La petite entreprise d'Armand Marchant tente d'éviter la crise : "Je pensais avoir plus de retombées après ma deuxième place à Gürgl"
Alors qu'il approche de la barre des 100 000 euros de gains en prize-money, le skieur continue à se démener, en coulisses, pour assouvir une passion extrêmement coûteuse.
- Publié le 06-02-2026 à 15h24
- Mis à jour le 06-02-2026 à 15h30

Comment devenir skieur alpin professionnel quand on vient d'un pays sans montagne et (quasiment) sans neige ? La recette est, somme toute, relativement simple : il faut… s'exiler. C'est ce qu'a fait Armand Marchant, à l'âge de 13 ans, lorsqu'il a décidé de rejoindre son entraîneur Raphaël Burtin, avec quelques autres jeunes skieurs repérés par le technicien français, à La Roche-sur-Foron.
Le Thimistérien, qui connaissait déjà bien le milieu de la montagne pour s'y rendre tous les week-ends en camping-car avec ses parents depuis la tendre enfance, n'a pas hésité, quitte à sacrifier ses études. Sa motivation et son travail ont fait le reste.
"Raphi avait proposé à nos parents que l'on suive le même programme qu'un Français ferait pour atteindre le haut niveau : 40 jours de ski l'été, les quatre mois d'hiver à la montagne et des participations à toutes les courses possibles. C'est ainsi que je suis devenu champion de Haute-Savoie et de France, avant d'arriver dans le monde de la FIS", raconte-t-il.

C'était le début des choses très sérieuses pour le jeune Belge, qui a bénéficié très tôt d'un soutien institutionnel grâce à l'Adeps, au projet Be Gold (entre le COIB, les communautés et la Loterie Nationale) et à sa fédération, mais aussi d'un autre programme de soutien aux jeunes talents.
Médaillé de bronze au Festival olympique de la jeunesse européenne, champion du monde U18 en super-combiné, le Wallon allait marquer ses premiers points (les premiers d'un skieur belge) dès ses 18 ans. Avant de connaître un dramatique accident un mois plus tard, lors du géant d'Adelboden, où son genou gauche et son plateau tibial allaient voler en éclats.

Sa cinquième place en slalom à Zagreb en 2020, après un long chemin de choix de trois ans et sept opérations pour retrouver son niveau, convaincra les responsables de la station suisse d'Anzère, impressionnés par son histoire et sa force de caractère, de lui proposer un nouveau partenariat.
Celui-ci allait se révéler décisif pour la carrière de Marchant, qui a continué aussi à garder le soutien de l'Adeps pendant la période la plus sombre de son parcours sportif.
"C'est grâce à des sponsors comme Anzère que je peux continuer ma carrière. Sans eux je ne skierais même pas !" assure aujourd'hui le skieur wallon. "Avoir une station suisse derrière moi, c'est vraiment chouette. Je me suis senti tout de suite en connexion avec ce partenariat. C'est mon vrai premier sponsor dans le dos."
Cette association belgo-suisse semble d'autant plus naturelle qu'elle a des racines… historiques.
"La station a été créée il y a 60 ans par des Belges notamment, c'est donc un beau clin d'œil d'avoir Armand à nos côtés, indiquait récemment, dans un podcast, le président de Télé Anzère, Sébastien Traveletti. Cela nous donne de la visibilité en Belgique mais il y a un autre élément : avec ses points, Armand ne doit jamais se battre, il est sûr d'être aux JO et aux championnats du monde, et cela fait une grosse différence avec un athlète suisse."

Le retour sur investissement est assuré pour Anzère, qui met de son côté son expertise et des infrastructures impeccables au service de la carrière du skieur belge. Qui sait mieux que quiconque à quel point il est difficile, en Belgique, de trouver des sponsors en l'absence de véritable culture des sports d'hiver.
L'an dernier, j'ai dû réinjecter les primes gagnées dans la saison suivante. J'ai mis zéro de côté !
"C'est moi qui dois aller personnellement dénicher de potentiels sponsors pour compléter le budget et pouvoir payer ma saison, indique Armand Marchant. L'année passée, on avait un peu diminué mon budget et j'ai dû mettre les primes de course gagnées dans la saison suivante. J'ai mis zéro de côté ! Et c'est cela qui est un peu compliqué."
600 000 euros par saison
Car une saison (stages, déplacements et bien sûr rémunération de son staff) coûte autour de 600 000 euros, un montant qu'il n'est pas possible de rassembler en un jour.
"En réalité, j'ai trois casquettes : je suis skieur, manager et chef d'entreprise. Je gère mon équipe aussi. C'est moi qui trouve mon entraîneur, mon kiné, mon technicien, et c'est moi qui les rémunère. La gestion de cette structure me revient, en plus de trouver les financements derrière. Après c'est un aspect que je trouve intéressant aussi. Mais je ne cache pas que c'était un gros stress en fin de saison passée, quand j'ai fait le bilan de tout ce qu'il fallait encore payer et que je devais préparer la saison suivante. J'adore le ski, c'est une expérience de vie, c'est plein d'émotions, mais un vrai stress financier. Et ce n'est pas le but de ruiner mes parents pour assouvir ma passion."
Heureusement pour lui, après deux saisons compliquées, Armand Marchant, qui est désormais conseillé par le coach français Gabriel Coulet, signe les meilleurs résultats de sa carrière depuis quelques mois.
"Je pensais quand même que j'aurais plus de retombées au niveau sponsoring après ma deuxième place à Gürgl (NdlR : où il est devenu le premier Belge à monter sur le podium d'une manche de Coupe du monde), je n'ai pas d'énormes touches, peut-être que ça viendra plutôt en fin d'année."

À l'issue de cette huitième saison sur le circuit de Coupe du monde, Armand Marchant va peut-être dépasser la barre des 100 000 euros de gains, dont plus de la moitié rien que pour la saison en cours. Son prize-money en 2025-2026 s'élève, en effet, à 52 494 euros, soit plus du triple de la somme engrangée la saison précédente (14 848 euros) et qui constituait déjà largement son record. Et pourtant ce sera encore très insuffisant pour combler ses dépenses…