Audi Brussels met en avant des primes pour relancer la production: "L'arnaque", pestent les mécontents
La direction du site d'Audi Forest a annoncé une reprise de la production pour ce jeudi 6 février. Elle proposera une prime en lien avec l'objectif fixé.

- Publié le 05-02-2025 à 11h49
- Mis à jour le 05-02-2025 à 21h40

C'est acté, la production doit reprendre ce jeudi chez Audi Brussels, à Forest. Mais autant dire que ce n'est pas une mince affaire, alors que l'usine doit fermer définitivement ses portes à la fin du mois, le 28 février.
Les 3 000 travailleurs bientôt sur le carreau cherchent effectivement majoritairement un emploi ailleurs. Mais la direction a trouvé une technique : une prime de "30 à 40 euros bruts" par jour de travail. Histoire d'attirer les plus motivés.
"À partir du jeudi 6 février, la production reprendra temporairement chez Audi Brussels. Des activités préparatoires sont déjà en cours", annonce Peter D'Hoore, le porte-parole, ce mercredi. "Le redémarrage se fera en une seule équipe de 6h à 14h et le travail sera effectué à une vitesse de bande réduite", précise-t-il.
"C'est l'usine à gaz. Actiris, ils sont plus de 1 600 et on doit attendre une date de leur part pour ce Job Day. C'est dingue."
"La production sera ensuite définitivement arrêtée le vendredi 28 février. Nous tenons à remercier tous les collaborateurs qui permettent ce redémarrage", poursuit-il.
"La farce continue"
Les critiques fusent chez certains travailleurs. Juste avant une fermeture, il est aisé de comprendre que peu importe la prime, il y aura des mécontents.
"La farce continue. C'est carrément dramatique de constater que de gros acteurs économiques comme notre usine sont gérés par des gens incompétents", lance une employée, après avoir vu l'annonce en interne. Une annonce que nous avons pu également consulter.
"Maintenant que la direction a réussi à convenir d'un plan social avec les syndicats, elle se concentre sur la finition et l'expédition des voitures qui se trouvent encore dans l'usine. L'objectif est de travailler avec des volontaires pour assembler et expédier", précise celle-ci.
"Une prime sera accordée en guise de reconnaissance et de motivation à tous ceux et celles qui feront encore un effort durant ces dernières semaines. Le montant de cette prime sera basé sur le nombre de véhicule réalisé. Il y a bien sûr quelques conditions préalables importantes : une volonté générale de reprendre le travail, engagement et flexibilité indépendamment du lieu de travail afin d'achever le plus grand nombre possible de véhicules dans la qualité habituelle", poursuit la direction.
L'objectif fixé ? 850 voitures. Soit environ l'équivalent d'une production hebdomadaire classique en temps normal étalé sur trois semaines. Ce qui représenterait environ 62 millions d'euros de chiffre d'affaires pour Audi, si on compte 74 000 euros par véhicule vendu.
"Cela correspondrait à une réalisation de 100 % de l'objectif pour la prime. Si cet objectif est atteint, il générera environ 30 à 40 euros bruts par jour", précise donc le message envoyé aux collaborateurs. Soit 15 à 20 euros net.
"Une arnaque" ?
La direction précise néanmoins qu'il est possible "que cette planification soit affectée par des facteurs externes, par exemple l'approvisionnement en pièces. Dans ce cas, il se peut que nous devions interrompre les opérations". Une précaution donc. "Évidemment que cela peut interrompre la production. Les sous-traitants ne vont pas suivre. Certains sont déjà passés à autre chose. Cela leur permettra de mettre les travailleurs en chômage technique, voilà tout", avance l'un des collaborateurs que nous avons contactés.
"Les objectifs sont compliqués… Pour 30 à 40 euros bruts (rires)… autant dire que c'est une arnaque", lance un autre."Avec les volontaires, on en ferait une voiture par heure au lieu de 20. Un scénario qu'on a déjà connu en automne, avec 2 ou 3 par heure", explique encore une autre.
Contactée, la direction n'a pas encore réagi. Les syndicats non plus.
"Toute personne qui ne contacte pas son responsable ou qui n'est pas disposée à travailler restera chez elle (avec un salaire connu) et n'aura pas le droit à la prime", précise néanmoins la note diffusée en interne.
Le positif mais polémique cas du "Job Day"
À l'approche de la fermeture d'Audi, tout un petit monde s'est activé pour trouver une solution pour les travailleurs d'Audi. Les trois Régions (Bruxelles, Flandre et Wallonie) se sont alliées pour offrir un accompagnement aux 3 000 travailleurs et 1 500 sous-traitants touchés, avec une cellule emploi mise sur pied dans la foulée. Afin d'informer, accompagner, aider les travailleurs sur le carreau.
Ensuite, du 17 au 28 février, une plateforme d'accueil temporaire sera installée près du site Audi Brussels à Forest. Actiris, le VDAB, le Forem, Bruxelles Formation, Audi Brussels et les syndicats y proposeront un accompagnement personnalisé sous forme de guichet unique, facilitant ainsi l'accès aux aides et à la réorientation professionnelle pour les travailleurs touchés.
Enfin, Actiris, en collaboration avec le Forem, le VDAB, Agoria, VOKA, BECI et AKT, entend encore organiser un Job Day dont les détails, dont la date, ne sont pas encore connus. Certains avancent la période de fin mars. Mais personne ne veut se prononcer officiellement. Néanmoins, plusieurs sources pointent du doigt les lenteurs d'Actiris, alors qu'un tel événement n'aurait pas de sens trop tard dans l'année.
"C'est l'usine à gaz. Actiris, ils sont plus de 1 600 et on doit attendre une date de leur part pour ce Job Day. C'est dingue", nous lance une source proche du dossier, recoupant d'autres critiques. "Je ne sais pas ce qu'ils font. Ils ne veulent pas valider la date…", regrette un autre.
Audi soutient quant à elle les initiatives prises. Elle fera "tout ce qui est possible pour soutenir les travailleurs impactés dans la recherche d'un nouvel emploi", précise encore le porte-parole.
