Les habitants de Chièvres et de Ronquière vont connaître le taux de Pfas qu'ils ont dans le sang : "Il est fort probable que ce soit élevé"
Des prélèvements avaient été effectués auprès de 2O00 personnes environ. On s'attend à des taux importants. Les groupes les plus à risques restent les femmes enceintes et les enfants de moins de trois ans. Les médecins généralistes peuvent se former pour accompagner les patients inquiets.

- Publié le 23-06-2024 à 20h10
- Mis à jour le 24-06-2024 à 09h42

C'est donc cette semaine que les 1 836 habitants des communes de Chièvres, Leuze-en-Hainaut, Ath, Beloeil et Jurbise recevront les résultats des prélèvements sanguins effectués pour mesurer la présence de Pfas dans la population. Les 154 personnes de la seconde zone testée (Braine-le-Comte, Seneffe et Ittre) les recevront la semaine suivante. "Ces personnes vont ensuite être invitées à consulter leur médecin généraliste pour mettre en place une prévention ciblée !", explique le docteur Charlotte d'Huart, membre de la cellule Environnement de la Société scientifique de médecine générale (SSMG). La SSMG est chargée de former les médecins généralistes qui seront amenés à exercer cette prévention.
Pour ce faire, un webinaire a été mis en ligne. "Pour l'heure, il n'y a pas beaucoup de médecins qui se sont manifestés mais nous pensons qu'avec l'arrivée des résultats, ce sera le cas", insiste Mme d'Huart qui invite aussi ceux qui souhaiteraient en savoir plus sur les Pfas et la prévention contre ceux-ci à consulter les articles les concernant publiés sur le site de la SSMG : docteurcoquelicot.com.
Les taux de Pfas dans le sang seront élevés
À quoi doivent s'attendre ceux qui recevront leurs résultats dans les prochains jours ? "Au vu des taux qui étaient enregistrés dans l'eau de consommation, il est fort probable que ces taux seront élevés. D'autant que les PFAS sont des polluants perpétuels", explique encore le docteur d'Huart. Laquelle expose que c'est la combinaison de plusieurs Pfas qui est dangereuse, plus que le taux. Ce sont ces cocktails qui amplifient les problèmes engendrés par ces polluants dans le corps humain.
Charlotte d'Huart pointe aussi les groupes le plus à risques, ceux pour lesquels la prévention est plus importante que pour les autres. "Ce sont les enfants de moins de trois ans et les femmes enceintes." Pour les autres personnes, un certain nombre d'études ont été publiées, mais il est "encore difficile d'associer un taux de Pfas dans le sang avec un risque pour la santé pour l'homme. Certains Pfas ont été bien étudiés (Pfoa&Pfos), d'autres beaucoup moins", explique notre interlocutrice. Cette dernière précise cependant qu'il y a un consensus pour considérer que les cocktails de PFas peuvent accroître les risques de troubles thyroïdiens, augmenter le taux de cholestérol, provoquer des atteintes au foie et jouer un rôle dans l'apparition de cancers au niveau des testicules et des reins.
Pour les nourrissons et les jeunes enfants, il est conseillé de remplir les biberons avec de l'eau potable venant d'une bouteille, en verre de préférence. Aux femmes qui désirent être enceinte, la SSMG conseille une prise d'acide folique avant et pendant la grossesse en étant accompagné par son médecin bien entendu. Quant aux femmes qui allaitent il leur est conseillé de boire de l'eau en bouteille. "Il ne faut pas non plus que les femmes enceintes culpabilisent parce qu'elles ont bu de l'eau du robinet, la présence Pfas dans le sang a plusieurs origines et l'ensemble des perturbateurs endocriniens dont font partie les Pfas peuvent se transmettre de génération en génération", conclut Charlotte d'Huart.
Quelques conseils
La SSMG donne aussi plusieurs conseils à tous ceux qui voudraient limiter la présence de Pfas dans leur organisme.
Tout d'abord, elle relève que les taux de Pfas dans l'eau de distribution dans les régions de Chièvres et de Ronquières ont baissé grâce à la mise en place d'un nouveau système de filtration. Et aux habitants qui préfèrent boire de l'eau à la bouteille, elle leur conseille de privilégier les bouteilles en verre.
Au niveau de l'alimentation qui constitue la voie principale de contamination, il est conseillé de consommer de manière raisonnable les produits qui contiennent de plus fortes concentrations de Pfas. Parmi ces aliments, il y a les crustacés, les poissons, le gibier et les abats. Quant aux légumes cultivés dans un potager privé, ils peuvent être consommés sans danger sauf si le sol est extrêmement pollué. Il est par contre conseillé d'éviter de nourrir les volailles directement au sol car les œufs qui ont une propension à accumuler les Pfas. Dans la cuisine, tous les ustensiles qui contiennent des Pfas – comme les poêles antiadhésives – sont déconseillés. Il est plus prudent d'utiliser de l'acier inoxydable ou de la fonte ainsi que les ustensiles en céramique. Enfin, la SSMG recommande de ne pas utiliser des produits d'hygiène qui contiennent du fluor ou du perfluoro. Il est aussi recommandé de laver, avant usage, les vêtements neufs et de se méfier de tout ce qui est considéré comme étant waterproof.
