Un job pour vivre, un autre pour se lancer : le pari de 6 % des Belges
Les motivations sont variées : augmenter ses revenus, tester un projet, vivre sa passion…

- Publié le 03-05-2026 à 13h13

"Nous nous étions toujours dit que nous travaillerions un jour ensemble à notre propre compte", raconte Laure Stevelinck, qui a lancé en mars, avec sa mère, Sophie Zaman, "Les voisines", une conciergerie pour les propriétaires d'Airbnb: suivi de l'annonce et des demandes, check-in / check-out, nettoyage, intervention en cas de problème technique, conseils déco.... "Nous l'avons baptisé Les voisines car nous habitons l'une à côté de l'autre. Et puis la voisine est aussi en général une personne de confiance à qui vous donnez vos clés et qui peut veiller sur votre maison."
Cette activité, elles l'exercent toutes les deux en plus de leur emploi. A 31 ans, Laure Stevelinck est en effet cadre chez Brico Planet et sa mère (58 ans) en préavis à la centrale de Tihange où elle était DRH. "J'avais envie d'être ma propre patronne pour la fin de ma carrière", précise cette dernière.
Toutes deux font partie des 6,1 % de Belges actifs qui, selon les données de Statbel, exercent deux emplois, soit environ 315 000 personnes. Notamment comme indépendants, indépendants à titre complémentaire ou en flexi-jobs. Selon Statbel, dans plus d'un cas sur deux (57,6%), il s'agit d'un revenu complémentaire en tant qu'indépendant.
Le statut d'indépendant à titre complémentaire nous permet de tester notre activité tout en conservant un revenu. On ne lâche pas tout."
"Grâce à l'assouplissement des règles que ce soit pour les indépendants complémentaires (fin de l'obligation d'avoir un diplôme de gestion par exemple) ou les flexi-jobs (extension des secteurs, augmentation des plafonds...), il est plus facile d'avoir un second emploi aujourd'hui", estime Amandine Boseret, experte juridique chez Acerta.
Conserver un revenu
Laure Stevelinck et Sophie Zaman ont toutes les deux le statut d'indépendant à titre complémentaire. "On prendra le statut d'indépendant principal plus tard si notre site marche car ce n'est pas gérable sur le long terme de cumuler ces deux boulots même si, travaillant dans le commerce, j'ai des horaires plus souples. Il y a en plus la vie de famille et la gestion de nos propres Airbnb. Mais le statut d'indépendant à titre complémentaire nous permet de tester notre activité tout en conservant un revenu. On ne lâche pas tout", indique la jeune femme.
Selon une étude de Xerius, sept travailleurs belges sur dix considèrent comme (très) souhaitable de disposer d'un revenu complémentaire, ce dernier étant même indispensable pour 48% d'entre eux.
"Ces statuts donnent la possibilité de se lancer sans trop de risque financier permettant de tester un marché, rencontrer son public ou aussi de se faire une idée si on est vraiment fait pour cette activité complémentaire. Cela permet également d'exercer un métier passion qui ne rapporterait peut-être pas suffisamment", remarque Stéphanie Gowenko, manager Wallonie chez Xerius, qui met en avant aussi le besoin pour beaucoup de Belges d'avoir des revenus complémentaires. En effet, selon une étude de ce guichet d'entreprises, sept travailleurs belges sur dix considèrent comme (très) souhaitable de disposer d'un revenu complémentaire, ce dernier étant même indispensable pour 48% d'entre eux.
"Avoir un deuxième boulot permet en outre aux personnes de mettre à profit et développer d'autres talents qu'elles n'utilisent pas dans leur activité principale ou encore d'alterner un travail physiquement exigeant avec une fonction plus sédentaire", souligne Amandine Boseret.
Des obligations administratives
Les deux expertes donnent quelques conseils. "Il ne faut oublier que ces revenus complémentaires s'additionnent aux revenus de salarié, que les les impôts ne sont pas prélevés à la source et que les cotisations sociales payées dans un premier temps ne sont que des provisions et seront adaptées ensuite selon les revenus, rappelle Stéphanie Gowenko qui conseille également de se faire aider par un comptable. Même s'il s'agit d'une petite activité, les obligations administratives ne doivent pas être négligées."
Il faut pouvoir répondre aux exigences d'un travail qui ne tient pas compte des exigences de l'autre emploi."
"Il importe de veiller à son équilibre de vie. Il faut pouvoir répondre aux exigences d'un travail qui ne tient pas compte des exigences de l'autre emploi. C'est tentant d'accumuler des revenus mais ce n'est pas toujours tenable sur le long terme", constate, pour sa part, Amandine Boseret qui reconnaît néanmoins : "Avoir deux emplois n'est pas nécessairement fatiguant. Certaines personnes trouvent même de l'énergie dans leur deuxième boulot parce qu'il s'agit d'une passion."
Des chiffres en hausse
En 2025, selon Statbel, quelque 6,1% de la population belge occupée avaient un deuxième emploi, un pourcentage quasi identique pour les hommes (6,1%) et les femmes (6,2%). Un chiffre en forte augmentation.
Selon Eurostat, notre pays figure dans le top 5 en Europe, derrière le Danemark (9,5 %), les Pays-Bas (9,4 %), la Finlande (7,1 %) et l'Estonie (6,3 %).
Ainsi en 2000, 4,3 % des hommes occupés avaient un deuxième emploi, contre 3 % des femmes. Ce sont principalement les 25-49 ans, les personnes ayant un niveau d'instruction élevé et les personnes qui résident en Flandre qui ont deux boulots.
Selon Eurostat, notre pays figure dans le top 5 en Europe, derrière le Danemark (9,5 %), les Pays-Bas (9,4 %), la Finlande (7,1 %) et l'Estonie (6,3 %).
Les secteurs les plus fréquents pour exercer un deuxième emploi sont la santé humaine et l'action sociale, l'hébergement et la restauration, l'enseignement ou encore le commerce de gros et de détail.
