Le congé de paternité pour indépendants séduit de plus en plus
Plus de 10 000 personnes ont pris un congé de naissance l'an dernier. Un record pour ce système qui existe depuis 2019.

- Publié le 19-05-2026 à 14h31

En 2025, 10 443 pères et coparents actifs en tant qu'indépendants ont pris un congé de naissance ou de paternité rémunéré à la naissance de leur(s) enfant(s). Il s'agit du chiffre le plus élevé depuis que ce congé est devenu possible il y a sept ans, le 1er mai 2019, selon les derniers chiffres d'Acerta. Cela représente une hausse de 6,7 % par rapport à 2024 et de 43,4 % par rapport à 2020. "Les chiffres augmentent d'année en année", indique Mieke Bruyninckx, experte juridique chez Acerta.
En moyenne, les indépendants ont pris 19,7 jours en 2025, une évolution en accord avec une expansion progressive du nombre de jours autorisés, passant de dix jours en 2019 à quinze en 2021 et vingt en 2023.
Les chiffres montrent que les indépendants qui ont pris ce congé ont toujours pris pratiquement le maximum de jours autorisés."
"Les chiffres montrent que les indépendants qui ont pris ce congé ont toujours pris pratiquement le maximum de jours autorisés", souligne Mieke Bruyninckx qui rappelle que l'indépendant est totalement libre de choisir le nombre de jours qu'il prend avec un maximum de 20 jours ou 40 demi-jours par naissance, et ce, dans les quatre mois suivant la naissance. "Il peut ne prendre qu'un jour s'il le désire. Les jours complets ou demi-jours ne doivent pas nécessairement être pris consécutivement. Une combinaison de jours complets et de demi-jours est également possible."
Si l'indépendant opte pour un maximum de huit jours de congé (ou seize demi-jours), il reçoit également une allocation unique de 135 euros pour l'achat de titres-services. "Mais ces cas sont nettement plus rares. En 2020, seuls 600 indépendants ont choisi cette option. Et, en 2025, ils n'étaient même plus que 200."
Ce congé est de plus en plus intéressant, de plus en plus connu et offre une grande flexibilité."
L'indépendant perçoit une allocation qui s'élève à 105,60 euros par jour complet et 52,80 euros par demi-jour. Il ne peut avoir d'autres rentrées ces jours-là.
Équilibre de vie
Comment expliquer la hausse du nombre de pères ou coparents qui profitent de ce congé ?
"Il est de plus en plus intéressant, de plus en plus connu et offre une grande flexibilité", estime l'experte, qui pointe aussi un "changement de mentalité chez les jeunes pères, un partage des tâches ménagères plus équilibré et la volonté des indépendants d'avoir un meilleur équilibre de vie."
Ce congé de naissance pour indépendant a été instauré pour rapprocher les avantages de ce statut de ceux des salariés. Avant 2019, rien n'était prévu pour les indépendants qui devenaient pères, alors que pour les salariés, ce droit existait depuis 1978. Au départ, il était question de trois jours, puis de dix (en 2022), de quinze (en 2021) et de vingt (2023).
"Le montant que le salarié touche n'est pas une allocation forfaitaire mais est basé sur son salaire, rappelle l'experte. Les trois premiers jours, c'est l'employeur qui verse 100 % du salaire et puis la mutuelle prend le relais couvrant 82 % du salaire. Avec, cependant, un montant plafonné."
"Difficile de s'arrêter"
Si plus de 10 000 pères ou coparents ont profité du congé de naissance en 2025, d'autres ne l'ont pas fait parce qu'ils ne savaient pas que cette possibilité existait et/ou qu'ils jugeaient que ce n'était pas utile.
"Quand on est indépendant, c'est difficile de s'arrêter. Il y a toujours quelque chose à faire et on n'a pas nécessairement quelqu'un pour nous remplacer, estime Emmanuel qui pour les naissances de ses trois enfants a néanmoins ralenti le rythme pendant la première semaine. "J'ai quand même travaillé depuis l'hôpital…"
"Financièrement, ce n'est pas intéressant"
"Je n'ai pas ressenti le besoin de prendre un congé à la naissance de mes enfants, explique, pour sa part, Thierry. Je me suis senti connecté à eux dès leur naissance et ai toujours beaucoup fait sans pour autant être présent toute la journée. Je ne suis pas certain qu'un enfant a besoin d'avoir ses deux parents près de lui tout le temps. Et, puis, financièrement, ce n'est pas intéressant. C'est peut-être ma vision entrepreneuriale mais je pense que cela peut poser problème pour l'économie du pays si tous les jeunes pères arrêtent de travailler pendant vingt jours."
