"Folie totale" ou "décision indispensable" ? : les réactions après l'annonce du gouvernement sur le nucléaire
L'annonce d'une éventuelle reprise du nucléaire par l'État belge divise : inquiétudes pour Ecolo. Nécessité pour les autres.

- Publié le 30-04-2026 à 13h18
- Mis à jour le 30-04-2026 à 16h32

Les réactions politiques ne se sont pas fait attendre après l'annonce du gouvernement et d'Engie d'ouvrir des négociations en vue d'une éventuelle reprise par l'État belge de l'ensemble des activités nucléaires d'Engie, certains partis montrent leurs inquiétudes, d'autres applaudissent.
"La Belgique mérite mieux"
Pour Ecolo, c'est la goutte de trop. "Le gouvernement s'apprête à faire un cadeau de plusieurs milliards à Engie", alerte le parti. "On est en train de préparer un chèque de plusieurs milliards d'euros… sans savoir précisément ce que l'on achète ni pourquoi", dénoncent Marie-Colline Leroy et Gilles Vanden Burre, les coprésidents d'Ecolo dans un communiqué. "Au-delà des mots, une question centrale s'impose : que rachète réellement l'État ? Des centrales en fin de vie, certes, mais surtout des coûts considérables et des risques financiers à long terme", continuent-ils. "Ce que l'État risque de reprendre, ce ne sont pas seulement des capacités de production, mais des décennies d'incertitudes, de dépassements budgétaires et de responsabilités qui devraient rester à charge de l'exploitant"
Ecolo dénonce trois problèmes majeurs : une acquisition jugée coûteuse, tardive et déconnectée des priorités énergétiques du pays. "Peut-on sérieusement répondre à une crise immédiate avec des décisions qui prendront des années ? Peut-on engager des milliards d'euros publics sans cap clair ?". Les Ecolo appellent donc le gouvernement à faire preuve de transparence quant aux coûts réels de l'opération. "La Belgique mérite mieux qu'un pari risqué avec l'argent des citoyens. Elle mérite une direction claire", concluent Marie-Colline Leroy et Gilles Vanden Burre.
"Plus tôt nous serons indépendants de la Russie, du Moyen-Orient et des États-Unis, mieux ce sera"
Pour l'ancien président de Groen, Jeremie Vaneeckhout, l'annonce ne passe pas du tout. "Folie totale. Engie se frotte les mains. C'est le trou dans le budget pour les 100 prochaines années. La N-VA est officiellement devenue un parti d'État. Et Vooruit et le CD&V suivent. Des communistes", explique-t-il sur X. "Je sais que tu n'as pas le droit de critiquer le Premier ministre De Wever ici, mais si cet accord nucléaire se concrétise, je prédis qu'il fera bientôt l'objet du même jugement à long terme que, par exemple, Verhofstadt. C'est vraiment une politique désastreuse", continue-t-il.
"Prochaine étape : accélérer l'éolien offshore"
Pour le président des Engagés, Yvan Verougstraete, le ton est tout autre. Sur X, le président salue une "bonne nouvelle".
"Je le dis depuis des années : la Belgique a besoin de nucléaire pour arrêter de dépendre des énergies fossiles des autres. Le gouvernement fédéral va négocier avec Engie pour reprendre et prolonger le parc nucléaire. C'est à présent acté. Pourquoi c'est une bonne nouvelle ? Parce que la Belgique a besoin de renouvelable ET de nucléaire pour produire son énergie locale et décarbonée. Enfin des perspectives pour la filière nucléaire. Prochaine étape : accélérer l'éolien offshore", écrit Yvan Verougstraete.
"Plus tôt nous serons indépendants mieux ce sera"
Même réaction du côté du CD & V. Son président, Sammy Mahdi, s'est félicité de cette décision dans une story Instagram. "Il y a deux ans, lors de la formation du gouvernement, j'ai plaidé en ce sens à la table des négociations. À l'époque, deux partis n'étaient pas entièrement convaincus, mais je suis très heureux que le gouvernement s'en empare désormais. Prolongeons sans délai la durée de vie des centrales nucléaires de dix ans, donnons la priorité aux centrales de nouvelle génération et accélérons le développement des énergies renouvelables. Plus tôt nous serons indépendants de la Russie, du Moyen-Orient et des États-Unis, mieux ce sera", a déclaré le président du parti.
Chez Anders, le président Frédéric De Gucht voit dans cette annonce "l'aboutissement logique d'un débat que nous menons depuis longtemps. Cette mesure est indispensable à notre économie". Il alerte toutefois sur les conditions de mise en œuvre : "L'essentiel est désormais que cela se fasse aux bonnes conditions, avec un cadre financier et juridique blindé. Les risques pour les citoyens doivent être réduits au minimum". "Ce n'est qu'un début et cela ne doit pas être une finalité. Si l'État belge prend les commandes, cela doit se faire avec le regard tourné vers 2050", conclut-il.
