Un seul candidat pour Audi Brussels mais son projet pose question : "C'est un investisseur belge mais il a formulé une réserve"
Un seul candidat investisseur a retenu l'attention pour la reprise de l'usine d'Audi Brussels. Mais le plan de ce candidat ne semble pas viable en l'état.

- Publié le 01-10-2024 à 13h13
- Mis à jour le 01-10-2024 à 18h33

Cinquième conseil d'entreprise extraordinaire (CEE) chez Audi Brussels. Et toujours ce manque de transparence de la part de la direction d'Audi, à en croire les syndicats à la sortie des discussions qui avaient lieu ce mardi sur le site de Forest.
"Le CEE n'a rien donné, si ce n'est qu'un repreneur belge serait intéressé par la reprise de la moitié du personnel, sous réserve qu'Audi reste sur une période de 8 ans pour assumer ses responsabilités en cas de restructuration", commente Ludovic Pineur, secrétaire permanent de la CNE. Rester huit ans, une demande surprenante difficile à concilier avec la volonté de la maison-mère d'Audi, Volkswagen, de lâcher le site de Forest.
Rappelons que les repreneurs ou investisseurs potentiels avaient jusqu'au 30 septembre pour se manifester et que le CEE avait pour tâche de faire le tour des pistes. Mais les discussions de ce 1er octobre ne semblent toujours pas très concluantes, aussi bien pour la direction que les représentants syndicaux.
La piste D'Ieteren peu probable ?
Parmi les pistes qui avaient circulé, le nom de D'Ieteren était revenu plusieurs fois récemment. On peut se demander si ce partenaire historique de Volkswagen ne pourrait pas être le candidat unique en question. D'Ieteren aurait un projet de reconditionnement de voitures dans les cartons et une demande de période de transition de huit ans serait d'ailleurs moins surprenante de la part d'un partenaire de longue date, qui connaît bien la maison, en quelque sorte.
Mais du côté de D'Ieteren, on réfute. "Il n'y a rien de ce genre qui circule en ce moment chez D'Ieteren", lance le responsable de la communication du distributeur, Jean-Marc Ponteville. "J'ai posé la question dans plusieurs départements et on ne m'a rien fait remonter de tel", insiste-t-il. Le repreneur retenu reste donc un mystère pour le moment.
"Le groupe Audi veut-il vraiment un repreneur pour le site ou veut-il en réalité le démanteler ?"
"Audi ne joue pas le jeu"
"Pour les autres repreneurs, rien de crédible, commente encore le permanent syndical Ludovic Pineur. Audi respecte la loi Renault (sur les licenciements collectifs, NdlR) mais ne joue pas le jeu ! On ne connaît rien du repreneur, à part sa nationalité, ni la nature exacte des activités. Donc c'est difficile de creuser ce sujet", regrette-t-il.
"Les informations ne sont pas claires, ni transparentes, et la direction se retranche derrière des clauses de confidentialité […] Je doute qu'elle ait fait le maximum pour trouver un repreneur", renchérit-il.
"Je constate qu'Audi Brussels (direction belge et allemande) n'en a rien à faire (et le terme est faible) de la politique belge, que cela soit des députés fédéraux mais aussi et surtout des gouvernements fédéral et régionaux", avait-il déjà commenté lorsque la direction a refusé l'invitation de la Chambre à se rendre en commission Économie au Parlement fédéral, ce mercredi.
"J'en appelle au futur gouvernement Arizona, en accord avec le gouvernement en affaires courantes, de désigner une personne qui aurait la mission économique de trouver des investisseurs, en dehors des pistes avancées à la suite du lobbying mené par Audi (qui a elle-même sollicité des investisseurs, NdlR). À l'instar, sur la forme, du projet Catch de Thomas Dermine pour Caterpillar par le passé. Je dis bien sur la forme et pas sur le fond car le projet Catch a finalement été un échec total", précise le syndicaliste, en référence au séisme social qu'avait provoqué la fermeture de Caterpillar à Gosselies (Charleroi) en 2016. "Le groupe Audi veut-il vraiment un repreneur pour le site ou veut-il en réalité le démanteler ?", termine-t-il, amer.
La direction, quant à elle, ne semble pas convaincue par le plan de l'investisseur belge qui s'est manifesté. Néanmoins, elle a confirmé que ce dernier va revoir sa copie et présenter un nouveau plan dans les prochains jours, sans pour autant confirmer si la période des huit ans stipulée est problématique ou non.
"Nous sommes déçus mais il fallait s'y attendre. L'investisseur potentiel disposera de cinq jours supplémentaires pour clarifier son projet", a confirmé, quant à lui, Ronny Liedts, de la CSC-Metea.
"Nous avons discuté avec plus de 20 investisseurs potentiels"
Si la direction n'a pas toujours été claire quant au nombre candidats potentiels s'étant manifestés, elle a donc confirmé avoir discuté "avec plus de 20 investisseurs potentiels", dont la plupart sont issus du secteur automobile et avec une expérience internationale. 26 investisseurs plus précisément, mais dont 13 ont directement affirmé ne pas être intéressés; et, parmi les 13 autres, un seul a couché sur papier une proposition.
"Ce qui est important pour nous dans la recherche d'investisseurs, c'est que l'un d'eux puisse proposer un concept viable et durable pour le site et ses collaborateurs", précise Peter D'hoore, le responsable de la communication d'Audi Brussels, assurant vouloir conserver le plus d'emplois possible sur les 3 000 sur la sellette, sans compter les 1 500 travailleurs sous-traitants. Néanmoins, les pistes sur la table semblent donc peu concluantes.
La direction confirme que la phase 2 de la procédure Renault pour le licenciement collectif est lancée (soit la restructuration), sans clôturer pour autant la phase 1 (les consultations et négociations). Les travailleurs voulant un plan social pour quitter l'entreprise devraient donc se voir proposer quelque chose dans les prochaines semaines.
