Les eaux potables belges polluées par une nouvelle substance toxique
Selon une enquête de Nature&Progrès, les eaux de distribution belges présentent des traces de TFA, un Pfas extrêmement persistant qui n'est pas sans risque pour la santé.
- Publié le 10-07-2024 à 10h32
- Mis à jour le 10-07-2024 à 10h33

Le TFA (l'acide trifluoroacétique) est un des principaux produits de dégradation des pesticides Pfas et des gaz fluorés. Pfas à chaîne ultracourte, il reste malgré tout extrêmement persistant dans l'environnement et très mobile. Il s'agit aussi de l'un des Pfas les plus méconnus, tout comme ses effets sur la santé. De rares études toxicologiques pointent cependant des risques comparables aux autres Pfas de structure similaire, comme le PFOA, à savoir entre autres, un risque de malformation des fœtus.
Aucune limite contraignante
Aujourd'hui, aucune limite claire et contraignante sur la présence du TFA dans nos eaux n'existe à l'échelle européenne mais dans le cadre de la révision de la directive sur les eaux destinées à la consommation humaine, une limite réglementaire de 500 nanogrammes pour le "Total Pfas" est proposée à partir de janvier 2026. Or, selon une analyse menée par l'association Nature&Progrès sur 55 échantillons d'eau potable, dont 36 échantillons d'eau du robinet, ce plafond "Total PfasS" est dépassé pour près de la moitié des eaux du robinet par le seul TFA.
L'association a ainsi observé une contamination des eaux potable au TFA allant jusqu'à 4100 nanogrammes/L, avec une moyenne de 740 ng/L. En Belgique, les deux seuls échantillons d'eau potable réalisés par Nature&Progrès dans le cadre de cette étude ont révélé des teneurs de 1100 et 320 ng/L.
Ces résultats sont toutefois à mettre en perspective par rapport à d'autres sources d'information. Ainsi, selon la société Vivaqua, à Bruxelles, les analyses afficheraient des taux de 500 à 1500 ng/L, selon les points de captage et les dates.
Aux Pays-Bas, les analyses pointent des valeurs entre 1200 et 1600 ng/L, selon le rapport officiel néerlandais de 2022 sur la qualité de l'eau.
En région wallonne, la SWDE a été chargée le 6 juin 2024 de coordonner un monitoring du TFA dans les eaux destinées à la consommation humaine de l'ensemble du territoire wallon. Les résultats officiels devraient être publiés à la rentrée.
L'eau en bouteille n'est pas épargnée
Les eaux en bouteille ne sont pas non plus indemnes de TFA. En effet, l'analyse de 19 eaux en bouteille révèle que 63 % des eaux minérales et de source sont contaminées, avec une contamination moyenne 278 ng/L.
Selon le RIVM, un prestigieux institut de recherche des Pays-Bas qui s'est penché sur le TFA, une valeur maximale de 2200 ng/L dans l'eau potable, pour le seul TFA, serait acceptable. Dès lors, les niveaux de contamination observés à ce jour seraient encore contenus pour la plupart dans les marges de sécurité. "Mais qu'en sera-t-il demain, sachant que les ventes de pesticides Pfas augmentent ?", pointe Nature&Progrès.

