Notre dossier sur l'extrême droite : la tache s'étend en Europe
"Patriotes", "conservateurs", "défenseurs des valeurs chrétiennes", "de la laïcité" ou, plus simplement, "de droite"., l'ombre des défenseurs de l'extrême droite plane sur l'Europe,
- Publié le 21-10-2022 à 22h53
- Mis à jour le 21-10-2022 à 20h58

Les poussées électorales des partis d'extrême droite ne tiennent plus de l'accident. Ces formations sont désormais représentées, et parfois largement, dans les assemblées parlementaires de quasiment tous les pays de l'Union européenne. Leurs idées, comme celles du Vlaams Belang en Flandre, ont lentement percolé dans l'espace politique, et imprégné d'autres partis. On a vu des coalitions gouvernementales minoritaires accepter le soutien parlementaire de l'extrême droite et donc s'en trouver tributaires - le PVV néerlandais a appuyé le premier gouvernement de Mark Rutte par exemple et les Démocrates de Suède sont la béquille parlementaire de l'exécutif dirigé par Ulf Kirstersson, pour ne citer qu'eux. Ces partis d'extrême droite participent ou ont participé à des gouvernements aussi - le FPÖ autrichien, la Lega, etc. Et certains peuvent désormais prétendre à la victoire dans des élections nationales. La perspective du Rassemblement national à la présidentielle française n'est plus un scénario de politique-fiction. Et l'Italienne Giorgia Meloni, fondatrice du parti d'inspiration fasciste Fratelli d'Italia, a été nommée vendredi à la tête du Conseil des ministres.
Ces partis, tous autant qu'ils sont, refusent d'être catalogués à l'extrême droite de l'échiquier politique. Ils ont expurgé de leur discours, de leurs programmes et de leurs vitrines les références à leurs origines troubles et leurs propositions les plus radicales. Ils s'affublent des étiquettes "patriotes", "conservateurs", "défenseurs des valeurs chrétiennes", "de la laïcité" ou, plus simplement, "de droite". Ce qu'on voit à la surface dissimule, ou du moins tente de dissimuler, les fondamentaux. Bien que ceux-ci soient variables, selon les contextes nationaux, on retrouve dans la philosophie de ces partis : la xénophobie rampante ou exprimée à mi-mot ; l'intolérance et les idées réactionnaires ; le nationalisme, version dévoyée du patriotisme ; le rejet des élites et la prétention d'être les seuls à incarner le peuple et à parler en son nom. Si ces partis se prêtent au jeu démocratique, leur façon de concevoir la politique et les rapports de force porte en elle une menace contre les libertés civiles.
Les exemples polonais et hongrois devant les yeux
Il est possible de se faire une idée assez précise de qui se produirait si ces partis parvenaient à obtenir de confortables majorités. Nous avons sous les yeux les exemples de la Hongrie et de la Pologne. Les partis qui les dirigent - le Fidesz à Budapest, Droit et Justice (PiS) à Varsovie - sont pourtant à l'origine d'une autre nature que ceux cités plus haut. Dans ses jeunes années politiques, le Premier ministre hongrois Orban passait pour un libéral ; le PiS était un parti social-conservateur. Après avoir regagné le pouvoir, l'un en 2010, l'autre en 2015, le Fidesz et le PiS ont chacun entrepris de le consolider en rognant les contre-pouvoirs - la justice, les médias, la société civile -, en limitant peu à peu les possibilités de l'opposition de revenir aux commandes. À leurs contempteurs, ils opposent que les majorités dont ils disposent leur donnent le droit d'ignorer les opinions différentes et minoritaires.
Qu'on les classe dans les catégories droite, droite radicale, droite illibérale, ces partis ont en commun de vouloir utiliser la démocratie comme marchepied pour en réduire graduellement le périmètre. L'Union européenne pour l'heure absorbe les chocs politiques que constituent les accessions de ces partis au pouvoir. Mais pour combien de temps encore ? Plus ou moins sombre par endroits, la tache s'étend.

