Pollution aux PFAS : 28 % de la population de Chièvres dépasse le seuil critique
Les habitants qui affichent un taux supérieur au seuil santé sont invités à consulter un médecin.
- Publié le 25-06-2024 à 20h23

Les échantillons de sang prélevés sur base volontaire auprès d'habitants de Chièvres et Ronquières dans le cadre de la crise des PFAS ont livré des résultats qui ne seront pas de nature de rassurer les habitants de la région : comme redouté, la concentration en certains PFAS est plus élevée à Chièvres et à Ronquières que dans la population générale wallonne et à Chièvres, 28% des habitants dépassent le seuil-santé.
Pour rappel, un dépassement de la norme avait été constaté dans les eaux de distribution issues du château d'eau de Chièvres entre octobre et mars 2023. À Ronquières, on s'approchait d'un dépassement de ce seuil, ce qui avait poussé le gouvernement wallon à commanditer une enquête auprès de l'ISSEP (Institut scientifique de service public).
Dans la zone de Chièvres, qui comprend les parties de cinq communes (Ath, Beloeil, Chièvres, Jurbise et Leuze-en-Hainaut), 1 836 résidents ont participé au test. Ce dernier révèle que les concentrations en certains PFAS (PFHxS, PFOS et PFOA) sont plus élevées que dans la population wallonne générale et que 28 % des participants dépassent le seuil de 20 µg/l, qui est considéré comme le seuil au-delà duquel il existe un risque accru d'effets indésirables. En ce qui concerne le PFHxS, des taux quatre à huit fois plus élevés ont été constatés chez les habitants de Chièvres, toutes catégories d'âge confondues.
À Ronquières aussi les analyses des 152 participants montrent une imprégnation plus élevée pour certains PFAS (surtout PFHxS et PFOS) que dans la population wallonne. Par ailleurs, 3,9 % des participants dépassent le seuil de 20 µg/l.
"Aucune causalité ne peut être établie"
Les trois PFAS observés en quantité plus élevée à Chièvres et à Ronquières sont précisément ceux qui ont été observés en quantité anormalement élevée dans l'eau de distribution. Mais l'ISSEP évoque une corrélation plus qu'une causalité. "Il est probable que l'eau de distribution soit une source d'exposition importante, bien que d'autres sources environnementales et de consommation doivent être explorées. Il y a donc corrélation, mais aucune causalité ne peut scientifiquement être établie en l'état avec la distribution de l'eau", indique l'institut.
Un dépassement des seuils-santé n'entraîne, heureusement, pas nécessairement d'effets néfastes. Néanmoins, les participants dépassant les valeurs seuils sont invités à consulter leur médecin dans les prochaines semaines. Des outils ont par ailleurs été mis à disposition des médecins généralistes pour les aider à répondre aux interrogations de leurs patients et leur proposer le suivi adéquat, qui consiste essentiellement en un suivi régulier.
"On n'est pas face à une toxicité aiguë. Cela signifie que si une personne avale un grand verre d'eau plein de PFAS, il ne court pas de danger immédiat. Mais il est important de voir un généraliste en cas de dépassement des seuils pour déterminer quel suivi peut être apporté. Il n'y a pas de médicament miracle contre les PFAS mais en diminuant les quantités ingérées, on peut observer une diminution des taux dans l'organisme", explique Corinne Charlier, professeure ordinaire à la faculté de médecine de l'Université de Liège et présidente intérimaire du Conseil scientifique indépendant.
Vigilance pour les femmes enceintes
Les femmes enceintes ou qui désirent l'être doivent être particulièrement attentives. "On leur recommande de boire de l'eau en bouteille plutôt que de l'eau de distribution, même si les valeurs en PFAS ont été réduites. On recommande aussi aux femmes enceintes ou qui veulent tomber enceintes de prendre de l'acide folique. En revanche, limiter la durée de l'allaitement n'est pas recommandé", poursuit la toxicologue.
Pour diminuer la quantité de PFAS présents dans l'organisme, les autorités wallonnes recommandent également à la population de limiter la consommation de certaines catégories d'aliments. " Une des principales sources de contamination reste la consommation de certains aliments comme les produits de la mer, le gibier et les abats. On recommande donc une consommation raisonnable de ceux-ci. Plus largement, il vaut toujours mieux varier son alimentation et la source dont elle provient", précise Pol Gosselin, responsable de la cellule permanente Environnement-Santé au sein de l'administration wallonne.
Pas d'inquiétude par contre en ce qui concerne les légumes du jardin. "De manière générale, ils accumulent peu les PFAS". En revanche, la contamination des œufs peut être plus importante dans les zones où un dépassement des seuils a été observé.
Des effets sur la santé avérés, d'autres suspectés
Les connaissances scientifiques relatives aux PFAS n'en sont qu'à leurs balbutiements. À ce stade, l'impact réel de ces substances sur la santé humaine n'est pas encore très clair. Mais des études évoquent des impacts à différents niveaux.
"Les données scientifiques sur les effets des PFAS s'accumulent mais on n'a pas encore de connaissance établie à ce stade. Certains effets sur la santé sont avérés et d'autres suspectés", explique la toxicologue Corinne Charlier. "À ce stade, on estime que des risques existent, par exemple, au niveau du diabète et du cholestérol et qu'il peut y avoir des répercussions au niveau hormonal, avec un risque de cancer du sein et des testicules et des grossesses qui mettent plus de temps pour démarrer. Mais l'exposition aux PFAS n'est qu'un élément parmi d'autres dans des pathologies qui ont des origines multifactorielles. Les PFAS participent au risque mais ne sont pas les seuls responsables. De plus, nous sommes exposés à d'autres substances comme les pesticides, le tabac, on peut donc parler d'effet cocktail, c'est-à-dire d'effets provoqués par le mélange de substances", précise encore la toxicologue.

