"On est loin des 400 000 euros !": tensions chez Audi Brussels à propos des "véritables" indemnités de licenciement
Les indemnités de licenciements varient selon le statut des travailleurs. Elles sont néanmoins relativement élevées en théorie, même si certains dénoncent des inégalités et des primes "net" largement inférieures. "Des éternels mécontents" selon certains, mais beaucoup déplorent la gestion faite par le groupe.

- Publié le 07-01-2025 à 08h02
- Mis à jour le 27-01-2025 à 15h09

Entre 200 000 et 400 000 euros brut d'indemnités de licenciement. Les montants avancés officiellement par la direction d'Audi Brussels pour les travailleurs d'Audi dans le cadre du licenciement collectif, alors que l'usine de Forest doit fermer ses portes le 28 février prochain, sont plutôt généreux à première vue. Rappelons que la direction a avancé ces montants lors de concertations sociales tout en mettant fin à la procédure Renault, prévue lors de licenciements collectifs, de manière unilatérale en décembre.
Mais ce début janvier, certains travailleurs ont contacté La Libre pour faire part de leur mécontentement. "On est loin des 400 000 euros", lance l'un d'eux, tableau à l'appui. Un document que nous avons pu consulter et dont nous avons pu recouper les montants auprès de plusieurs sources.
Si les indemnités semblent différer, notons néanmoins que cela approche, pour un travailleur ayant entre 30 et 40 ans d'ancienneté, à une somme située entre 240 000 et 270 000 euros d'indemnité brut au total, primes légale et extra légale cumulées.
Ce qui reste loin des 400 000 euros avancés par le passé. "Surtout qu'on peut enlever quasiment la moitié si on parle de ce que vont réellement toucher les ouvriers, en retirant les cotisations sociales et le précompte professionnel !" s'exclame une autre source, qui préfère rester anonyme.
Alors, pourquoi ces montants semblent autant différer de ce qui a été annoncé par le passé ? Explications.
Une confusion ?
Tout d'abord, précisons que le tableau qui circule chez les travailleurs ne fait part que des montants des primes "extra légales" avancées par la direction. En clair, ce qu'Audi met sur la table en plus de ce que prévoit la loi.
Et selon ce tableau, pour un cas de figure d'un travailleur ayant 40 ans d'ancienneté, le montant brut "extra légal" sera de 150 000 euros, soit le plafond maximum. Pour 30 ans d'ancienneté, c'est par exemple 120 000 euros (un socle commun de 32 000 euros + 3000 euros par année d'ancienneté à partir de 5 ans d'ancienneté). Auquel il faut donc ajouter la prime légale, qui, là, dépend du salaire et des conditions familiales et de statut de chaque travailleur.
"Il y en a toujours pour pleurer, mais ce sont d'éternels mécontents ! Les sous-traitants n'ont rien, eux !"
"C'est difficile de donner un chiffre précis, mais c'est environ 80 000 euros brut pour un ouvrier avec 30 ans d'ancienneté pour la partie légale", signale une source proche de la direction. Montant auquel on peut ajouter 10 000 euros supplémentaires pour les personnes qui ont commencé à travailler chez Audi avant 2014. Un montant avancé par Audi pour mettre ouvriers et employés embauchés avant 2014 à la même enseigne car ceux-ci, avant 2014, avaient un statut très différent et largement moins intéressant pour les ouvriers en termes de préavis de licenciement.
Les employés et ouvriers d'Audi ont en moyenne droit à leur prime légale d'indemnité à laquelle s'ajoute une prime extra légale, qui se constitue d'une base de 32 000 euros + 3000 euros par année d'ancienneté à partir de 5 ans d'ancienneté.
"Cette prime est inégale entre quelqu'un qui a été embauché en 1990 et un autre en 2013 car tous les deux auront le même montant. Mais soit, malgré cela, les primes extra légales sont tout de même intéressantes. Il y en a toujours pour pleurer, mais ce sont d'éternels mécontents ! Les sous-traitants n'ont rien, eux !" avance une source, très critique sur la direction mais qui reconnaît que les montants ne sont "pas des cacahuètes".
