La décision de baisser les primes en Wallonie est-elle liée à un risque de dérapage budgétaire ou purement politique ?
Les écologistes dénoncent le fait que le gouvernement trouve les moyens financiers quand ça l'arrange.

- Publié le 26-02-2025 à 07h07

Il y a deux semaines, le gouvernement wallon mettait fin, avec une certaine brutalité, au système de primes à la rénovation et à l'isolation mis en place sous la précédente législature. Avec brutalité, parce que ceux qui avaient engagé des travaux avaient un temps très limité (15 jours) pour rentrer les preuves du paiement d'un acompte de 20 % au moins pour bénéficier de l'ancien système. Très, très limité (quelques heures) pour ceux qui n'avaient pas encore payé leur acompte. Ils avaient jusqu'au 14 février à minuit pour le faire et ainsi bénéficier de la tolérance de 15 jours.
Pour tous les autres, c'est un régime transitoire qui s'applique désormais jusqu'à la fin du mois de septembre 2026, date de l'entrée en vigueur d'un nouveau mécanisme qui sera élaboré dans les prochains mois. Une transition qui maintient un système d'aides mais en diminuant le montant des primes de près de 60 %.
Et pourquoi le faire aussi vite ? Le gouvernement wallon craignait en emballement du système engendrant des coûts importants pour le budget régional. À système inchangé, le coût total pour 2024 et 2025, d'ici à la fin 2025 atteindrait 674 millions. Reprochant à l'auteur du dispositif, l'ancien ministre Philippe Henry (Écolo), d'avoir laissé la facture gonfler sans réagir, la nouvelle majorité a convenu d'y réaliser une économie de 290 millions. Ce qui revenait à revoir le montant des primes à la baisse de manière importante. Une raison logistique était mise en avant par le ministre-Président, Adrien Dolimont (MR), et la ministre de l'Énergie et du Logement, Cécile Neven (MR) : la durée du traitement des dossiers qui, selon le gouvernement, est comprise entre un et deux ans avant le versement des primes. Craignant qu'un tel délai et une telle facture ne le plongent dans un abîme budgétaire, le gouvernement régional a choisi la manière forte.
Un dernier argument important était aussi avancé : le système engendrait de nombreux effets d'aubaine.
On tire la langue
Le secteur de la construction comme de nombreux particuliers qui étaient sur le point de réaliser des travaux pensant pouvoir bénéficier du généreux système wallon ont fait entendre leur mécontentement.
De son côté, l'opposition wallonne se demande si cette décision du gouvernement n'était pas plutôt de la pure communication pour justifier un choix politique. Il nous revient que le montant de 674 millions comprend le coût du dispositif pour l'année 2024, soit 322 millions. Renseignements pris, c'est un montant proche qui avait été budgété par l'ancienne majorité PS-MR-Écolo. Les 352 millions restants représentent le coût estimé pour l'année 2025, un montant proche de celui envisagé en 2024. L'opposition se demande où se trouve dès lors l'emballement dénoncé.
Enfin, sur la question du prêt à taux zéro (Rénopack) qui s'inscrit dans le mécanisme, il faut quand même souligner que les 249 millions estimés seront remboursés dans les années qui viennent.
Mardi, les écologistes du Parlement wallon ont réagi, agacés qu'on leur fasse porter un chapeau qu'ils estiment trop grand pour eux. Ils accusent le gouvernement wallon de pratiquer le deux poids deux mesures. "Le gouvernement a créé un trou de 900 millions d'euros dans l'équation budgétaire de la législature, pour financer des réformes mal calibrées : au moins 250 millions d'euros pour la réforme des droits d'enregistrement, 380 millions d'euros pour la réforme des droits de succession, 270 millions d'euros pour payer la facture wallonne de l'accord Arizona. Soit un total de 900 millions d'euros pour lesquels là, le gouvernement a trouvé les fonds !" explique-t-on au groupe écolo.
Un choix politique est légitime pour un gouvernement. C'est lui qui oriente les moyens budgétaires disponibles pour mener ses politiques. L'actuel exécutif wallon a pu, en effet, trouver des moyens pour mener ses propres politiques et pas pour financer le mécanisme de primes tel qu'il avait été validé sous la précédente législature. C'est son droit le plus strict. Encore faut-il pouvoir l'assumer. Lorsque le nouveau système sera en place fin septembre 2026, cet aspect des choses pourra être précisé.
