Les hôpitaux publics de Charleroi (Humani) justifient l'achat d'un terrain à 1,6 million d'euros bien que ce "soit jugé élevé"
Le conseil d'administration a refusé d'octroyer des pouvoirs spéciaux à l'un de ses membres comme le demandait Thomas Dermine (PS).

- Publié le 09-04-2025 à 19h36
- Mis à jour le 10-04-2025 à 11h04

Dans la région de Charleroi, la saga autour d'un terrain acheté par l'intercommunale de santé Humani rebondit encore. Pour rappel, une polémique avait été révélée au mois de janvier 2025. Elle concernait l'achat d'un terrain à Châtelineau destiné à la construction d'un centre de santé mentale pour remplacer l'actuel hôpital Van Gogh. Or, ce terrain payé à un prix très élevé (1,6 million d'euros) n'est pas idéal pour y construire un bâtiment.
Le président du conseil d'administration de l'intercommunale, Karalobos Raptis (ex-Engagés passé au PS), avait démissionné, pour un prêt de 100 000 euros que lui avait octroyé le vendeur du terrain. Soupçonné de corruption, il avait été entendu par la police. L'affaire est dans les mains d'un juge d'instruction.
Les délibérations du conseil d'administration à propos de l'achat de ce terrain avaient été cassées en mars 2025 par le ministre François Desquesnes (Les Engagés) qui a la tutelle sur les Pouvoirs locaux.
Cette affaire avait mis en émoi le petit monde politique carolo et le bourgmestre de Charleroi, Thomas Dermine, qui est aussi président de la fédération PS locale, avait décidé qu'un des administrateurs d'Humani allait recevoir des pouvoirs spéciaux pour analyser l'ensemble des acquisitions de l'intercommunale. Un mandat spécial qui a été refusé par le conseil d'administration qui s'est réuni récemment. Certains, à Charleroi, n'hésitent pas à parler de camouflet pour Thomas Dermine qui paie le fait de ne pas avoir associé les autres partis siégeant chez Humani à cette décision.
Humani a aussi réagi aux accusations dont l'intercommunale fait l'objet depuis l'éclatement de l'affaire. Le conseil d'administration tient tout d'abord à préciser que la validité de l'acte de vente n'est pas remise en cause par la décision du ministre et qu'aucun "élément à ce jour ne permet de démontrer un dol ou une faute lourde dans le chef des administrateurs ou du notaire impliqués dans cette opération". "L'analyse interne reconnaît des erreurs administratives, mais à ce stade, aucune preuve de manipulation volontaire n'a été établie", explique l'ensemble du conseil dans un communiqué.
Partiellement inondable
Beaucoup de choses fausses sur l'état du terrain auraient par ailleurs été dites, selon le CA de l'intercommunale. Notamment sur le caractère inondable de la parcelle qui pourrait quand même accueillir un bâtiment. "Contrairement à ce qui a été avancé, ledit terrain n'est inondable que sur sa partie inférieure et non constructible. Un lit de ruissellement existe, mais peut tout à fait être maîtrisé lors de travaux d'aménagement du terrain."
Humani défend aussi la valeur d'achat du terrain. "Bien que le prix d'achat de 1 600 000 euros soit aujourd'hui jugé élevé par certains observateurs – notamment au regard de l'avis du comité d'acquisition du SPW finances –, il est important de signaler qu'avant la signature de l'acte, le vendeur avait reçu une proposition concrète de mandat commercial par le groupe Rodschinson Invest. Cette proposition mentionnait un prix de base estimé à 3 080 000 euros (presque le double du prix d'achat, NdlR) et même davantage si le terrain évoluait vers une urbanisation complète."
Des évaluations indépendantes du terrain ont été confiées par marché public à deux experts externes. Elles vont débuter bientôt. "Ces avis permettront d'éclairer les décisions à venir du Conseil d'administration, que ce soit pour confirmer l'acquisition ou envisager une remise en cause judiciaire de la vente."
Enfin, pour ce qui concerne le prêt de 100 000 euros octroyé à l'ancien président du CA, Karalobos Raptis, Humani a décidé de se porter partie civile dans cette affaire pour le cas où elle-même ou les communes membres de l'intercommunale seront reconnues comme étant lésées dans cette affaire.
