Une église de Charleroi en danger : "Détruire cette église est un non-sens. C'est faire disparaître une partie importante de l'histoire de la région"
L'Asbl Communauté Historia introduit un recours devant le Conseil d'État pour sauver l'édifice.

- Publié le 15-04-2025 à 06h41
- Mis à jour le 15-04-2025 à 17h03
Sauver le patrimoine en danger dans notre pays, voilà la tâche que s'est assignée l'ASBL Communauté Historia. Protéger le bâti ancien, revaloriser les matériaux en cas de destruction ou de rénovation : le projet est vaste tant, semble-t-il, de nombreux bâtiments sont en danger.
Cette fois, ce sont des anciennes églises de Charleroi qui sont dans le viseur de l'ASBL. Cette dernière vient d'introduire un recours devant le Conseil d'État afin de faire interdire la destruction programmée de l'église saint Eloy, place Michel Levie dans ce quartier de la plus grande ville wallonne, appelé Charleroi Nord.
Dessinée par l'architecte Auguste Cador à destination de la forte communauté ouvrière active dans la métallurgie vivant dans le quartier, elle a été construite entre 1872 et 1875. L'église, désacralisée en 2019 et non entretenue depuis quelques années, est une propriété de la Ville de Charleroi. Celle-ci, dans le cadre d'un plan d'aménagement de certaines de ses places, a décidé de détruire plusieurs édifices. L'église saint Eloy en fait partie.
Pour la Communauté Historia, cette destruction est un non-sens. "Il s'agit d'une église qui a été construite grâce au savoir-faire de la région, des vitraux ont été commandés à des maîtres verriers, par exemple, et le choix des matériaux était très qualitatif. De plus, l'architecte qui a réalisé les plans était l'architecte de la ville à l'époque. Détruire cette église, c'est faire disparaître une partie importante de l'histoire de la région", explique Virgil Declercq, le président de l'ASBL.
"Une rénovation coûterait moins cher"
Le recours introduit devant le Conseil d'État concerne la décision prise il y a quelques mois par le ministre wallon en charge de l'Aménagement du territoire, François Desquesnes (Les Engagés). Ce dernier a cassé le refus pris par différentes instances wallonnes – le fonctionnaire délégué et l'Agence wallonne du Patrimoine – de valider la destruction de l'édifice voulue par la Ville.
Du côté de la Ville, par la voix de son avocate, on considérait au moment des premières contestations que "cette démolition vise à améliorer le cadre de vie des citoyens. Le projet n'a pas été analysé dans sa globalité. L'accent a été mis uniquement sur la valeur patrimoniale de cette église, sans prendre en compte l'importance du projet lui-même, ni sa qualité."
Pour Virgil Declercq, cette église pourrait tout à fait jouer un rôle intéressant dans le quartier de Charleroi Nord, "en y installant une halle commerçante par exemple. D'autant que rénover cette église coûtera moins cher que de la détruire. Nous prenons l'exemple de l'église sainte Marie à Lodelinsart, dont la destruction a coûté 700 000 euros et plus, alors qu'une rénovation aurait coûté 400 000 euros."
En attendant, le recours devant le Conseil d'État suspend normalement la destruction de l'église. "Si nous voyons arriver un bulldozer, nous saisirons alors le Conseil d'État en extrême urgence", conclut notre interlocuteur qui déplore aussi qu'il n'y a aucun projet pour recycler les matériaux en cas de destruction, alors que "c'est une mesure environnementale importante".
