Trump menace déjà l'Europe. "Une très bonne affaire pour la Russie" et la vente d'hydrocarbures via "navires zombies"
Donald Trump n'a pas encore enfilé son costume de président mais prend déjà son futur rôle à cœur. Il en profite pour menacer l'Europe si elle n'achète pas davantage de gaz et de pétrole américains.

- Publié le 20-12-2024 à 12h39
- Mis à jour le 28-01-2025 à 17h52

Donald Trump est pressé. Il n'a pas encore retrouvé le Bureau ovale mais agit tout comme. Ce vendredi, il relance une salve de menaces sur les réseaux. Dont une en direction de l'Europe.
"J'ai dit à l'Union européenne qu'elle devait compenser son énorme déficit commercial avec les États-Unis en achetant massivement notre pétrole et notre gaz. Sinon, il y aura des TAXES !!!", a-t-il mentionné sur son réseau Truth Social, tout en finesse.
Il faut dire que la balance commerciale est plutôt en "faveur" de l'Europe, c'est-à-dire qu'elle exporte plus vers les États-Unis qu'elle n'importe de biens américains : l'UE vend pour 503 milliards de dollars contre des importations de 347 milliards (chiffres de 2023). Et la majeure partie de ces importations en Europe est constituée d'énergie, dont le GNL américain. Notons que cette balance a été déjà rééquilibrée après l'invasion de l'Ukraine par la Russie et la hausse des importations de GNL américain.
"Les Chinois seront encore plus agressifs"
Mais si la balance commerciale est en faveur de l'Europe, "le gros talon d'Achille pour l'économie européenne, c'est que c'est un géant économique qui a peu de ressources en matières premières et en énergie. Ce qui nous rend très dépendant", entame l'économiste et professeur à l'Ieseg School of Management Eric Dor. "Le traité UE-Mercosur pourrait aider à donner accès à des matières premières mais ça bloque", glisse-t-il au passage.
"Le protectionnisme va nuire pour deux raisons : d'abord à cause de la baisse des débouchés et, d'autre part, par les répercussions que ces mesures auront en Chine", poursuit-il. En clair, comme les Chinois seront probablement aussi touchés par ce protectionnisme américain, "ils seront encore plus agressifs sur le marché européen" et une déferlante de produits chinois pourrait arriver sur le Vieux Continent.
"Il faut des munitions dans le barillet"
Les menaces, les menaces, toujours les menaces. Trump est un abonné à cette rhétorique. Mais l'Europe ne peut-elle pas montrer les muscles, elle aussi ?
"Le problème, c'est qu'il faut des munitions dans le barillet. On peut prendre des mesures de rétorsion, on peut taxer Harley Davidson mais ça ne chiffre pas beaucoup. Justement car on importe surtout de l'énergie et de la pharma. Mais les Américains ne sont pas compétitifs par rapport aux Chinois. Trump se plaint de ne pas voir de voitures américaines en Europe. Mais tout simplement car peu de monde en veut, ils ne sont pas compétitifs, mis à part les marchés de niche ou Ford qui a adapté ses sociétés en Europe et propose des modèles adaptés", poursuit l'économiste. "Alors que les États-Unis importent beaucoup de voitures de luxe européennes", avance-t-il.
"Trump se plaint de ne pas voir de voitures américaines en Europe. Mais tout simplement car peu de monde en veut."
"On peut essayer de bluffer mais il faut être crédible. Même la présidente de la BCE, Christine Lagarde, conseille à l'Europe d'importer davantage des États-Unis et qu'on fasse quelques concessions à Trump", poursuit-il.
Trump, "l'idiot utile" de la Russie ?
L'autre question, c'est de savoir si Trump n'est pas le meilleur représentant des intérêts russes.
"On importe beaucoup de gaz (GNL) des USA mais encore et toujours également de la Russie. Sauf que cela fait le tour de la planète avant d'arriver chez nous", rappelle Eric Dor. Des quantités significatives d'hydrocarbures de Russie finissent encore sur le marché européen, malgré les embargos, en ayant transité par plusieurs pays ou bateaux ayant changé de pavillons.
"Il y a beaucoup d'hydrocarbures russes qui passent via des flottes zombies."
"Il y a beaucoup d'hydrocarbures russes qui passent via des flottes zombies. Ce sont des bateaux non assurés car ils transportent du gaz ou du pétrole russe, les assurances refusent donc de les prendre en charge. Mais ils naviguent quand même et passent sous le radar et ça nous revient par les pays asiatiques. Mais il y a des cas d'accidents, de marées noires", assure-t-il.
"On est dépendants d'importations d'énergie, la Norvège ne suffit pas. La Russie a d'énormes ressources, on ne pourra pas l'éliminer du jeu. Et les Chinois ne se gênent pas", enchaîne-t-il.
"Et évidemment que ce sera une bonne nouvelle pour la Russie ! On ne pourra pas tout contrôler et si on veut se passer du gaz américain, ´cela relancera la nécessité d'importer de l'énergie russe, officiellement ou officieusement. La victoire de Trump est une très bonne affaire pour la Russie de Vladimir Poutine. Et cela sans parler par ailleurs de sa menace de retirer le parapluie nucléaire de l'Europe si on n'achète pas plus de matériel de défense américain, comme le F-35 mais pas seulement", poursuit l'économiste. Néanmoins, pour les États-Unis, ce rapport de force est plutôt "gagnant" également.
"C'est un protectionnisme défendu par les Républicains comme Démocrates, sauf que les Démocrates sont plus polis. Mais ils veulent tous plus de business, et plus en faveur des USA", assène-t-il.
Une victime : les petits consommateurs (et la Belgique aussi)
Les menaces de taxes douanières et de protectionnisme pourraient relancer la production interne aux États-Unis mais cela induira forcément une hausse des prix (via les tarifs douaniers pour les importations mais aussi une moins grande compétitivité sur les prix). "C'est le problème de Trump. Il veut protéger les Américains, mais toutes ses décisions ne font que faire monter les prix et aggraver les guerres commerciales, ce sont les classes populaires qui vont en payer le prix", affirme-t-il.
"C'est aussi une mauvaise nouvelle pour nous, ce protectionnisme. Et la Belgique, avec son économie ouverte, risque de souffrir. Ce n'est pas la première exportatrice vers les États-Unis mais si l'Allemagne et la France souffrent, elle va en subir les effets dominos et les entreprises belges sous-traitantes paieront les pots cassés par ricochet", conclut-il.
