La tristesse règne chez les enseignants : "On est traité avec beaucoup de mépris"
Une manifestation du secteur de l'enseignement a réuni près de 2 000 professeurs et élèves dans la capitale ce jeudi.

- Publié le 04-06-2026 à 18h59
- Mis à jour le 04-06-2026 à 22h01
Dans la capitale, le ciel est bas. Aussi bas que le moral des milliers de professeurs et élèves (2 000 selon les premières estimations) venus manifester ce jeudi près du parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Leur colère se focalise sur ce décret programme II, dont le vote en séance plénière a été avancé à ce jeudi 4 juin.
"On a rencontré Benoît Dispa (le président du parlement, NdlR) ce lundi à Gembloux", raconte Jean, enseignant, qui a présenté au bourgmestre de cette commune une lettre ouverte. "Il m'a dit qu'il la lirait et qu'il y répondrait. Mais je n'ai plus besoin de sa réponse. Le fait d'avancer le vote a été une réponse", déplore-t-il encore. Faisant référence à la décision de Benoît Dispa d'avancer le vote de cette loi-programme, bafouant le règlement parlementaire qui prévoit un délai minimal de 84 heures entre l'approbation d'un rapport de commission (qui est intervenu ce mercredi) et son examen en séance plénière.


Une rupture de confiance
Dans le cortège, les professeurs sont nombreux. Les élèves aussi. "Glatigny démission", "Sauver notre éducation"… Les slogans fusent. Et la colère traduit une désillusion collective. Car la plupart des manifestants avec qui nous avons conversé dressent le même constat : ils ne se sentent pas écoutés. "Je suis là, car je ne suis pas d'accord avec la loi-programme. Oui. Mais je suis aussi là car je suis un citoyen. Et que le boycott des règles parlementaires par Monsieur Benoît Dispa est pour moi antidémocratique", observe Ludovic. "La réforme est injuste. Mais la manière de l'implémenter l'est encore plus. Ce n'est pas normal de s'asseoir sur le règlement du parlement", enchérit une de ses collèges.
Il faut faire des économies dans le secteur de l'enseignement. C'est un fait consenti par la plupart de nos interlocuteurs. Mais la manière dont ces économies sont opérées, estiment-ils, va détruire ce secteur de manière irrévocable. "On est traités avec beaucoup de mépris depuis le début de cette législature. Je peux vous dire que la manière dont nous sommes tous unis aujourd'hui est historique. Je n'ai jamais vu PO, directeurs, enseignants et élèves unis de la sorte. Même dans les années nonante", observe Jean, qui confie avoir vu plusieurs de ses collègues en pleurs, démunis face à la concrétisation de cette loi-programme. "Certains se demandent même s'ils vont rentrer l'année prochaine, ou juste arrêter."

Préserver la jeunesse
Les jeunes étaient aussi nombreux aux côtés des enseignants. "On ne veut pas de la hausse du minerval, on ne va pas s'en sortir", déplore un adolescent en dernière année de secondaire. Du côté des aînés, il s'agit de défendre les intérêts des jeunes. "Nous sommes là aussi et surtout pour nos enfants et nos élèves. Il y aura moins d'argent pour les familles défavorisées. Je ne vois pas comment on peut garder un système éducatif de qualité dans ces conditions", estime pour sa part Coralie Canvat, déléguée syndicale CSC-Enseignement. "J'ai déjà reçu un courrier de l'école de mes enfants disant que les budgets par élèves seront réduits de moitié. Cela signifie que les parents vont devoir mettre la main à la poche. C'est vraiment malheureux", assène une mère de famille.

À proximité de l'arrêt Madou, nous profitons d'un rebord de fenêtre pour éviter les gouttes de pluie qui commencent à recouvrir le groupe de manifestants. Pressée par la police pour accélérer le pas, Coralie Canvat expédie sa pensée : "Quand j'essaye d'expliquer aux jeunes l'impact des mesures sur eux, je reste très factuelle. Par exemple, un prof qui aura deux heures de cours en plus aura moins de temps pour faire d'autres choses pour ses élèves. Les bâtiments seront aussi moins bien entretenus car les enveloppes seront encore réduites… Ce sont toutes ces choses qui concernent les jeunes et qui soulèvent aussi leur indignation".