Pourquoi l'élargissement des heures d'ouverture pose de nombreuses questions et ne fera pas que des heureux
La décision prise par le gouvernement d'assouplir la réglementation sur les heures d'ouverture dans les commerces fera les affaires des consommateurs. Mais le commerce local et indépendant pourrait être le grand perdant de cette évolution.

- Publié le 24-04-2026 à 15h00

La nouvelle suscitait déjà vendredi des débats enflammés dans le monde du commerce. Sur proposition de la ministre des Classes moyennes, des Indépendants et des PME, Eléonore Simonet (MR), le Conseil des ministres a approuvé vendredi en deuxième lecture la suppression de l'obligation de fermeture hebdomadaire des commerces. Concrètement, les magasins pourront donc désormais ouvrir 7 jours sur 7 et jusqu'à 21h, s'ils le souhaitent, communique le cabinet de la ministre.
Changement sociétal majeur
C'est un changement sociétal majeur qui se dessine donc dans le paysage de la consommation dans la foulée de ce plus grand assouplissement de la réglementation sur les heures d'ouverture dans les commerces. "La loi actuelle n'est plus adaptée aux attentes des consommateurs et des commerçants, ni au développement du commerce en ligne qui bénéficie d'une flexibilité bien plus large que les commerces physiques et crée des distorsions de concurrence. Une flexibilité accrue doit permettre aux commerçants de s'adapter aux attentes actuelles", estime la ministre, relayée par l'agence Belga. Et d'ajouter : "Nous n'obligeons personne à rester ouvert plus longtemps. Nous donnons aux commerçants la liberté de choisir. Nous supprimons des obstacles dépassés pour permettre à nos commerçants de mieux concurrencer les webshops et les magasins français. Plus d'opportunités, moins de contraintes", selon la ministre. Le texte entrera en vigueur après le vote au Parlement qui, selon le cabinet, aura lieu d'ici cet été.
La législation actuelle sur les heures d'ouverture dans le commerce permet l'ouverture de certains magasins et galeries commerciales jusqu'à 21h00 les vendredis et veilles de jours fériés. Les autres jours, la règle était une fermeture à 20h00 au plus tard. Un jour de repos hebdomadaire était jusqu'à présent obligatoire, sauf dérogations. Sous la précédente législature, pas moins de cinq propositions de loi avaient été déposées en vue d'assouplir la réglementation sur les heures d'ouverture dans les commerces. Face à l'avis négatif du secteur, cet assouplissement avait été abandonné.
"L'équilibre entre vie professionnelle et vie privée sera complètement bouleversé sans revenus supplémentaires."
L'annonce du gouvernement suscitait évidemment dans le secteur du commerce bon nombre de questions, voire de critiques. Le Syndicat neutre pour indépendants (SNI) indiquait ainsi être "furieux" à l'annonce de cette mesure qui n'engendrera "que des coûts supplémentaires" et aura un impact négatif "considérable" sur la vie privée de nombreux petits commerçants indépendants. "L'équilibre entre vie professionnelle et vie privée sera complètement bouleversé sans revenus supplémentaires", souligne encore le SNI dans un communiqué.
Les grandes chaînes, les grands gagnants ?
L'un des enjeux sera évidemment de savoir si ce nouveau cadre ne bénéficiera pas avant tout aux grandes chaînes du commerce et de la grande distribution qui ont les capacités humaines, financières et logistiques d'assurer l'ouverture de leurs points de vente toute la semaine au détriment du petit commerce local et indépendant. Certains craignent qu'une dualisation encore plus marquée du monde du commerce favorisant les enseignes les plus solides.
L'autre enjeu sera aussi social : les syndicats accepteront-ils, et à quelles conditions, les conditions d'une telle libéralisation du marché du travail ? Cette évolution ne va-t-elle pas pousser les enseignes, en lorgnant de plus en plus par exemple vers les étudiants ? Des tensions sociales pourraient survenir au sein de certains acteurs sur cette question sensible, à l'image des débrayages observés cette semaine chez Aldi suite à l'annonce de sa volonté de procéder à des ouvertures dominicales.
Des ajustements à prévoir
Enfin, la suppression de l'obligation de fermeture hebdomadaire des commerces entraînera également un calcul économique dans le chef des employeurs, notamment la grande distribution où les marges sont globalement relativement faibles. Car l'étalement des heures d'ouverture ne devrait pas augmenter globalement le volume de la consommation alors que les charges, notamment celles liées au personnel, elles augmenteront. Une ouverture 7 jours sur 7 pourrait donc s'accompagner chez les acteurs du commerce d'ajustements sur les heures d'ouverture et de fermeture à certains moments de la semaine afin de maintenir un niveau de rentabilité suffisant.
