L'asphalte miracle ne réparera pas les nids-de-poule des autoroutes wallonnes
Chaque année, de plus en plus d'automobilistes portent plainte contre la Wallonie, pour des dégâts occasionnés à leur véhicule en raison du mauvais état des routes.

- Publié le 18-03-2025 à 06h53
- Mis à jour le 18-03-2025 à 09h51

Une chronique "Il n'y a pas de quoi être fier" de Stéphane Tassin.
L'état du réseau routier et autoroutier wallon est fréquemment le point de départ d'une conversation polémique lors des repas de famille. Et ce, depuis de très nombreuses années. Jusqu'en 2019 et la désignation de feu Michel Daerden, on avait un peu l'impression que le ministre wallon qui avait la responsabilité des routes du sud du pays se moquait un peu du monde. Des travaux de réparation qui ne tenaient pas, des trous un peu partout, la mise en place d'une ligne téléphonique pour signaler les trous dans les routes qui tenait de l'odieux mensonge, etc.
En 2010, la Wallonie reprend un peu les choses en main et un plan ambitieux sur plusieurs années est mis en place. Et de nouveau, le réseau routier wallon anime les repas dominicaux. Cette fois, ce sont les nombreux chantiers qui agacent.
Depuis lors, les deux volets de la polémique restent d'actualité. D'un côté, les trous et nids-de-poule et de l'autre les nombreux chantiers. Ce qui n'est pas antinomique. En effet, un réseau traversé chaque jour par de nombreux poids lourds nécessite un entretien permanent.
Et voilà qu'une étude internationale (du World Economic Forum) a établi un classement qui place la Wallonie à une pénible 61e position, là où nos voisins, la France (10e), les Pays-Bas (2e) et le Luxembourg (8e) s'en sortent nettement mieux. Un classement qui donne le sentiment que, malgré tous les masters plans routes, la Wallonie ne perdra jamais cette terne réputation.
Chaque année, des usagers du réseau portent plainte contre la Wallonie pour des dommages causés à leur véhicule. Ce n'est pas toujours l'état du réseau qui est mis en cause. Parmi les plaignants, se trouvent des personnes dont le véhicule a été endommagé à cause de la perte d'un chargement sur autoroute. Mais la grande partie des plaintes est liée à la qualité déplorable du réseau.
Et leur nombre de plaintes est en hausse puisqu'on a enregistré 664 plaintes en 2024 contre 585 en 2023, 345 en 2022, 445 en 2021 et 390 en 2020. Ça, c'est pour le réseau dit structurant géré par la Sofico – 2 700 km d'autoroutes, d'échangeurs et de routes nationales majeures. Pour le reste du réseau qui est lui géré par le SPW-MI – 5 600 km de routes nationales –, le nombre de plaintes en 2024 était de 638. En 2023, il y en avait 512 contre 308 en 2022, 95 en 2021 et 317 en 2020.
Une explication de la hausse des plaintes qui, précisons-le, ne débouchent pas toutes sur une indemnisation via une transaction pénale ou sur une condamnation, pourrait en partie venir des médias. Pour la porte-parole de la Sofico, Héloïse Winandy, il est probable "qu'une partie de l'augmentation du nombre de plainte survenue ces dernières années est liée à la publicité apportée à la procédure par divers reportages et articles des médias". "À chaque diffusion/parution, le service signale enregistrer un pic des dépôts."
Des centaines de milliers d'euros d'indemnisations
Au niveau des indemnisations, la Sofico a payé en 2024 un montant de 502 599,03 euros et le SPW-MI, un montant de 2 953 942, 92 euros. Précisons quand même, car c'est important, que les montants payés sur une année ne sont pas forcément liés aux plaintes de l'année. "Les condamnations éventuelles interviennent avec un certain décalage dans le temps, et portent généralement sur des montants plus conséquents, alourdis par des intérêts judiciaires et des frais de procédure. Raison pour laquelle le montant payé sur la base de condamnations de la Région wallonne est très élevé en 2024. Un dossier a fait l'objet d'un paiement de 2 200 989, 69 euros et un autre de 93 341, 81 euros", explique Serge Toussaint, porte-parole du SPW-MI.
Et s'il existait une solution miracle pour tous ces nids-de-poule qui pourrissent la vie des automobilistes ? Un député wallon, Arnaud Dewez (MR), s'est renseigné auprès du ministre Desquesnes (Les Engagés), qui a les infrastructures routières dans ses compétences sur un "asphalte autoréparant". Il a vite été calmé dans son bel enthousiasme par le ministre qui lui a précisé deux choses. La première étant que cette "technologie" est encore au stade de "la recherche" et qu'il ne faut pas rêver, elle ne permettra pas aux nids-de-poule de s'autoréparer. "L'autoréparation de microfissures permettrait déjà d'augmenter la durée de vie de l'enrobé bitumineux en retardant le phénomène de fatigue de ce dernier", insiste le ministre qui conclut en disant avec phrase plus alambiquée que celle-ci, qu'il faudra quand même voir combien tout cela coûtera.