"Ce qui me dérange, c'est que la direction est humainement médiocre. Elle affirme vouloir relancer la production cette semaine, mais c'est se moquer du monde. De toute façon, ce sont les Allemands qui gèrent derrière, et ils ont tout fait pour faire peur, comme avec l'histoire de la fermeture des usines en Allemagne. Ça permet de réduire la volonté des gens. Mais ils n'en ont rien à cirer, alors que l'entreprise fait toujours d'importants bénéfices (6,3 milliards d'euros de bénéfices net en 2023, sur près de 70 milliards de chiffre d'affaires, par exemple, NdlR). "La grande famille Audi", comme on nous disait, ce sont des paroles en l'air", lance cette source, amère.
"Ils en n'ont rien à cirer, alors que l'entreprise fait toujours d'importants bénéfices."
Une belle annonce… Mais pas uniquement ?
La direction a donc certes évoqué le chiffre des 400 000 euros au total (primes légale et extra légale), mais a néanmoins tout de même précisé d'emblée que les indemnités tourneraient en moyenne autour de 125 000 et 190 000 euros pour les ouvriers, pour environ 17 ans d'ancienneté et, donc, entre 200 000 et 400 000 euros au-delà de 30 ans. Mais au-delà de la "belle annonce", ce que la direction aurait pu préciser d'emblée, c'est que les travailleurs pouvant prétendre aux montants les plus élevés ne sont pas les ouvriers, mais plutôt les ingénieurs employés qui travaillent pour Audi depuis plusieurs décennies.
"Aucun ouvrier ne va sortir avec une somme pareille. Cela ne reflète pas la réalité des 2 700 ouvriers."
"C'est normal, ils ont fait de longues années d'études et ont des salaires plus élevés que les ouvriers, mais tout de même. Aucun ouvrier ne va sortir avec une somme pareille. Cela ne reflète pas la réalité des 2 700 ouvriers (sur environ 2 900 travailleurs en tout, sans compter les sous-traitants, NdlR) de l'usine. Les petites mains sont la moyenne, pas les cols blancs", s'exclame une autre source, qui côtoie les deux mondes mais préfèrent elle aussi rester anonyme. Même les deux ouvriers qui ont 47 ans d'ancienneté – une exception – repris dans le tableau que nous avons pu consulter ne pourront donc pas y prétendre. "Cela leur permet de faire gonfler les chiffres et rendre cela plus acceptable", nous signale-t-on encore.
Du côté de la direction, on nous répond que les primes ont toujours été annoncées "entre 200 000 et 400 000 euros" pour les travailleurs avec le plus d'ancienneté. "Ce qui n'est pas rien", nous signale une source proche de la direction, qui reconnaît que l'écart peut être "clairement important" entre ouvriers et ingénieurs. Rappelons que l'indemnité légale dépend du salaire et de la fonction et que la prime "extra-légale", qui dépend surtout de l'ancienneté, est une manière pour Audi de tourner la page du licenciement collectif dans ce qu'elle estime être les meilleures conditions.
"Les travailleurs devraient toucher en net environ 50 à 60 % du montant brut", précisent plusieurs sources, après un rapide calcul. "Il y a les cotisations sociales et le précompte professionnel mais celui-ci varie selon la situation personnelle de chacun. Alors ce n'est pas mal, mais rappelons que la prime légale, c'est lié au préavis. Pendant ce temps, les gens ne touchent pas de chômage et les travailleurs de 58 ou 59 ans, ils n'auront rien après. L'idéal pour eux est de trouver un emploi au plus vite mais ça va être compliqué. On a moins de 5 % de remises à l'emploi pour les ouvriers qui ont plus de 55 ans en général", signale une source.
Que faire en cas de non-paiement ?
Toutes nos sources affirment néanmoins que les primes restent des montants théoriques et certaines craignent des difficultés pour les toucher réellement. La direction ayant d'ailleurs déjà contourné les syndicats en mettant fin à la procédure Renault.
"Comment la direction compte annoncer clairement ses propositions ? Et si on n'accepte pas, qu'est-ce qu'on fait ? Ils sèment la discorde", lance une source. "Celui qui est en 4/5e depuis un an après une carrière en temps plein est clairement perdant", poursuit-elle. "Et annoncer qu'ils sont pour une relance de la production cette semaine, c'est prendre les gens pour des imbéciles. Comment voulez-vous relancer une production dans les conditions actuelles ? Même les sous-traitants ne peuvent pas suivre", termine cette source.
Néanmoins, le porte-parole d'Audi se veut confiant et affirme pour sa part pouvoir annoncer une reprise cette semaine, voire ce mardi. Mais peu en interne en semblent convaincus.
