La parole de l'un contre celle de l'autre: Nathalie a versé 9.000 euros à son compagnon mais elle ne les a jamais revus
Nathalie a versé 9 000 euros à son compagnon. Elle ne les a jamais revus.
- Publié le 21-05-2021 à 19h47
- Mis à jour le 24-05-2021 à 16h13

La vie de Nathalie (*) n'a pas été une autoroute. Présentée comme une femme "courageuse" par son avocat, elle a d'abord été hôtesse dans des bars avant de devenir… aide pharmacienne. Cela a dérapé quand elle a recroisé la route d'un ex-compagnon de "sa vie d'avant". Le pedigree de Carlos (*) - qui n'a pas daigné se présenter devant le tribunal - est un peu moins flatteur. Bien que sans profession, il possède plusieurs immeubles. Bref, Carlos est dans le business.
Selon l'avocat de la partie civile : "Lors d'un voyage en Espagne pour vendre un bien, Carlos a prétexté avoir besoin de 9 000 euros pour débloquer le dossier de la vente. Comme ma cliente était amoureuse, elle a fait plusieurs versements pour arriver à la somme convenue."
"J'étais déprimé"
Vous l'avez compris, Nathalie n'a jamais revu ses 9 000 euros. En plus d'avoir été flouée, elle s'est fait larguer dans la foulée par l'indélicat Carlos. Ce qui, en définitive, n'est pas une si mauvaise nouvelle. "Ma cliente envoie des SMS pour essayer de se faire rembourser et Monsieur reste dans le vague : 'Écoute, je ne vois pas de quoi tu parles. Avec tout l'argent que tu as gagné dans les bars. Lâche-moi les baskets.'" (Pour être poli).
La version de Carlos est tout autre : "J'étais déprimé, elle m'a envoyé de l'argent pour que je m'amuse. J'ai préféré dépenser son argent que le mien." Voilà qui a le mérite d'être cash. S'amuser, ce que n'a pas manqué de faire Carlos, à Ibiza et avec un condisciple. Les rois du pétrole !
S'il n'y a évidemment pas de reconnaissance de dette entre les deux ex-tourtereaux, l'avocat de Nathalie sort ses plus fines arguties pour établir qu'il existait un contrat de confiance entre les amants et que ce contrat a été rompu par le prévenu.
En plus du remboursement de la somme, l'avocat de Nathalie réclame 2 500 euros de dommage moral . "Ma cliente s'est sentie humiliée."
Mais la plaidoirie a beau être fouillée, elle va vite être douchée par le ministère public . "C'est la parole de l'un contre la parole de l'autre. On ne peut pas demander de condamnation."
Instabilité sentimentale
Une aubaine pour l'avocate de la défense : "Je peux comprendre que l'on n'apprécie pas la personnalité de mon client. Recevoir de l'argent et le dépenser en s'amusant, ce n'est pas glorieux, mais, d'un point de vue juridique, il n'y a rien." Et l'avocate d'expliquer que Carlos et Nathalie n'avaient pas la même perception du couple qu'ils formaient. Bref, Nathalie était "bleue" de Carlos, ce qui était loin d'être réciproque. "Madame s'est déjà fait flouer par un précédent mari. Mon client est ce qu'il est, mais sa version n'a pas varié d'un iota : 'Je n'ai jamais demandé le moindre euro à Madame. J'ai préféré dépenser son argent que le mien.' En plus, les versements ont été effectués en plusieurs fois à des dates plus ou moins éloignées. Il me semble que, quand on a besoin d'une certaine somme pour débloquer un dossier immobilier, on s'arrange pour qu'elle arrive en une fois. Et puis, quand on vend une maison, il me semble que l'on n'a pas besoin d'argent. Madame dit qu'elle a peur de mon client, mais cela ne transparaît dans aucun SMS. Je constate chez elle une certaine instabilité où elle est prête à tout pour sauver sa relation sentimentale. Aucune preuve ne vient établir que mon client ait demandé la moindre somme d'argent, je demande son acquittement."
Entre deux sanglots, Nathalie affirmera avoir peur de Carlos, qui, d'après elle, rôde autour de son lieu de travail. "Alors, il faut porter plainte pour menaces et harcèlement", intervient la procureure.
Le dernier mot sera pour l'avocat de la défense : "Je suis interloqué par la réaction du parquet. Il y avait selon moi suffisamment d'éléments dans ce dossier."
Le jugement (sans suspense) est fixé au 17 juin.
(*) Prénoms d'emprunt.

