"4,3 millions de logements ont été construits lorsque les normes énergétiques n'existaient pas"
Libre Immo | Embuild fait le point sur la situation globale du secteur, dans un moment charnière, à différents niveaux.

- Publié le 08-11-2024 à 13h31

Qui d'autre que la fédération de la construction, Embuild, pour faire le point sur la situation globale du secteur, dans un moment charnière, à différents niveaux. Dans un contexte politique qui se rapproche de plus en plus de la crise, les notes (ou supernotes) qui ont filtré ces dernières semaines ne rassurent pas le monde de la construction. Outre le manque d'ambition pour aider le secteur, notamment sur le coût du travail, l'inquiétude grandit aussi sur la question de la rénovation.
Le nombre de permis octroyés pour des rénovations diminue continuellement depuis 2022 au lieu d'augmenter."
"Dans notre pays, trois logements sur quatre ont plus de 45 ans : au total, il s'agit de 4,3 millions de logements qui ont été construits lorsque les normes énergétiques n'existaient pas. Pour obtenir des logements neutres en carbone d'ici 2050, la vitesse de rénovation doit augmenter fortement ces prochaines années : elle doit tripler en Flandre et quadrupler à Bruxelles et en Wallonie. Concrètement, il faudrait rénover au moins 471 logements par jour en Belgique, au lieu des 144 à peine aujourd'hui", communique la fédération.
Pourtant, Embuild indique que les derniers chiffres de Statbel montrent le contraire. "Le nombre de permis octroyés pour des rénovations diminue continuellement depuis 2022 au lieu d'augmenter. Y compris durant le premier semestre 2024, celui-ci a baissé de 4 %."
Depuis 2023, c'est l'activité globale du secteur de la rénovation qui semble ralentir. "En 2022, l'activité augmentait encore de 4,3 % mais, depuis, cette augmentation est devenue nettement moins importante en 2023 (+ 1,2 %) et en 2024 (+ 1,6 %). Et la situation restera difficile pour cette branche de la construction en 2025 (+ 1 %)", indique encore la fédération.
Hausse de la TVA
Mais revenons à l'actualité politique. C'est une question liée à la TVA qui fait grincer des dents. Sur la table du futur (?) gouvernement, on parle d'une augmentation de la TVA à 9 % sur les travaux de rénovations contre 6 % aujourd'hui. "Cela augmenterait en effet le coût de la facture de rénovation pour le consommateur de 3000 à 4500 euros et ralentirait donc ces rénovations nécessaires, alors que c'est l'inverse qui devrait se produire", calcule Embuild.
Et Niko Demeester, administrateur délégué d'Embuild, de compléter. "C'est donc vraiment contre-productif. En outre, une augmentation de la TVA sur les rénovations risque d'augmenter de nouveau le travail au noir; ce qui n'est pas souhaitable et très néfaste pour le budget de l'État."
Une question globale qui rappelle le rôle de l'État dans la communication et la promotion des projets de rénovation. On l'a vu depuis une vingtaine d'années, il suffit d'un coup de pouce des autorités pour faire naître un nouveau marché. On pense ainsi aux panneaux solaires qui ont montré toute leur efficacité ces dernières années. On se souvient aussi de ce passage massif aux chaudières au gaz pour remplacer celles au mazout de chauffage.
Mais face à la crise énergétique alimentée par la hausse du prix du gaz, que faire aujourd'hui si on pense à changer son installation de chauffage ?
Ces derniers mois, on parle de plus en plus des pompes à chaleur. Si tous les logements ne sont pas adaptés à leur fonctionnement, la communication manque encore autour de ce système, selon InfoPompeàChaleur, la plateforme d'information de l'association belge des pompes à chaleur.
Selon cet organisme, les autorités locales peuvent jouer un rôle clé pour accélérer la transition énergétique dans les rénovations. "Idéalement, des groupes de communes de 50 000 à 100 000 habitants devraient se charger de lancer des projets d'énergie collective, affirme l'expert Patrick O. Tout comme elles sont responsables de la gestion des déchets, de la police, des égouts et de l'eau potable, elles peuvent également organiser efficacement des projets énergétiques. Elles sont plus proches des citoyens, connaissent les défis locaux et entretiennent des liens directs avec les gestionnaires de réseaux."
Il ajoute que la transition énergétique en Belgique doit impérativement être accélérée. "Les communes, les installateurs et les décideurs politiques doivent unir leurs efforts pour hisser les rénovations à un niveau supérieur. Le rythme actuel des rénovations est insuffisant pour atteindre les objectifs climatiques européens. Sans action, les émissions de CO2 et la dépendance aux combustibles fossiles resteront beaucoup trop élevées."
