De nouveaux polluants risquent-ils d'impacter la qualité de l'eau de la Mer du Nord? "Cela va la polluer pour des milliers d'années"
La mer du Nord est beaucoup plus propre qu'il y a quelques décennies mais de nouveaux dangers nous guettent et les budgets consacrés au suivi de ces polluants demeurent insuffisants.

- Publié le 07-08-2024 à 14h51

La saison des baignades au littoral de la mer du Nord bat son plein et la météo dans les jours à venir risque d'attirer encore plus de touristes. Mais quel est l'état de cette mer aujourd'hui ?
Globalement, on peut déjà dire qu'elle est plus propre qu'il y a quelques décennies. En premier lieu au niveau des marées noires, pour lesquelles le risque est beaucoup moins grand. Il y a quarante ans, plus de 90 % des volatiles échoués sur le rivage étaient souillés par des hydrocarbures, alors qu'ils ne sont plus que 5 %.
"Beaucoup pensent que la situation s'est aggravée mais c'est en réalité tout le contraire. La qualité de la mer du Nord s'est améliorée, notamment grâce à une réglementation plus stricte, explique Jan Seys de l'Institut flamand de la Mer. On a aussi des programmes de suivi beaucoup plus performants et un meilleur monitoring. On peut nager avec plus de confiance et plus de sécurité qu'il y a 30 ans. En allant à la plage, il y a beaucoup moins de risques de faire face à une marée noire, il y a également moins de métaux lourds dans l'eau de mer. On retrouve moins de plomb, de mercure et de cadmium dans les fonds marins, dans l'eau de mer et dans les organismes, car ils sont de moins en moins utilisés".

"La pollution dans les rivières a fortement diminué"
Les navires ont également plus d'alternatives pour le dégazage dans des infrastructures appropriées dans les ports. Et concrètement, c'est le gouvernement fédéral qui est chargé de surveiller la pollution pétrolière en faisant régulièrement survoler la mer pour détecter de potentielles nappes de pétrole.
Ronny Schallier est le chef d'équipe du programme belge de prospection aérienne de la mer du Nord au sein de l'Institut des Sciences Naturelles et sa mission est donc de suivre la situation de près pour lutter contre le dégazage des navires et les émissions produites. "La Belgique n'est qu'un état côtier parmi d'autres au sein d'un littoral très large, précise-t-il. Ce qu'on remarque aussi, c'est que la pollution dans les rivières a fortement diminué. Preuve en est qu'il y a des poissons dans l'Escaut, ce qui était impensable dans les années 70".
Toutefois, la situation globale n'est pas aussi limpide et de nouveaux polluants potentiels arrivent en force sans que nous connaissions encore leur impact. "Il y a tout d'abord les aromatiques polycycliques émis lors des processus de combustion qui restent présents car on utilise encore beaucoup de carburants fossiles, détaille le Dr Koen Parmentier, notre expert national au niveau de la pollution marine et qui est chargé du contrôle et du suivi de l'eau de mer au sein de l'Institut des Sciences Naturelles. Les navires continuent de déverser de l'huile, ce qui reste une source de pollution même si c'est moins le cas qu'avant. L'autre problème est lié aux tributylétains (TBT), qui sont un groupe de composés organostanniques qui servent à protéger les structures marines et demeurent nocifs et polluants. Ils sont très présents au niveau des bâtiments des constructions côtières. Pour notre pays, nous n'aurons pas résolu cette problématique avant 2030".
En parallèle, les concentrations élevées de Pfas, ces substances chimiques utilisées dans de nombreux objets du quotidien qui représentent des polluants extrêmement persistants, et les microplastiques représentent de nouveaux dangers.
"Les Pfas représentent une vraie problématique. On a constaté qu'ils étaient présents en d'importantes quantités dans de nombreux poissons et crevettes. Si on veut respecter les normes européennes, il faudra réaliser des efforts prononcés dans les années à venir. Le souci, c'est que cette substance est indestructible. Cela va donc polluer la mer du Nord pendant des milliers d'années, d'autant plus qu'on ne connaît pas exactement leur impact sur notre santé. Il y a aussi les microplastiques qui sont de plus en plus nombreux et on trouve également beaucoup de produits pharmaceutiques, des produits de beauté, etc, qui polluent énormément mais qui sont difficiles à monitorer car nos budgets ne suivent pas et ne sont pas adaptés à ces nouveaux polluants".
Si les experts interrogés dans ce dossier sont assez rassurants, de multiples inconnues rendent le jugement final plus complexe, notamment vis-à-vis de l'exposition prolongée aux Pfas.
Les Pfas : un risque limité
Concernant les contaminations aux hydrocarbures aromatiques polycycliques, le risque est limité. Il faudrait en effet une exposition chronique sur plusieurs années ainsi qu'une ingestion ou une inhalation importante d'eau, d'après le toxicologue Alfred Bernard (UCLouvain). "Pour les Pfas, le risque devrait être limité, étant donné qu'il faut une exposition importante pour qu'il y ait un impact sur la santé. Le plus dangereux concerne les microplastiques présents dans la faune de la mer du Nord. Le risque majeur existe si l'on consomme des fruits de mer contaminés sans éliminer les viscères. C'est à ce stade le plus préoccupant".
Comment l'eau de notre mer est contrôlée
L'agence flamande de l'environnement et l'Institut des Sciences Naturelles sont chargés de surveiller le niveau de pollution de l'eau.
Tout au long de l'été, l'Agence flamande de l'environnement (VMM) surveille la qualité des eaux de baignade du littoral et des étangs de baignade et de loisirs à l'intérieur des terres au niveau microbiologique. En matière de pollution chimique, c'est un laboratoire de l'Institut des Sciences Naturelles qui est chargé de la surveillance et du contrôle de l'eau de la mer du Nord
"Par rapport aux pays voisins, notre méthode de contrôle et de suivi est relativement similaire, précise le Dr Koen Parmentier, notre expert national au niveau de la pollution marine. Toutefois, il faut préciser que la mer du Nord est globalement moins polluée que la Méditerranée par exemple. Nos masses d'eau se renouvellent en effet plus régulièrement et nous avons aussi l'effet de l'influx de l'eau atlantique. Globalement, l'eau de la mer est moins polluée même si cela dépend de la plage où l'on se trouve".
Des contrôles toutes les semaines
Pendant la saison balnéaire, le VMM examine donc les zones de baignade du littoral en moyenne une fois et demie par semaine. Cela se produit chaque semaine pour les étangs de baignade et toutes les deux semaines pour les étangs récréatifs. Concrètement, presque toutes les plages de la Côte obtiennent la mention "très bien", ce qui signifie que l'eau répond aux normes européennes les plus strictes (voir infographie).
Mais bien que la qualité des eaux de baignade soit excellente ou bonne presque partout, une interdiction temporaire de baignade peut être imposée en raison du dépassement des normes bactériologiques ou de la présence d'algues bleu-vert (cyanobactéries).
C'est surtout vers la fin de l'été que le nombre de sites où les normes de qualité sont dépassées augmente. En 2023, une zone de baignade a été fermée trois fois pour dépassement des normes et il y a eu 25 interdictions temporaires de baignade en raison de la présence d'algues bleu-vert.