"On pense que c'est une blague... Mais Donald Trump exécute parfois ses idées"
L'investiture de Donald Trump a lieu ce lundi 20 janvier. Geert Noels, économiste, est revenu en amont sur les enjeux pour les États-Unis mais aussi l'Europe, après les déclarations provocatrices du milliardaire. Il est l'Invité du Mag Eco sur LN24.

- Publié le 20-01-2025 à 13h42
- Mis à jour le 20-01-2025 à 19h26

"On pense que c'est une blague...", lance d'entrée de jeu Geert Noels, économiste et fondateur d'Econopolis, à propos de l'idée de Donald Trump d'annexer le Canada et le Groenland. "On a beaucoup rigolé (à propos de ses idées, NdlR)" mais il les exécute parfois", poursuit-il directement. "Ce n'est pas la première fois que les États-Unis achètent un terrain, ni la première fois qu'ils lancent cette idée d'acheter le Groenland", poursuit-il.
"Et il y a plusieurs raisons pour que ça reste dans leurs têtes. Premièrement, Trump aime ce qui est grand. Deuxième raison, avec le réchauffement climatique, il y a des choses qui changent, dont les routes maritimes", poursuit-il.
Effectivement, avec la fonte des glaces, l'Arctique devient une zone de routes commerciales potentiellement, et cyniquement, incontournable à l'avenir.
"Trump reste un homme d'affaires, qui se demande ce qu'il peut acheter ou prendre."
"Il y a aussi l'intérêt pour les rare earths ("terres rares"), où la Chine domine", poursuit-il. Celle-ci détient effectivement environ 75 % de la production mondiale de terres rares, éléments qui sont très présents dans l'industrie technologique et de transition (smartphones, voitures électriques, éoliennes offshore, etc.)
"Les États-Unis ont du pétrole mais pour la nouvelle économie, il leur manque des ressources. Et Trump reste un homme d'affaires, qui se demande ce qu'il peut acheter ou prendre", poursuit-il.
"La réflexion à propos de la durabilité, l'impact sur la nature, se posait mais pour Trump, c'est quelque chose qui ne compte pas", précise Geert Noels.
Le rachat du Groenland est-il possible ?
Si les États-Unis ont par le passé plusieurs fois proposé de racheter le Groenland, dont la dernière fois en 1946 par le président Harry Truman contre la somme de 100 millions de dollars, et qu'ils disposent actuellement d'une base importante sur l'île, le rachat serait-ce possible ? "Je ne crois pas qu'une transaction soit possible. Mais ça met le doigt aussi sur la faiblesse du Groenland : il y a très peu d'habitants, et c'est une région qui cherche un peu plus d'indépendance par rapport au Danemark", affirme-t-il. "Il arrive (avec cette idée, NdlR) quand un débat est possible", poursuit-il.
Quant à la réponse de l'Union européenne et du Danemark, plutôt faible, il estime que dans un premier temps, "on ne l'a pas cru. L'idée paraît farfelue. Même chose avec le Canada, le Panama… C'est comme si la Belgique proposait d'acheter un morceau de Pays-Bas", poursuit-il.
"Mais il a des hommes derrière, qui ont beaucoup d'argent, et qui ont aussi lancé des idées qui étaient censées être farfelues, comme aller sur d'autres planètes (comme Elon Musk qui vise à envoyer des hommes sur Mars, NdlR). Des choses qui étaient impensables il y a vingt ans, ou même dix ans", enchaîne-t-il.
Sa plus grande crainte ? Le fait que Donald Trump ait trop de pouvoir. "Il n'y a plus de check and balance, il affaiblit les contrepouvoirs, c'est en train de disparaître, c'est ce qui m'inquiète […]. C'est très similaire à ce qu'a fait Poutine", commente Geert Noels.
"On ne "gueule" pas comme Trump. Mais maintenant, il y a quelqu'un qui a besoin à ce qu'on "gueule" aussi de temps en temps."
Enfin, malgré les déclarations provocatrices, est-ce que Trump, en imposant son agenda, ne donne-t-il pas une leçon de politique au monde ? "Effectivement… Où est l'Europe ? Même avec le conflit au Moyen-Orient, on est tellement absent… Est-ce qu'on va se réveiller ? Faire quelque chose ? On ne "gueule" pas comme Trump. Je préfère d'ailleurs une politique et une diplomatie sereines et calmes. Mais maintenant, il y a quelqu'un qui a besoin à ce qu'on "gueule" aussi de temps en temps. "Reste chez toi à Mar-a-Lago !'", s'exclame-t-il.
Enfin, "en tant que continent, on veut être leader dans la nouvelle économie, mais on est très faible et on n'est pas très réaliste sur comment combler ce trou d'approvisionnement", termine-t-il, à propos de l'Europe qui défend faiblement ses intérêts face à Trump, en particulier dans le cas du Groenland.
Retrouvez l'intégralité de l'interview dans l'Entretien du Mag Eco ci-dessus en vidéo, et la primo-diffusion de l'émission en intégralité tous les jeudis sur LN24.
