Le redressement de la Wallonie passera aussi par la possibilité qu'aura chacun(e) de se chauffer correctement
Une étude de l'Iweps montre que c'est en Wallonie qu'il y a le plus de ménages en situation de précarité énergétique.

- Publié le 11-03-2025 à 07h08

Une chronique "Il n'y a pas de quoi être fier" de Stéphane Tassin.
Le saviez-vous, c'est en Wallonie que l'on trouve la plus grande proportion de personnes en situation de précarité énergétique. Alors que les chiffres les plus défavorables en matière de pauvreté et de précarité sont en général bruxellois, la Wallonie – dans ce cas – passe devant. En effet, selon une étude menée par l'Iweps (Institut wallon de statistiques), 11,3 % des Wallons, soit un peu plus de 400 000 personnes, déclarent avoir des difficultés à chauffer leur logement. À Bruxelles, la proportion de personnes en précarité est de 10 %, alors qu'il est beaucoup plus bas en Flandre avec 2, 3 %.
La décision très récente du gouvernement wallon (MR-Les Engagés) de raboter de manière extrême les primes à l'isolation décidées sous la précédente législature va-t-elle dans un sens qui aggravera la situation ? Selon l'Iweps, l'isolation n'est pas la seule raison qui conduit autant de ménages et de personnes dans une situation de précarité énergétique. Même si elle fait partie intégrante de l'équation.
Selon l'analyse livrée par l'institut wallon, le problème doit être pris dans une dimension plus large que la seule isolation. "Si la rénovation énergétique constitue un levier essentiel pour lutter contre la privation énergétique, elle ne permet pas nécessairement de réduire les dépenses en énergie. En effet, l'occupation d'un logement surdimensionné par rapport aux besoins des habitants joue un rôle clé dans les montants des factures énergétiques. Une stratégie efficace devrait ainsi combiner une rénovation énergétique ciblée, en prenant en compte la répartition des responsabilités entre locataires et propriétaires et une politique de lutte contre la sous-occupation des logements, notamment pour les couples âgés dont les enfants ont quitté le foyer", nous explique l'Iweps.
La taille du logement compte
Dans cette étude, il apparaît que ce ne sont pas les personnes les plus pauvres vivant dans des logements moins bien isolés ou dans ce que l'on appelle des passoires énergétiques qui paient des factures plus élevées. En effet, les logements plus grands, même très bien isolés, présentent en général un coût plus important. Pour l'Iweps, la solution pour lutter contre cette précarité doit surtout viser la taille des logements. "Ces solutions nécessitent de prendre en compte la dimension sociale du logement. Par exemple, la rénovation des bâtiments loués dépend principalement des propriétaires, qui peuvent être réticents à investir sans garanties financières. De même, la sous-occupation chez les propriétaires âgés est influencée par des facteurs affectifs et l'absence d'incitations financières à déménager. Face à ces défis, une approche globale et concertée est indispensable pour garantir un accès équitable à l'énergie et améliorer durablement les conditions de vie des ménages les plus vulnérables."
Voilà donc le gouvernement wallon bien informé. Tiendra-t-il compte de cette analyse lorsqu'il décidera d'une nouvelle politique dédiée à l'isolation des logements ? Parce que s'il s'agit, à raison, de faire grimper le taux d'emploi de manière importante, avec la Flandre en ligne de mire, il ne serait pas normal de ne tenir compte que des facteurs économiques pour réaliser ce vœu pieux de redresser durablement la Wallonie. De manière inévitable, une politique globale, comme celle que préconise l'Iweps, aura un coût important. Et devra dès lors faire l'objet d'un choix politique.
Mais que l'on se rassure, dans sa déclaration de politique régionale (DPR), l'actuelle majorité considère "qu'il est nécessaire d'intensifier le rythme des travaux de rénovations des logements wallons afin d'en améliorer la qualité tant en termes de performance énergétique qu'en termes de sécurité et de salubrité".
