Milan-Cortina 2026 : les Jeux Olympiques d'hiver "sur un terrain glissant"
Le dossier de La Libre Eco | L'édition italienne des Jeux Olympiques d'hiver dépend de la production de neige artificielle, qui sera incontournable dans le futur. Mais c'est surtout la venue des spectateurs qui pèse dans la balance.
- Publié le 08-02-2026 à 13h01

Cortina d'Ampezzo, en 1956. Au cœur des Dolomites, dans le nord-est de l'Italie, la station de ski accueille les Jeux Olympiques d'hiver. Septante ans plus tard, alors que la neige s'est raréfiée sur les monts alpins, la compétition internationale est de retour. Mais cette fois, en partageant l'hospitalité de l'événement avec la ville de Milan, distante de 250 kilomètres à vol d'oiseau.
"L'avantage, comparé aux Jeux de Pékin de 2022, est que d'anciennes infrastructures peuvent être réutilisées (85 % des sites de compétition selon les organisateurs, NdlR). Le désavantage, c'est la distance qui sépare les deux villes hôtes de l'événement, qui multiplie les déplacements", détaille Robert Steiger, professeur associé à l'Université d'Innsbruck, qui étudie l'impact environnemental du ski et de la neige artificielle depuis des années.

Certaines épreuves nécessiteront des déplacements supplémentaires dans le pays : c'est le cas du snowboard, qui se déroulera à Livigno, près de la frontière suisse.
Selon un rapport du New Weather Institute paru le 18 janvier dernier, cette 25e édition des Jeux Olympiques d'hiver devrait émettre 930 000 tonnes d'équivalent CO2. La très large part de cette pollution (410 000 tonnes) s'explique par le déplacement des spectateurs et des athlètes.
Entre médailles et bétonnières, Milan-Cortina 2026 raconte le paradoxe d'une fête des sports d'hiver qui doit produire sa propre neige et la qualifie de 'progrès'.
La neige artificielle
Une part de l'impact écologique de cet événement sportif international s'explique par l'utilisation de neige artificielle. D'après le journal Le Monde, 1,6 million de mètres cubes de neige ont été produits pour l'occasion, malgré les chutes de neige abondantes survenues récemment.
Comme la neige naturelle ne suffit plus à remplir les besoins liés à l'organisation de ces compétitions, les organisateurs doivent en produire en prélevant l'eau et en recourant à différents dispositifs. Parfois en pompant dans les ressources hydriques locales, au détriment de l'agriculture ou des besoins en eau de la population.
Ainsi, l'édition chinoise de 2022 n'a-t-elle pu avoir lieu qu'en recourant à 100 % de neige artificielle – une première historique -, amenant certains observateurs à considérer ces Jeux d'hiver comme les plus polluants de l'Histoire.
1 300 patinoires olympiques
Les chercheurs du New Weather Institute estiment que la tenue des Jeux 2026 de Milan-Cortina causera indirectement la fonte de 14 millions de tonnes de glace. Soit l'équivalent de 1 300 patinoires olympiques de hockey sur glace. Les auteurs de l'étude évoquent des "impacts majeurs sur l'environnement justement nécessaire à la pratique des sports d'hiver".
Enfin, organiser cette compétition sportive hivernale pèse sur la biodiversité locale, comme le souligne la Commission internationale pour la protection des Alpes (Cipra), qui estime que les JO d'hiver se trouvent "sur un terrain glissant". Cette organisation critique la stratégie de développement durable promue par le Comité olympique international (COI), qu'elle résume en un mantra : "Utiliser autant de béton et d'acier que possible".

Selon la Cipra, des chantiers de construction ont été entamés sans la réalisation d'études d'impact environnemental au préalable. Plus de la moitié des projets auraient été lancés "sous administration forcée", après une "procédure opaque". L'association de défense du massif alpin cite l'exemple d'une piste de bobsleigh construite "en un temps record" à Cortina, alors qu'une controverse existait quant au coût de cette infrastructure, qui atteint la bagatelle de 118 millions d'euros.
"Derrière la splendeur des célébrations olympiques, les Alpes risquent d'être étouffées par les chantiers sans fin. Entre médailles et bétonnières, Milan-Cortina 2026 raconte le paradoxe d'une fête des sports d'hiver qui doit produire sa propre neige et la qualifie de 'progrès'", estime Vanda Bonardo, présidente de Cipra Italie.
On peut imaginer les Jeux à des endroits où le climat est plus froid, en haute altitude. Mais alors il faudra construire davantage d'infrastructures
Le futur des Jeux d'hiver
Avec son confrère de l'Université de Waterloo (Canada) Daniel Scott, Robert Steiger a étudié la faisabilité climatique future des Jeux olympiques d'hiver. En 2050, la majorité des lieux repris dans leur recherche pourront encore accueillir l'événement olympique aux cinq anneaux. "Mais cela ne pourra pas se faire sans fabriquer de neige artificielle, dont on peut réduire l'empreinte climatique en utilisant les énergies renouvelables. On peut aussi imaginer les Jeux à des endroits où le climat est plus froid, en haute altitude. Mais alors il faudra construire davantage d'infrastructures", anticipe Robert Steiger.
