La Cop 27, entre petites annonces et grands désaccords
Les ministres de l'Environnement et du Climat entrent dans la danse ce lundi en Égypte, pour tenter d'engranger quelques avancées dans la lutte contre le réchauffement climatique. La Wallonie veut montrer l'exemple en annonçant un nouveau financement des "pertes et dommages" subis par les pays vulnérables.

- Publié le 14-11-2022 à 16h30
- Mis à jour le 14-11-2022 à 16h34

Gilles Toussaint Envoyé spécial en Egypte
Deux millions d'euros. Le montant a beau être modeste, le geste est symboliquement important. Un an après avoir fait œuvre de pionnière en dédiant pour la première fois un financement d'un million d'euros à la réparation de "pertes et dommages" irréversibles subis par les pays les plus vulnérables aux dérèglements du climat, la Région wallonne a annoncé ce lundi qu'elle entendait poursuivre dans cette voie en doublant ce budget en 2023.
Il s'agit d'une préoccupation qui est très importante pour de nombreux pays du Sud qui " sont aujourd'hui déjà très fortement victimes du dérèglement climatique et qui demandent que les pays industrialisés accordent des financements pour les aider à surmonter les préjudices qu'ils subissent", explique le ministre wallon du Climat, Philippe Henry, qui a fait cette annonce dans le cadre de la Cop 27 à Charm el-Cheikh.
Conscient que ces montants sont peu de choses au regard des besoins réels, il se réjouit néanmoins de voir que l'exemple donné par l'Ecosse et la Wallonie est aujourd'hui suivi par d'autres gouvernements, créant une dynamique positive en la matière en attendant qu'un dispositif plus structurel voie le jour. Un point qui constitue l'une des questions hypersensibles de la conférence égyptienne. L'aide wallonne est donc une manière de mettre une goutte d'huile dans les rouages d'une négociation qui en a bien besoin vu l'atmosphère morose qui plane sur ce sommet.
Beaucoup de discussions, pas vraiment de décisions
Passés les discours des chefs d'État et de gouvernement, c'est en effet au tour des ministres de l'Environnement et du Climat d'entrer dans la danse ce lundi en Égypte, pour tenter d'engranger quelques avancées complémentaires permettant de justifier le bilan carbone de ce grand raout climatique. Sans surprise, les discussions essentiellement techniques de la première semaine de négociations ont assez peu progressé, "On ne voit pas encore vraiment où l'on va ", résume la ministre fédérale du Climat Zakia Khattabi. A ce stade de la Cop, cette situation n'est cependant pas surprenante, observe de son côté Lola Vallejà, la directrice du programme climat de l'Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri). " La présidence égyptienne, qui pilote la conférence, va devoir relancer et faire atterrir les décisions qui sont ouvertes et envoyer des signaux politiques." "Il reste beaucoup de travail" pour surmonter les divisions, a d'ailleurs reconnu le ministre des Affaires étrangères égyptien, Sameh Choukri.
L'enjeu essentiel de ce sommet, rappelle Lola Vallejo, est surtout de contrer l'effritement de la confiance que l'on peut observer entre les pays du Nord et du Sud, mais aussi de ne pas reculer sur les engagements formulés par la communauté internationale ces dernières années, en particulier celui de tenter de limiter la hausse de la température mondiale à 1,5°C.
La crainte d'une remise en cause de l'objectif 1,5°C
Alors que le monde n'est absolument pas sur cette trajectoire et que seule une poignée d'États ont revu à la hausse leurs ambitions de réduction d'émissions, les pays les plus vulnérables craignent de voir cet objectif clef disparaître de la déclaration finale qui doit entériner les résultats du sommet de Charm el-Cheikh. Une inquiétude née des doutes qu'auraient exprimés la Chine et l'Inde sur sa faisabilité, mais aussi de la traditionnelle opposition du groupe des Pétro-Etats arabes.
Or, ne pas rappeler cet objectif de température serait un gros retour en arrière par rapport au "Pacte de Glasgow" conclu l'an dernier, dans lequel tous les pays ont accepté de "maintenir ce seuil" en procédant à des réductions "rapides, profondes et durables" des émissions de gaz à effet de serre.
Ce pacte mentionnait également la volonté d'abandonner progressivement le recours au charbon dont dépendent énormément des pays comme la Chine et l'Inde. Un effort perçu par ces derniers comme inéquitable dans la mesure où dans le même temps les pays développés n'ont pas encore réellement cherché à brider leur dépendance au gaz et au pétrole.
L'attitude européenne consistant à considérer le gaz comme une énergie de transition (pouvant bénéficier de mesures de soutien public) et à se tourner vers l'Afrique pour compenser la perte du gaz russe est ainsi perçue comme, a minima, ambiguë. Certains pays évoquent donc aujourd'hui l'idée d'inclure une limitation de l'utilisation de l'ensemble des énergies fossiles dans le texte final, histoire de mettre tous les gouvernements, y compris ceux des pays riches, face à leurs responsabilités.
Ces manœuvres, en bonne partie tactiques, traduisent le climat de défiance qui résulte du manque de progrès dans le dossier du financement de l'aide climatique promise par les pays développés aux pays en développement. Diverses nouvelles annonces, nées d'initiatives bi ou multilatérales, ont eu lieu, comme celle de la création d'un "bouclier global" visant à aider aider, notamment via des assurances, les populations vulnérables à financer les impacts du réchauffement. Mais rien encore qui permette de véritablement débloquer la machine.
Dans l'attente, de nombreux regards sont donc tournés vers le G20 à Bali où l'annonce d'un partenariat de plusieurs milliards de dollars passé entre le Japon, les États-Unis et l'Indonésie pour aider ce dernier pays à se sevrer du charbon pourrait mettre un peu de beurre dans les épinards. En marge de ce sommet, la volonté affichée par Joe Biden et Xi Jinping de relancer leurs efforts conjoints pour lutter contre le changement climatique malgré les différends entre les deux pays fait également office d'une petite bouffée d'air frais.
