Belgacom: une participation de l'Etat en dessous de 50 %?
Maintenant que Didier Bellens est dehors, le débat est relancé.
- Publié le 18-11-2013 à 05h39
- Mis à jour le 05-12-2013 à 05h33

La saga Belgacom était au cœur des débats dominicaux sur les plateaux télé. Et après la question de l'éviction de Didier Bellens, une autre pourrait ressurgir et diviser le monde politique dans les mois qui viennent, probablement après les élections : l'Etat doit-il descendre en dessous du seuil de 50 % dans le capital de l'opérateur télécom historique ?
On se souvient que l'ex-patron de Belgacom avait déjà évoqué, en juin 2013, cette possibilité, en marge d'une mission économique aux Etats-Unis, ce qui lui avait déjà valu d'être recadré par son ministre de tutelle, Jean-Pascal Labille. "L'Etat n'a pas beaucoup plus vocation à être dans les télécoms que dans le secteur bancaire", a déclaré, dimanche, dans "L'Indiscret" (RTBF), Didier Reynders, le ministre libéral des Affaires étrangères, qui faisait allusion à la vente, la semaine dernière, du solde de la participation de l'Etat (25 %) dans BNP Paribas Fortis. Didier Reynders a précisé que la mission de l'Etat "n'était pas de s'occuper directement de la gestion de cette entreprise", et qu'il pouvait rester un "actionnaire de référence", mais avec une participation inférieure à 50 %.
Le ministre a ajouté que cette question sera probablement du ressort du prochain gouvernement. Mais quelques minutes plus tard, lors de "Mise au Point" (RTBF), la réplique de Jean-Pascal Labille, le ministre socialiste des Entreprises publiques, fut immédiate : "Il faut sortir de certains dogmes. Comme celui de dire que l'Etat n'a pas vocation à garder 50 % dans Belgacom. Au-delà du dogme, je ne vois pas de raisonnement intellectuellement crédible pour affirmer cela. L'Etat ne doit pas être là que quand cela va mal. Pourquoi ne pas imaginer demain de réinventer des missions de service public pour Belgacom comme, par exemple, l'Internet pour tous." Et Labille d'ajouter en écho à l'idée que l'Etat ne devrait pas rester majoritaire dans une entreprise comme Belgacom, cotée en Bourse et dans un secteur concurrentiel : "Vous savez, lorsqu'un soir de 2007/2008, un certain Maurice (NdlR : Lippens, alors patron du groupe Fortis) de Knokke ou d'ailleurs est venu trouver le Premier ministre de l'époque pour lui dire : 'Ma banque est en difficulté', nous n'avons vu aucune structure privée venir à la rescousse. La seule institution à répondre présent, c'était l'Etat."
Sur les chaînes flamandes, CD&V et SP-A, tous deux dans la majorité actuelle, se sont également montrés hostiles à une réduction de la part de l'Etat dans Belgacom. Bref, le débat est loin d'être mûr sur le plan politique…
Quel sera le salaire du successeur de Didier Bellens ? Jean-Pascal Labille a répété qu'il attendait des propositions du comité de rémunération de Belgacom, en tenant compte du cadre fixé par le gouvernement pour les entreprises publiques et des spécificités de Belgacom.
Sera-t-on nettement au-dessus de la barre des 290 000 euros brut par an ? "Je ne vais pas citer des chiffres. Mais la qualité d'un manager ne se mesure pas à la hauteur de sa rémunération", a-t-il expliqué, ajoutant que sa volonté est de supprimer certains avantages dans la rémunération comme le "parachute doré", le système des stock-options, mais aussi de remettre de l'ordre sur la question des mandats du futur CEO. Précisons qu'à titre de comparaison, le patron de Telenet touche une rémunération annuelle de plus de 1,7 million d'euros et celui de Mobistar de plus 480 000 euros. "Ce n'est pas parce que l'on vient du privé que l'on a toutes les qualités, et ce n'est pas parce que l'on vient du secteur public que l'on a tous les défauts du monde", a encore précisé Jean-Pascal Labille. Alors, le futur patron de Belgacom sera-t-il issu du secteur public ? "En fonction du profil qui sera établi par le conseil d'administration et si cette personne remplit les conditions, pourquoi pas…", a conclu Labille. Ce qui serait une petite révolution…
