Pollution aux Pfas : "Les gens semblent surpris et abattus par l'ampleur des résultats"
Après plusieurs semaines d'attente, les conclusions du biomonitoring sont tombées ce mardi. Au cœur du Hainaut, les données fournies par l'Institut Scientifique de Service Public (ISSeP) suscitent des sentiments mitigés chez les habitants.

- Publié le 25-06-2024 à 20h45
- Mis à jour le 20-08-2024 à 22h43

Léa Vandenneucker n'a que 21 ans. Originaire de Tongre-Saint-Martin, une section rurale de la commune de Chièvres, cette jeune femme privilégie la consommation de produits locaux et porte une attention particulière à sa santé. A priori, aucune raison de s'inquiéter ? Pas vraiment. Comme 1 836 autres personnes, elle a pourtant décidé de se soumettre à une prise de sang afin de connaître les taux de Pfas contenus dans son organisme. Les résultats sont tombés lundi matin : elle affiche 14,21µg par litre. Ce qui représente un risque modéré. "Je suis triste et en colère. On se doutait qu'on était pollué, mais on ne savait pas à quel point. Dans quelques années, je souhaiterai avoir un enfant, alors ces chiffres m'interpellent beaucoup. Est-ce que mon enfant va naître en bonne santé ? Est-ce qu'il va porter un handicap ? ", lance-t-elle. De vives interrogations alimentées par des résultats peu compréhensibles, selon l'Hennuyère. "Le document comporte onze pages et beaucoup de termes scientifiques, mais rien de concret."
"J'avais bon espoir de me situer en dessous"
Sylviane Coclet figure parmi les 28,8 % de la population chièvroise dépassant les 20 microgrammes par litre. "J'avais bon espoir de me situer en dessous, car je ne bois jamais de l'eau du robinet. Je suis pourtant fortement affectée", soupire-t-elle. Âgée de 59 ans, cette résidente connaît bien la problématique des Pfas. En avril, avec Virginie Delbart, elle avait lancé une pétition au Parlement wallon réclamant un meilleur accompagnement des médecins et la création d'un fonds d'aide aux victimes. Selon cette résidente de la commune, les données reçues demeurent incomplètes : "L'analyse repose sur un code couleur, ça reste très scolaire. Personnellement, j'ai besoin de chiffres. Je veux savoir quelle est la P50 ou la P95 à Chièvres, le taux minimum et maximum pour chacun des Pfas".
Sa comparse, Virginie Delbart, et l'ensemble de sa famille ont aussi reçu les conclusions de leurs analyses sanguines. Sans surprise, ses résultats, comme ceux de ses proches, dépassent de loin le seuil de risque. "Dans mon voisinage, les gens semblent surpris et abattus par l'ampleur de la contamination, relate-t-elle. Surtout quand cela concerne des enfants. En tant que parents, on culpabilise beaucoup, même si ma fille n'arrête pas de me rappeler que ce n'est pas de notre faute. Mais, c'est nous qui remplissons leurs gourdes et leur donnons de l'eau du robinet."
Des recommandations insuffisantes ?
À Chièvres, au-delà des chiffres, on déplore surtout la mauvaise communication et le manque de transparence des autorités tout au long de la gestion du dossier. "On a l'impression que c'est de l'amateurisme", tranche Geoffrey Pessemier, porte-parole de l'association citoyenne SOS Notre Santé. "Même si l'effort a été important, la communication a été mauvaise. Les gens s'attendaient à des résultats rapides comme pour des prises de sang classiques", regrette de son côté Virginie Delbart.
Du point de vue des recommandations, le bât semble blesser également. "On nous incite à éviter le mascara, le vernis, les poêles Tefal, mais on connaissait déjà ces risques ! Tout le monde utilise ces produits, alors pourquoi Chièvres possède un taux plus haut que le reste de la Wallonie ? ", s'interroge Léa Vandenneucker
