Le géant pharma Takeda inaugure une ligne de production en Wallonie: "Les biotechs représentent 35 % des exportations wallonnes, il faut les soutenir"
Le groupe japonais a investi près de 120 millions d'euros sur le site de Lessines, dans le Hainaut.

- Publié le 31-08-2021 à 18h21
- Mis à jour le 13-09-2022 à 11h53

Lunettes de réalité augmentée sur le nez, un technicien remue la main dans le vide, en interaction avec un univers invisible pour ses voisins. La scène, insolite, se déroule lors de l'inauguration, ce mardi, de la nouvelle unité de production de la biotech japonaise Takeda, installée à Lessines dans le Hainaut.
Accompagnés par l'ambassadeur du Japon Makita Shimokawa, le ministre-président wallon Elio Di Rupo (PS) et le secrétaire d'État à la relance Thomas Dermine (PS) étaient présents pour découvrir l'infrastructure qui a permis de créer 100 emplois. L'entreprise compte désormais 1 200 travailleurs sur le site hennuyer. Montant de l'investissement ? 118 millions d'euros, essentiellement constitués de fonds privés mis sur la table par Takeda, la plus grosse firme pharma japonaise spécialisée dans les maladies rares. La Région wallonne aurait quant à elle avancé 4,2 millions d'euros en soutien.
"La personne fait le réglage de l'instrument, afin de placer correctement les équipements, sans passer par les instructions auparavant imprimées sur une vingtaine de pages. Pour la maintenance à distance, c'est plus simple également", explique Geoffrey Pot, General Manager Operations chez Takeda Lessines. "Si un opérateur de maintenance doit intervenir le week-end, il peut le faire grâce à un collaborateur sur place doté des lunettes. C'est beaucoup plus rapide et ça permet de réduire les erreurs", avance-t-il encore. L'entreprise, qui a lancé ce mode de travail il y a quelques mois et dispose d'une dizaine de lunettes, y trouverait son compte.

Un business complexe, et rentable ?
Traiter des maladies rares n'est pas simple. Trouver des fonds, faire la recherche et le développement, créer des lignes de production élaborées et soigner un nombre limité de patients est un chemin épineux. Mais c'est le chemin que s'est tracé Takeda. La ligne de production inaugurée vise à élaborer des thérapies "plasma" contre la maladie génétique appelée "Alpha-1", du nom plus complet "déficit en alpha-1-antitrypsine".
"'From vein to vein', donc du donneur (de sang et donc de plasma, NdlR) au receveur, le processus dure sept mois. C'est très complexe", avance également Geoffrey Pot, qui ne lâchera aucun chiffre sur les coûts d'un tel traitement ni ce que pourrait espérer la firme en matière de revenus. Il faut savoir que pour faire un lot de 4 000 flacons et soigner 20 patients sur un an, Takeda a besoin de 12 000 litres de plasma, soit l'équivalent de 15 000 dons. Un travail titanesque.
"On met le patient au cœur de notre activité, pas le business. On le fait pour sauver des gens", répond-il, même s'il reconnaît tout de même "qu'il y aura toujours un revenu" à attendre, indispensable pour investir dans la recherche. La thérapie de Takeda vise quant à elle à soigner les conséquences de la maladie, stopper sa progression. "La guérison doit par contre se faire via une thérapie génique", détaille le dirigeant.

Cette maladie génétique "peut-être transmise des parents aux enfants et affecte principalement les poumons et le foie. Plus la maladie est grave, plus il devient difficile de respirer", détaille Julie Kim, présidente des thérapies dérivées du plasma chez Takeda, se réjouissant de la thérapie qui permettra aux patients de "respirer et vivre à nouveau".
En Europe, on estime que cette maladie touche moins d'une personne sur 2 000. Elle est donc qualifiée de rare. Cependant, elle reste l'une des maladies héréditaires les plus fréquentes. Beaucoup de personnes qui en sont atteintes n'en seraient pas conscientes, jusqu'au jour où elles développent une forme sévère ou un trouble respiratoire grave qui y est lié.
Fernanda Aspilche, patiente et représentante d'autres patients via son association "Alpha 1 plus" et mise à l'honneur par Takeda lors de l'inauguration, veut croire au projet. Car pour le moment, le traitement produit à Lessines n'est approuvé et vendu qu'aux États-Unis. L'Agence européenne des médicaments ne l'a pas encore validé et les "traitements alternatifs du même genre, qui existent en France par exemple, n'existent pas en Belgique", dit-elle. "Notre association vise à un remboursement du traitement. J'ai moi-même été diagnostiquée en 2019 et je travaille à faire changer les choses", explique-t-elle.

Un secteur à soutenir en Belgique
Si le secrétaire d'État à la relance Thomas Dermine, qui a glissé quelques mots en japonais, est présent, c'est avant tout pour soutenir le secteur en Belgique.
"Les biotechs représentent 35 % des exportations wallonnes. Les plus gros investissements à l'international se font dans le secteur pharma. Pour la Wallonie, c'est donc un secteur très important qu'il faut continuer à développer", commente-t-il. "Ce qui est également intéressant, c'est qu'auparavant, les emplois étaient très qualifiés, dans la recherche. Aujourd'hui, ça devient industriel, donc avec des emplois, comme des opérateurs de production, en adéquation avec le tissu historique de la région", explique-t-il. "C'est pour cela que le projet de Biotech School européen, présent dans le plan de relance, est important. Cela permettra de développer des formations et donc créer la main-d'œuvre nécessaire pour développer la croissance du secteur", affirme-t-il, alors qu'on aperçoit par une fenêtre les milliers de panneaux solaires du site, qui doivent contribuer à l'objectif de neutralité carbone que l'entreprise se fixe pour… 2030.