Le négociateur de River Rock s'exprime pour la première fois sur le dossier Integrale : "Y a-t-il eu un délit de sale gueule ?"
Première sortie publique de Jean-Daniel Cohen, négociateur pour le fonds anglo-saxon River Rock pour la reprise de l'assureur liégeois Integrale. Il revient sur le choix de MonumentRe par les trois administrateurs provisoires.

- Publié le 02-04-2021 à 17h48
- Mis à jour le 02-04-2021 à 18h51

"Y a-t-il eu un délit de sale gueule ? La Banque nationale pense-t-elle qu'il y a un acteur de trop dans l'assurance ?" Jean-Daniel Cohen, un des principaux négociateurs du fonds anglo-saxon River Rock pour l'offre de rachat d'Integrale, continue à se poser des questions après l'annonce faite jeudi des négociations entamées avec le réassureur MonumentRe pour la reprise de l'ensemble des activités de l'assureur liégeois, filiale de Nethys à 71 %.
Les raisons pour lesquelles les trois administrateurs provisoires nommés par la Banque nationale de Belgique ont disqualifié l'offre de River Rock "sont des non-sujets", estime Jean-Daniel Cohen.
Paradis fiscal
Un des points qui posent problème concerne l'origine des fonds de River Rock, dont certains émanent d'un paradis fiscal (îles Caïmans). "Ni River Rock, ni ses investisseurs ne sont basés aux Caïmans. C'est la compagnie de réassurance BarentsRe qui y a effectivement son siège au même titre que MonumentRe est, lui, aux Bermudes. BarentsRe est une compagnie de réassurance qui amène une solution de stabilisation et fait partie de nos investisseurs" souligne Jean-Daniel Cohen. Et de préciser que River Rock a joué totalement la transparence en donnant l'identité de ses investisseurs au-delà de 5 % alors que le règlement du régulateur ne l'exige qu'à partir de 10 %.
River Rock, gestionnaire de fonds pour un peu plus d'un milliard d'euros, veut intervenir via sa sicav (société d'investissement à capital variable) luxembourgeoise Archimède qui pèse actuellement entre 300 et 400 millions d'euros. La BNB n'a-t-elle pas jugé ça trop peu pour reprendre un assureur dont les actifs s'élèvent à 4 milliards ? "Il y a des 'asset managers' qui gèrent 4 milliards avec des fonds propres de seulement 45 millions. Il ne faut pas se comparer à la taille du bilan. Ce qui est important c'est l'injection de capital – 240 millions – venant d'investisseurs connus", poursuit M. Cohen.
Autre bémol : l'incertitude sur l'emploi. "Notre engagement est une garantie de non-licenciement sauf en cas de fautes de la part des salariés", rétorque M. Cohen qui, du reste, ne croit pas aux éventuelles promesses de MonumentRe. "Comment une entreprise dont l'activité principale est de gérer des portefeuilles en run off (NdlR : en liquidation) peut garantir à moyen terme le niveau de l'emploi ?"
Le trio d'administrateurs a aussi fait savoir à River Rock que Nethys ne voulait pas lui vendre ses actions (même pour un euro). Faut-il y voir un lien avec les rumeurs d'accointances entre le fonds et l'ex-CEO d'Integrale, Diego Aquilina ? M. Cohen dément. "Personne de River Rock n'a rencontré ce monsieur ni ne lui a parlé", assure-t-il.
À noter que du côté d'Integrale, on tient à nous préciser qu'il est inexact, comme nous l'avons écrit, que MonumentRe n'a pas fait de promesse en matière d'emploi. L'assureur se veut également rassurant sur les engagements futurs en matière de taux d'intérêt pour les assurés.
