"2+5 gratuits" chez Albert Heijn et Colruyt : une enquête ouverte, "certaines promotions ont été mal gérées"
La promotion spéciale des deux enseignes a fait grand bruit la semaine dernière. Un rabais trop beau pour être légal ?

- Publié le 11-11-2025 à 10h26

Pendant une semaine, les clients d'Albert Heijn et de Colruyt ont pu se ruer sur des promotions qu'ils n'ont pas l'habitude de voir : "2+ 5 gratuits", soit sept produits pour le prix de deux. Et d'après les premiers constats, l'annonce a fait son effet étant donné que les rayons des produits concernés se vidaient à vue d'œil. De quoi alerter le ministre de la Protection des consommateurs, Rob Beenders (Vooruit), qui a demandé à l'Inspection économique d'ouvrir une enquête, selon les informations de Het Belang van Limburg.
"Certaines promotions ont été mal gérées : rayons vides, conditions floues et accès inégal aux offres. Cela nuit non seulement aux consommateurs, mais aussi aux petits indépendants qui ne peuvent pas rivaliser", explique le ministre.
Concurrence déloyale ?
L'enquête devra déterminer si les deux géants de la grande distribution ont respecté les règles en matière de promotions. En Belgique, la vente à perte est interdite, tout comme les pratiques de leurre, qui consistent à attirer le client avec une offre spectaculaire alors que les stocks ne sont pas suffisants pour répondre à la demande.
Du côté d'Albert Heijn, on assure avoir agi dans les clous. "Nous nous engageons pour le pouvoir d'achat de nos clients", a réagi la porte-parole Ann Maes, soulignant que ces actions étaient rendues possibles grâce à une "étroite collaboration avec nos fournisseurs".
À savoir qu'après l'annonce de promotion d'Albert Heijn, Colruyt a emboîté le pas à la chaîne néerlandaise (dans les magasins en Flandre uniquement), déclenchant une sorte de bataille des prix. Pour Rob Beenders, il ne s'agit donc pas seulement de défendre les consommateurs, mais aussi la concurrence loyale. "Les promotions peuvent être utiles pour le pouvoir d'achat, mais seulement si tout le monde a une chance équitable et si tous les acteurs respectent les mêmes règles. Les consommateurs ont droit à des rabais clairs, honnêtes et réalistes."
À première vue, cela semble avantageux pour le consommateur, mais en réalité, c'est une évolution néfaste."
Les syndicats réclament un encadrement plus strict
Les campagnes de rabais comme celle-ci ne feraient pas que vider les rayons, elles mettraient sous pression l'ensemble du secteur, dénoncent les représentants des supermarchés indépendants Unizo et Buurtsuper. Selon eux, ces pratiques créent une spirale dangereuse. Les grandes chaînes peuvent négocier des prix cassés que les petits commerces ne pourront jamais suivre. "À première vue, cela semble avantageux pour le consommateur, mais en réalité, c'est une évolution néfaste", insiste Luc Ardies, administrateur délégué de Buurtsuper. Car derrière ces opérations agressives, ce sont aussi les fournisseurs et les agriculteurs qui trinqueraient.
Les organisations plaident donc pour un encadrement plus strict, à l'image de la France, où la loi limite depuis 2019 les réductions sur les produits alimentaires à 34 % maximum, interdisant du même coup les "1+ 1 gratuit" ou "2+ 5".
En attendant les résultats de l'enquête, Rob Beenders veut malgré tout calmer le jeu. Les rabais ne sont pas le problème, estime-t-il, à condition qu'ils soient équitables. "Le marché doit rester un lieu où le succès ne dépend pas de la taille, mais du fair-play", insiste le ministre.
