Bruno Colmant: "Je comprends la logique politique de la reprise des centrales nucléaires, mais combien cela va-t-il coûter à l'État ?"
L'ouverture de négociations exclusives entre le groupe français Engie et l'État soulève de très nombreuses questions. Notamment budgétaires…

- Publié le 30-04-2026 à 10h58
- Mis à jour le 30-04-2026 à 18h10

La nouvelle a pris beaucoup de monde par surprise ce jeudi matin, à la veille du 1er mai. Le groupe énergétique français Engie, maison-mère d'Electrabel, est donc entré en négociations exclusives avec l'État belge afin que ce dernier puisse reprendre le contrôle du parc nucléaire de notre pays. En conséquence, les opérations de démantèlement lancées sur certaines centrales belges sont, à ce stade, suspendues.
Si elles aboutissent à un accord, ces négociations marqueront un tournant majeur avec la reprise en main par la puissance publique d'un secteur – l'énergie – évidemment hautement stratégique pour la compétitivité de notre économie. C'est aussi évidemment un enjeu climatique et de souveraineté nationale dans un contexte géopolitique de plus en plus instable, marqué ces dernières années par de nombreux chocs énergétiques consécutifs à la guerre en Ukraine et plus récemment au conflit au Moyen-Orient.
"Les dépenses dans le secteur de l'armement, avec le F-35, et maintenant l'énergie, tout cela va fortement augmenter les dépenses de notre pays et risque d'augmenter les taxes de nos enfants. "
Mais de très nombreuses questions se posent à ce stade sur les modalités financières et opérationnelles d'un deal éventuel entre l'État belge et Engie. "Je comprends la logique politique qui vise pour l'État à vouloir reprendre le contrôle de son destin énergétique. Mais la question qui me vient directement à l'esprit, c'est : combien cela va coûter à l'État belge, à la fois pour relancer des centrales qui étaient actuellement vouées au démantèlement, en construire de nouvelles et, à plus long terme, pour prendre en charge le coût futur du démantèlement des centrales et le traitement des déchets ?", questionne l'économiste Bruno Colmant. Et d'ajouter : "Il y a aussi une question opérationnelle : l'État va-t-il assurer lui-même la gestion des centrales ou rechercher d'autres opérateurs qui factureront évidemment leurs prestations? Et à quelles conditions?".
Le poids des industriels du nord du pays?
L'annonce de négociations exclusives entre Engie et l'État belge intervient, il est vrai, à un moment où paradoxalement la situation budgétaire de la Belgique se dégrade et alors que les agences de notation – notamment Standard & Poor's encore en fin de semaine dernière – viennent de dégrader la note de la Belgique. Dans ces conditions, comment notre pays trouvera-t-il des marges budgétaires pour reprendre la main sur son secteur énergétique ? Et un tel accord ne va-t-il pas fragiliser financièrement notre pays pour des décennies?
"Les dépenses dans le secteur de l'armement, avec le F-35, et maintenant l'énergie, tout cela va fortement augmenter les dépenses de notre pays et risque d'augmenter les taxes de nos enfants. Je ne comprends pas bien l'orientation de notre pays…", ajoute encore Bruno Colmant.
Ce dernier conclut en émettant l'hypothèse que les industriels du nord du pays et gros consommateurs d'énergie, étranglés par l'envolée des prix de l'électricité et du gaz, ont probablement pesé lourd dans la balance. "Il y a sans doute eu un alignement entre les intérêts de ces industriels, qui demandent une plus grande stabilité des prix de l'énergie, et le monde politique", dit-il.
