Pourquoi les femmes hésitent encore à demander une augmentation : "Rien à voir avec l'ambition des femmes mais plutôt avec des schémas ancrés"
"Quelle confiance avez-vous en vous lorsqu'il s'agit de négocier une augmentation de salaire ou postuler à une nouvelle fonction ?" C'est la question qu'a posée Robert Half dans le cadre de la sortie de son dernier "Guide des salaires".

- Publié le 08-03-2026 à 11h15
- Mis à jour le 27-03-2026 à 14h36

Alors qu'a lieu le 8 mars la Journée internationale des droits des femmes, penchons-nous sur un point qui différencie encore les hommes et les femmes et qui n'est pas sans impact sur l'évolution des carrières : la confiance. "Quelle confiance avez-vous en vous lorsqu'il s'agit de négocier une augmentation de salaire ou postuler à une nouvelle fonction ?"
La question a été posée à quelque 1 000 travailleurs belges par Robert Half dans le cadre de la sortie de son dernier Guide des salaires (Guide des Salaires 2026 de Robert Half | Références et tendances en Belgique). Un tiers des femmes a répondu qu'elles ne se sentaient pas à l'aise, pour seulement un cinquième des hommes.
Ce manque de confiance n'a rien à voir avec l'ambition des femmes mais plutôt avec des schémas profondément ancrés."
Si l'on prend les chiffres autrement, cela signifie tout de même que deux femmes sur trois sont à l'aise… Mais il n'empêche : la différence de confiance entre les hommes et les femmes reste importante quand il s'agit de négocier un salaire, prendre de nouvelles responsabilités ou encore postuler pour un nouveau poste.
Pour avoir une augmentation ou un nouveau poste, les femmes estiment qu'elles doivent être à 100 %. Un homme va postuler même s'il ne correspond qu'à 60 % du profil recherché."
C'est ce qu'on appelle le confidence gap. "Cela influence directement leur carrière, constate Marie-Claire Olyslager, Senior Director chez Robert Half Belgique. Ce manque de confiance n'a rien à voir avec l'ambition des femmes mais plutôt avec des schémas profondément ancrés, de par l'éducation, l'entourage, la société… Pour avoir une augmentation ou un nouveau poste, les femmes estiment qu'elles doivent être à 100 %. Un homme va postuler même s'il ne correspond qu'à 60 % du profil recherché. Je le vois avec les jeunes diplômés que je rencontre : les garçons savent déjà faire le job."
Pour une promotion, les femmes pensent souvent que leur travail parlera de lui-même. "Elles ont tendance à attendre qu'on remarque qu'elles ont bien fait les choses. L'homme aura plus tendance à dire ce qu'il a fait, poursuit Marie-Claire Olyslager. Mais celles qui ne mettent pas en avant leur valeur sont rarement reconnues spontanément."
Une question de crédibilité
"Notre crédibilité n'est pas la même. On n'ose pas toujours aborder certains sujets", constate, pour sa part, Amandine De Paepe, fondatrice de la marque de compléments alimentaires Insentials. Avant de lancer son entreprise, elle a travaillé plusieurs années pour Omega Pharma. "La pharma est un monde très masculin. Et, en plus, je voyageais 50 % du temps, ce qui est atypique pour une femme. J'ai heureusement toujours eu confiance en moi. Mais je me reconnais dans l'étude. J'ai été sensibilisée à cette problématique."
Pour une femme, entreprendre c'est comme faire un marathon... en talons."
Et de prendre un exemple : "Chez Omega Pharma, j'avais un poste à responsabilités. J'ai voulu faire évoluer la stratégie vers davantage d'offre online. Je savais que c'était le futur. Mais on ne m'a pas écoutée. C'était comme si je parlais à un mur. Ce manque d'écoute a contribué à mon envie de lancer ma propre marque."
Comme entrepreneuse, elle doit à nouveau miser sur sa confiance en elle. "J'étais à la recherche d'un fonds d'investissement. Je me suis retrouvée avec 40 hommes devant moi… Ce secteur-là est aussi très masculin… Pour une femme, entreprendre, c'est comme faire un marathon… en talons. Pour un homme, c'est déjà difficile mais pour une femme, ça l'est encore plus. Elle doit encore plus se battre. Elle doit gagner sa crédibilité."
Un environnement positif
"Les femmes se mettent souvent elles-mêmes dans cette situation de manque de confiance. Il n'est pas question de propos sexiste ici. Les hommes se posent beaucoup moins de questions et ce n'est parfois pas plus mal !", indique Marie-Claire Olyslager.
Selon cette experte, il est possible d'agir afin de réduire ce confidence gap.
Premier conseil : les femmes doivent apprendre à mieux se connaître et à savoir exactement ce qu'elles ont envie de faire de leur carrière. "Elles doivent avoir des références pour savoir où elles se situent sur le marché. Un guide, comme notre Guide des salaires, peut les y aider. Connaître leur valeur sur le marché leur permet aussi de plus facilement oser négocier", remarque Marie-Claire Olyslager, qui estime qu'il sera plus facile de s'évaluer avec l'application dans la loi belge (au plus tard en juin 2026) de la directive européenne de 2013 sur la transparence des salaires.
Autre conseil : les femmes doivent positiver ce qu'elles ont fait durant l'année. "Si elles font la liste de tout ce qu'elles ont accompli depuis un an, elles seront positivement étonnées", souligne encore Marie-Claire Olyslager.
L'environnement de travail est aussi important. Il est nécessaire de créer un environnement où les femmes peuvent s'exprimer et être en confiance pour parler à leur manager. Avoir plus de femmes managers peut aussi créer un environnement plus favorable dans lequel la discussion est plus aisée. "C'est important aussi de sensibiliser les employés et les employeurs à la problématique afin qu'ils y prêtent plus attention."
