Un "deal" avec l'État belge sur les centrales nucléaires sera-t-il une "bonne affaire" pour Engie ? Certains signes le laissent penser…
L'action du groupe français a terminé jeudi la journée sur un gain de près de 5 % à la Bourse de Paris.

- Publié le 30-04-2026 à 20h57
- Mis à jour le 02-05-2026 à 08h14

Quels seront les contours d'un éventuel accord, à boucler d'ici au 1er octobre, entre l'État belge et le groupe français Engie et qui permettra à notre pays de reprendre le contrôle de son parc nucléaire ? Quelle pourrait être la charge financière pour notre pays déjà fragilisé sur le plan budgétaire ? Notre pays devra-t-il supporter, en cas d'accord, l'intégralité de tous les risques et sur plusieurs décennies du coût du démantèlement des centrales les plus vieillissantes et du traitement de ses déchets nucléaires ? Engie sera-t-il exonéré, de son côté, de toutes ses responsabilités ? La "nationalisation" des centrales aujourd'hui détenues par Engie sera-t-elle suivie, dans un deuxième temps, par le transfert de celles-ci vers un nouvel opérateur et à quelles conditions financières ?
Toutes ces questions cruciales restaient évidemment largement sans réponses ce jeudi soir, quelques heures après l'annonce d'une communication entre Engie et l'État belge qui pourrait amener notre pays à reprendre en main son destin énergétique.
"Les parties expriment leur intention que la transaction envisagée n'ait pas d'impact indu, ni négatif, ni positif sur la situation financière globale d'Engie et d'Electrabel."
"Cette reprise ne constituera pas nécessairement une charge pour l'État. Il s'agit d'un investissement qui rapporte", a affirmé jeudi à la Chambre le Premier ministre Bart De Wever dans des propos relayés par l'agence Belga. Un Premier ministre que l'on sent, à ce stade, très prudent sur le sujet. "Les parties expriment leur intention que la transaction envisagée n'ait pas d'impact indu, ni négatif, ni positif sur la situation financière globale d'Engie et d'Electrabel", soulignait ce jeudi matin un communiqué commun d'Engie et du gouvernement belge. Une petite phrase qui sera certainement pas mal décortiquée dans les jours à venir.
En attendant d'y voir plus clair, les actionnaires d'Engie voient visiblement d'un très bon œil ce deal à venir : l'action du groupe français a en effet progressé de 4,93 % à 28,07 euros ce jeudi à la clôture à la Bourse de Paris. Le marché apprécie visiblement la perspective de voir le groupe français tourner la page du nucléaire belge. Le nucléaire ne fait, il est vrai, plus partie des priorités stratégiques d'Engie, dont les priorités énergétiques sont désormais ailleurs, notamment dans les énergies alternatives. "Développer des centrales nucléaires ne fait pas partie de notre stratégie ", avait répété en décembre dernier le patron d'Engie Belgique, Vincent Verbeke lors d'une rencontre de presse.
L'un des grands enjeux financiers portera sur la question du transfert de la charge du coût du démantèlement nucléaire et de la gestion des déchets. Comme le rappelait l'agence Belga, sous la législature précédente, le gouvernement De Croo avait conclu l'accord "Phoenix" avec Engie qui prévoit un plafonnement de la charge pour l'opérateur électrique. Mais en attendant, quelque 25 milliards d'euros sont consignés dans les fonds Hedera et Synatom.
Une note potentiellement salée ?
Interrogé en marge de la séance de jeudi à la Chambre, le ministre de l'Énergie Mathieu Bihet a expliqué que le transfert de l'obligation entraîne celui des fonds et de l'argent qui y est déposé. Dans la mesure où l'Etat belge reprendrait l'ensemble de la filière nucléaire avec les actifs mais aussi le passif qui est lié à aux coûts des démantèlements futurs et à la gestion des déchets nucléaires, il est fort probable qu'Engie demandera à l'Etat de pouvoir récupérer les milliards déjà mobilisés.
Ce sera l'un des points les plus sensibles de la négociation à venir et qui pourrait chiffrer le coût de la facture finale pour l'Etat belge à plusieurs milliards, voire dizaine de milliards. Une facture qui pourrait donc au final s'avérer donc très salée pour l'Etat belge, et ce même dans l'hypothèse où l'Etat reprendrait le parc nucléaire de sept réacteurs pour un montant symbolique. D'autant que s'y ajouteront des coûts liés à la remise aux normes de nos centrales et ceux relatifs au développement du nucléaire de nouvelle génération.
En s'enlevant une énorme épine du pied et en transférant la charge de coûts futurs à l'Etat belge, Engie fait donc visiblement le bonheur de ses actionnaires. Un signal qui est aussi un appel à la vigilance pour les autorités belges pour les négociations à venir...
