GSK : Ce n'est pas la fin de la biotechnologie en Wallonie
- Publié le 05-02-2020 à 19h49
- Mis à jour le 31-08-2021 à 18h31
Que 720 emplois soient menacés, qu'il soit mis un terme à 215 contrats temporaires est, bien sûr, un drame social et humain.
Qu'une entreprise comme GlaxoSmithKline soit touchée par un séisme d'une telle ampleur est choquant à deux niveaux : en croissance constante, on la croyait à l'abri de toute mésaventure ; d'autre part, cela intervient dans un secteur en pleine croissance en Wallonie, la biotechnologie.
Une chose est sûre : même si, comme de coutume, les politiciens lancent des cris d'orfraie, la Wallonie n'est pour rien dans le drame, et ne pourra rien y faire parce que ça la dépasse complètement. GSK est une multinationale qui, depuis un an environ, a décidé de se réorganiser.
En l'état, elle est divisée en trois entités : santé grand public, vaccins et biopharmacie. Pour rationaliser ses activités, elle a décidé de séparer le pôle santé générale des deux autres, vaccins et biopharma fusionnant pour réaliser des économies d'échelle.
Dans ce cadre précis, la force de l'empreinte en Wallonie est aussi une faiblesse. GSK compte trois sites dans le sud du pays, Wavre, Rixensart et Gembloux. Au total, cela représente entre 9 300 et 9 500 emplois. Le plan de restructuration touche bien évidemment d'autres pays, Allemagne et Grande-Bretagne notamment. Mais l'activité vaccins étant concentrée en Belgique, l'impact du plan y est proportionnellement plus important qu'ailleurs. Au total, on arrive quasi à 10 % de l'emploi touché, c'est énorme.
Mais la fusion des activités vaccins et biopharma n'est qu'une partie de la manœuvre. L'autre concerne la scission des activités santé grand public, et leur fusion avec la même branche de Pfizer. Appelé "Future Ready" en interne, ce programme de deux ans représente un coût estimé à 2,4 milliards de livres (2,85 milliards d'euros), dont 1,6 milliard (1,9 milliard d'euros) d'argent cash. Qu'au-delà de la vente déjà en cours de certaines activités, il va falloir trouver.
Toutes ces grandes manœuvres, qui dépassent de loin le cadre régional, expliquent l'ampleur des dégâts sociaux annoncés. À se rappeler aussi que la biotechnologie, comme la pharmacie en général, nécessite des sommes d'investissement en recherche et développement colossales. La mise au point d'un vaccin ou d'un médicament est extrêmement réglementée et rigoureuse. Identification du candidat, études cliniques et enregistrements peuvent prendre entre 10 et 15 ans, parfois jusqu'à 20 ans. Avec les coûts phénoménaux que l'on imagine.
Par ailleurs, outre plusieurs milliers d'emplois, la Wallonie doit à GSK et, singulièrement, à son ancien patron Jean Stéphenne, la naissance de tout un écosystème biotechnologique. Beaucoup d'entrepreneurs sont venus des hauteurs de Wavre ou de Rixensart pour créer leur propre start-up ou PME. Elles ont pour nom Eurogentec, Promethera, Bone Therapeutics, Univercells, Takeda, Masthercell. Aujourd'hui, ces entreprises ont un besoin criant de talents, qui représente plus qu'un espoir aux yeux des laissés pour compte de GSK.
