"Ce n'est pas moi qui ai arraché le sac. Je voulais aider la dame": Abdoulaye nie en bloc les faits reprochés mais...
Le prévenu niait avoir dépouillé une Mexicaine dans le centre touristique de Bruxelles.

- Publié le 28-02-2021 à 08h28
- Mis à jour le 28-02-2021 à 08h55

Àl'audience, Abdoulaye* n'en démord pas : ce n'est pas lui qui a arraché le sac d'une touriste mexicaine dans le centre de Bruxelles. Il triture sa casquette. Il a nié les faits au moment de son interpellation ; il a maintenu ses dires devant le juge d'instruction ; il reste sur sa position au moment de son procès devant le tribunal correctionnel.
Si on en croit le P.-V. des policiers qui ont l'habitude de patrouiller dans l'Îlot sacré, l'affaire semble pourtant pliée. Le rapport de la brigade spécialisée décrit l'agression de façon détaillée et circonstanciée, assène le procureur du Roi. Abdoulaye semblait très attiré par les sacs des dames. Il avait le comportement d'un voleur à la tire, collant à plusieurs reprises une potentielle victime dans la rue des Bouchers en tentant de glisser sa main dans les poches ou le long des sangles.
À un moment, une bagarre éclate entre des jeunes du quartier pour une histoire de cigarette. Abdoulaye, qui tient un canif en main, profite de la confusion pour s'emparer du sac d'une Mexicaine qui se balade avec une amie, appareil photo en bandoulière. Au moment de son interpellation, le suspect ne se montre "pas du tout conciliant", poursuit le parquet. Il est très nerveux. Il se rebelle. Les policiers doivent le maîtriser. Cela ressort des images enregistrées par les caméras de surveillance, appuie le substitut.
Les images n'ont pas été sauvegardées
Des images ? Quelles images ? Il y a des photocopies au dossier, très foncées, où on ne distingue aucun visage, et la vidéo n'a pas été sauvegardée, s'indigne la défense. Qui laisse entendre qu'il y a une raison à cette disparition : l'inspecteur qui a procédé à l'interpellation aurait eu la main leste.
Pourquoi la police vous a-t-elle arrêté ? interroge la présidente. "J'étais devant le Delirium, en train de boire et de fumer. Les deux dames m'ont demandé une cigarette. Puis j'ai vu deux groupes de jeunes qui les entouraient. Ils avaient déjà pris le sac", indique Abdoulaye. "J'ai voulu aider. Il y en a un qui m'a fait peur avec un couteau. J'ai sorti aussi un canif. J'aime pas qu'on fasse des trucs aux femmes."
"Monsieur était ingérable"
Et pourquoi se balade-t-on armé en pleine ville ? "Je vivais dans la rue. C'était pour me défendre. À 1 000 Bruxelles, c'est obligé." Le prévenu se fâche : "Je n'étais pas là pour voler. J'étais au mauvais endroit au mauvais moment. Les policiers ont cru que j'étais avec eux. L'inspecteur, il m'a donné une baffe et il m'a fait une balayette. Dans la voiture, il m'a donné des coups de poing. Ils font n'importe quoi quand on ne les voit pas."
Quand on entend le prévenu, on a l'impression qu'il est victime d'une grossière erreur et de violences, soupire le substitut. Pour lui, il n'y a aucune raison de mettre en doute la version des policiers : "Monsieur était ingérable." Il a fallu une balayette pour le mettre au sol et un coup de poing pour le neutraliser. En cellule, il s'est montré agressif et turbulent ; il a refusé d'être vu par un médecin et n'a pas voulu d'avocat. La rébellion est "évidemment" établie, comme le vol à la tire, poursuit le parquet. Abdoulaye est d'ailleurs aussi poursuivi pour le vol d'une casquette, d'une veste et de chaussettes à l'Inno - des faits que le prévenu ne conteste pas. Le parquet réclame deux ans de prison.
En situation vulnérable
Tous ces faits se sont produits quand Abdoulaye était dans l'attente de reconnaissance du statut de réfugié, plaide l'avocate de la défense. Toute sa famille (ses parents, ses 4 sœurs et ses 3 frères) avait obtenu un visa humanitaire mais pas lui. Ce traitement différencié inexpliqué (le CGRA a fait droit à sa nouvelle demande d'asile deux ans plus tard…) a entraîné un rejet par sa famille. Le gamin de 18 ans s'est retrouvé à la rue, en situation vulnérable. Il a de fait commis des vols, "mais jamais avec violence".
Tout s'est passé très vite dans l'Îlot sacré : il a reçu un coup de l'inspecteur et n'a pas compris. Il a tenté de se relever, mais il s'est fait mettre à terre et a encore pris des coups par la police, explique-t-elle. Aucun autre témoin de la bagarre n'a été entendu et il n'y a pas d'images vidéo, proteste la défense : il y a trop de zones d'ombre pour affirmer avec certitude que c'est Abdoulaye qui a commis les faits.
Le tribunal a pourtant estimé que toutes les préventions étaient établies. Abdoulaye a été condamné lundi à une peine de travail de 260 heures et, s'il ne les preste pas, à une peine de prison de 30 mois.
* Prénom d'emprunt.
