"Il nous a débarrassés de la racaille !": à Béziers, des habitants plutôt séduits par leur maire populiste
Dans la commune française de Béziers, le maire d'extrême droite semble séduire ses citoyens.

- Publié le 22-10-2022 à 10h46

"Franchement, dit ce marchand de fleurs installé sous les platanes de l'allée Paul Riquet à Béziers (Hérault), commune du sud de la France située à 60 km de Montpellier, il a rendu la ville plus propre, plus belle. Regardez les magnifiques façades rénovées le long de l'avenue, on ne les voyait même pas avant ! Et il nous a débarrassés de la racaille !" Certains clients du marché aux fleurs présents en ce 21 octobre doux et ensoleillé opinent du chef. "Et puis, il fait beaucoup pour soutenir financièrement les petits commerçants", renchérit le fleuriste voisin.
"Il" ? Robert Ménard, maire de Béziers depuis 2014, réélu en 2020 avec 69 % des voix, soit vingt points de plus que six ans plus tôt. Cette figure de l'extrême droite, proche de Marine Le Pen et d'Éric Zemmour, populiste assumé, n'a pourtant rien de l'élu consensuel.
Mesures choc et polémiques en cascade
Ex-journaliste fondateur de Reporters sans frontières, le champion de l'ultra droite multiplie depuis huit ans les mesures controversées : doublement du nombre de caméras de surveillance, armement des policiers, interdiction des paraboles sur les toits, du linge aux fenêtres et des crachats dans l'espace public, instauration d'un couvre-feu pour les mineurs de moins de 13 ans en période estivale, célébration d'une messe en ouverture de la Feria, etc. Sans oublier ses phrases provocatrices sur les réfugiés - "Vous n'êtes pas les bienvenus" - ses campagnes d'affichage tapageuses (comme celle montrant une femme ligotée sur des rails, hurlant à l'approche d'une locomotive à vapeur, assortie du commentaire : "Avec le TGV, elle aurait moins souffert !") et ses zigzags déroutants (il soutient puis critique Marine Le Pen, se fâche avec Éric Zemmour, appelle à faire bloc derrière Emmanuel Macron en vue des législatives).
Parallèlement, Robert Ménard, également élu à la tête de l'agglomération qui rassemble 17 communes héraultaises, baisse les impôts locaux, crée une mutuelle sociale réservée aux Biterrois, rénove les écoles publiques et le quartier prioritaire de la Devèze, baisse le tarif des cantines scolaires, soutient activement les commerçants pendant le Covid, fait revenir les promoteurs immobiliers. Présent dès 7 h 30 à la mairie, il ne ménage pas son énergie. Âgé de 69 ans, il a d'ailleurs déclaré récemment qu'il ne briguerait pas de troisième mandat, tant le job lui semble "épuisant". Tous le soupçonnent de vouloir installer à sa place son épouse, Emmanuelle Ménard, députée divers droite de l'Hérault, avec qui il forme un duo inséparable.
"Les gens lui sont reconnaissants de l'embellissement de la ville, il a redonné leur fierté aux Biterrois", admet volontiers Caroline Gaillard, chef d'agence de Midi Libre à Béziers, estomaquée de voir les gens se lever et applaudir l'édile à son arrivée à un concert donné aux arènes de la ville cet été. Bien que critique à l'égard du maire, lui reprochant notamment son "manque de vision à long terme pour la ville" et "sa réécriture de l'histoire quand il exalte Béziers la résistante", elle admet "qu'il fait le job". Il aurait en outre mis de l'eau dans son vin au fil de ses mandats et serait aujourd'hui "plus apaisé".
"Que du buzz"
Récemment, Robert Ménard a organisé une mobilisation de soutien aux femmes iraniennes et a dit regretter ses positions autrefois très dures envers les réfugiés du Moyen-Orient. "Il n'est pas du tout sincère ! Il n'est ni féministe ni humaniste, loin de là. Ce n'est là encore que du buzz", regrette Magali Crozier, chef de file de La France insoumise à Béziers, rencontrée à la terrasse du Cristal, une brasserie sise à deux pas du théâtre. À ses yeux, "sa gestion de la ville n'est que de la communication. Il s'est occupé de l'hypercentre, mais à 200 mètres d'ici, les logements sont insalubres, les routes en mauvais état et les commerces vides". Sa politique écologique ? "Zéro." Sa politique socio-économique ? "Le chômage est toujours aussi élevé, le nombre de pauvres aussi. Il nous avait promis d'attirer des entreprises qui créeraient de l'emploi avec son carnet d'adresses, mais on n'en a pas vu la couleur."
De fait, Béziers, 80 000 habitants, connaît toujours un taux de pauvreté parmi les plus élevés d'Occitanie (34 % en 2019, stable depuis 2014) et un taux de chômage près de trois fois supérieur à la moyenne nationale (23 % en 2019, contre 8 % en France). Lors du conseil municipal de septembre, l'élu communiste Nicolas Cossange l'a en outre accusé "d'accroître sans mesure la dette de la Ville, autour des 121 millions d'euros". "Si on emprunte, c'est qu'on a décidé de continuer à investir massivement parce que ça donne du travail à nos entreprises, ça embellit la ville et ça développe le tissu économique", lui a répondu Robert Ménard. Avant de filer à Paris sur le plateau télévisé de LCI, où il est chroniqueur depuis la rentrée. "Les Biterrois ont le sentiment qu'il met sa notoriété au service de la ville. À tort ou à raison…", s'interroge Caroline Gaillard.
