Emploi : un jeune Belge sur trois suit les traces de ses parents
Le choix d'une profession est souvent guidé par l'entourage ou les préjugés, selon la dernière enquête Randstad. À tort ?

- Publié le 22-05-2026 à 06h37

Va-t-on vers un accroissement de la différence entre ce que les entreprises recherchent comme talents et les formations et métiers choisis par les jeunes ? Le risque semble là.
"Nous voyons bien comment la société évolue. Certains métiers sont en pénurie amenant des difficultés pour les entreprises à trouver du personnel. Par ailleurs, on assiste à l'émergence de l'intelligence artificielle (IA) qui ne remplacera pas l'humain mais néanmoins certaines tâches. Cela aura un impact notamment sur les métiers dits intellectuels. Tout cela mène à une réflexion sur les postes à venir", constate Aline Bernard, porte-parole de Randstad, qui s'interroge sur les résultats de la dernière étude de ce spécialiste du recrutement menée auprès de 3000 Belges et qui s'intéresse aux différents mécanismes qui conditionnent les choix de carrière.
Une hiérarchisation des diplômes
La formation, l'intérêt, les bonnes perspectives d'emploi et le hasard sont les facteurs les plus déterminants dans le choix d'un métier.
Les métiers lucratifs et sûrs ne sont-ils pas plutôt à rechercher du côté des métiers plus techniques qui sont en pénurie ?"
"De nombreux jeunes optent pour une filière pour une question de sécurité. Or, on constate une certaine illusion quant à cette sécurité", avance Aline Bernard. Quelque 58 % des Belges sont convaincus que les métiers intellectuels sont plus lucratifs et 48 % qu'ils offrent une plus grande sécurité d'emploi. "Mais est-ce encore vrai avec l'émergence de l'IA ? Les métiers lucratifs et sûrs ne sont-ils pas plutôt à rechercher du côté des métiers plus techniques qui sont en pénurie ? Certains évoquent, par exemple, les plombiers comme les milliardaires de demain tant ils sont recherchés", explique Aline Bernard.
Ainsi, 49 % des Belges estiment qu'un diplôme de haute école est inférieur à un diplôme universitaire et 43 % qu'un diplôme de l'enseignement technique est de moindre qualité que celui de l'enseignement général.
Or, les métiers techniques restent dévalorisés. On assiste toujours à une hiérarchisation des diplômes. Ainsi, 49 % des Belges estiment qu'un diplôme de haute école est inférieur à un diplôme universitaire et 43 % qu'un diplôme de l'enseignement technique est de moindre qualité que celui de l'enseignement général.
Ce sont surtout les jeunes générations qui sont plus convaincues de cette hiérarchie. "Cela suggère que le fossé entre les différents types d'enseignement tend à se creuser. La hiérarchie entre les formations et les professions est profondément ancrée dans notre modèle éducatif et professionnel. Tant que les parcours théoriques seront considérés comme 'supérieurs' à l'expertise pratique, le déséquilibre structurel persistera sur le marché du travail", indiquent les experts de Randstad.
Une pression de l'entourage
Cette situation s'explique aussi par la pression exercée sur les jeunes. Si seulement 11 % des sondés estiment que leur entourage constitue une raison directe dans leur choix de métier, 36 % déclarent avoir ressenti une certaine pression dans leur choix, surtout de la famille et essentiellement des parents. Quelque 17 % disent même avoir subi une forte pression.
Quelque 27 % des jeunes dans la vingtaine ne se sentent pas libres dans leur choix de carrière.
"Parfois, ce ne sont que quelques mots de la part des parents qui vont avoir une influence : 'Es-tu sûr de trouver du travail ?', 'Cela coûte cher'... Et ce n'est souvent qu'avec le recul qu'une personne se rend compte que son choix de carrière n'a pas été si délibéré que cela", estime Aline Bernard. Cette pression a tendance à augmenter. Ainsi, 27 % des jeunes dans la vingtaine ne se sentent pas libres dans leur choix de carrière.
Lorsqu'un jeune choisit un métier identique à celui de l'un de ses parents, il s'agit plus souvent de celui du père que de la mère.
C'est chez les jeunes également que la tendance à suivre les traces familiales est la plus marquée. Parmi les 20-30 ans, 33 % travaillent dans la même catégorie professionnelle que leurs parents et 44 % exercent une profession similaire. Lorsqu'un jeune choisit un métier identique à celui de l'un de ses parents, il s'agit plus souvent de celui du père que de la mère.
Le marché belge du travail présente un degré remarquable de déterminisme professionnel."
"Le marché belge du travail présente un degré remarquable de déterminisme professionnel. Bien que nous aimions nous considérer comme des acteurs libres, les pressions de l'entourage et de la famille influencent consciemment ou inconsciemment nos choix. Cela limite non seulement l'épanouissement individuel, mais entrave également l'allocation optimale des talents sur le marché du travail", note-t-on du côté de Randstad.
"Mais un jeune, à dix-huit ans, a-t-il suffisamment d'outils pour pouvoir s'orienter selon ses compétences ?", se demande Aline Bernard qui estime qu'il y a un gros travail à faire dans l'enseignement pour permettre aux jeunes de mieux se connaître et de mieux comprendre quels sont les différents métiers, et ce, sans stéréotypes.
Un quart des Belges occupent une profession qui n'est pas celle de leur choix
Pour un quart des Belges actifs, la profession actuelle ne répond pas à leurs souhaits et préférences personnels et, en moyenne, 20 % des Belges actifs (et même 28 % des 20 à 30 ans) sont insatisfaits de leur emploi actuel, selon l'enquête de Randstad. De plus, 39 % affirment qu'ils choisiraient une autre profession s'ils en avaient la possibilité demain. Ce sont dans les TIC, l'enseignement et les soins de santé qu'une majorité de répondants indiquent que leur profession actuelle a bel et bien leur préférence. Selon l'enquête, il s'agit de professions le plus souvent choisies par passion ou par intérêt.
Les choses changent et les profils qui sont recherchés aujourd'hui ne le seront plus nécessairement demain et inversement."
"La passion est le meilleur prédicateur de satisfaction, remarque Aline Bernard. Mais il faut pouvoir prendre du recul, sur les débouchés notamment. En étant bien conscients que les choses changent et que les profils qui sont recherchés aujourd'hui ne le seront plus nécessairement demain et inversement."
