de veuves". Voire même "le cercueil volant". La raison ? Le nombre d'accidents élevés, ses faibles performances et son manque de maniabilité à basse altitude et à vitesse réduite.
Et si le père Dassault est confiant, c'est que les Américains ne se sont pas officiellement positionnés sur le marché en Belgique. De plus, des révélations parues dans les années 1970 montrent que Lockheed Martin a versé des pots-de-vin pour favoriser l'achat de F-104 par des pays étrangers. Ce qui fait mauvais genre. Enfin, aucun modèle ne semble apte à remplacer les F-104 belges : le F-15 Eagle du constructeur McDonnell Douglas était considéré comme trop cher pour l'armée belge et n'était de toute façon pas proposé à l'export, et le best-seller F-4 Phantom commençait à se faire vieux.

Le vieux Marcel – un homme ayant connu le XIXe siècle – est donc confiant. Il pense pouvoir revendre ses mythiques Mirage F-1 sans problème. Mais les États-Unis s'alarment à l'idée de perdre ce marché et s'activent, en parallèle d'un programme de l'Otan de modernisation de la flotte de pays européens. Ils pressent le pas. Et pendant ce temps, le gouvernement belge d'Edmond Leburton – favorable à la piste française – tombe et tout est remis à plat. Une aubaine pour les États-Unis, à tel point qu'ils doublent finalement les Français et leur piquent le marché, au nez et à la barbe de Marcel Dassault. Le F-16 de General Dynamics (dont la filiale "avions militaires" est justement rachetée par Lockheed Martin en 1993) déboule donc dans le ciel belge.

L'histoire de la concurrence avec Dassault fait d'ailleurs penser à la question plus récente du remplacement des F-16. En 2017, Dassault avait décidé de ne pas répondre à l'appel d'offres officiel de l'État belge et proposer un partenariat stratégique économique différent. Mais la Belgique, assez encline à acheter américain, surtout dans la direction flamande de l'armée nous disait-on à l'époque, a préféré opter pour l'avion multirôle de cinquième génération américain, le F-35.
L'erreur se répète donc, serait-on tenté de dire, pour l'entreprise française.
Enfin, si la Belgique a commandé 160 modèles F-16 en tout, elle a réduit la taille de sa flotte par la suite et possède actuellement toujours 54 exemplaires. L'objectif est donc de les remplacer intégralement et ne détenir "que" 34 F-35 dans les prochaines années (un contrat à 4,5 milliards de d'euros).
Le F-16 restera quant à lui un des modèles d'avions de chasse "modernes" américains les plus populaires, avec 4 588 avions produits, contre 5 195 pour le numéro un de l'Oncle Sam, le F-4 Phantom.
Le contrat du siècle
Si les retombées économiques futures du F-35 semblent plus limitées que prévu pour la Belgique, malgré les promesses faites par les Américains, le F-16 a pour sa part impacté largement le monde industriel belge.
Les retombées totales sont difficilement chiffrables mais cela se compte en centaines de millions d'euros actuels, avec des milliers d'emplois créés pour la production et la maintenance des F-16 sous drapeau belge.
Parmi les entreprises qui en ont bénéficié, on retrouve Sabca, qui a participé à l'assemblage de certaines parties du "Fighting Falcon", et participe toujours à la maintenance.
Sonaca est également impliquée dans la fourniture de certains équipements.
Même FN Herstal a participé, de plus loin, à des approvisionnements en fournitures, dont des composants de moteurs, nous dit une source dans l'entreprise. "À l'époque, c'était FN Moteurs, qui est devenu par la suite Safran Aero Booster", précise-t-elle.
Reste donc à voir quelles seront les retombées concrètes du F-35, mais il est fort à parier qu'elles seront largement inférieures à celles générées par le fameux Faucon de Combat, qui termine sa carrière après un demi-siècle de bons et loyaux services.
